À quelques mois de la fin de leur mandat, plusieurs présidents de communes influents, liés par des réseaux d’intérêts complexes, laissent derrière eux des dettes colossales. «Ces emprunts, contractés dans des conditions souvent obscures, engagent l’avenir des villes pour des années et entravent leurs perspectives de développement», indique le quotidien Assabah dans son édition du lundi 20 avril. Certains élus ont obtenu des financements sans justification claire, tandis que d’autres s’en sont vu refuser l’accès, soulevant des questions sur les critères de cette «dualité» dans l’octroi des prêts, censés pourtant assurer la liquidité des conseils municipaux.
Cette pratique a suscité de vives critiques de la part de conseillers municipaux dans plusieurs communes jugées «bien en cour» auprès des décideurs. Citée par Assabah, Magda Bennarbia, membre du conseil communal de Fès, a ainsi dénoncé le recours à un emprunt auprès du Fonds d’équipement communal (FEC) pour financer des projets urbains. «Ce prêt est irrecevable sur la forme comme sur le fond», a-t-elle déclaré, soulignant que cette décision avait été prise sans vision stratégique ni transparence. «Aucune donnée précise n’a été fournie sur la nature du prêt, son coût, le taux d’intérêt, fixe ou variable, ou encore les modalités de remboursement. L’absence de ces détails révèle un manque flagrant de planification», a-t-elle ajouté.
Pourtant, «les élus de l’opposition ne s’opposent pas par principe aux projets de développement ou à leur financement. Au contraire, ils soutiennent toute initiative visant à stimuler la croissance économique et sociale des villes», lit-on. Leur rejet porte plutôt sur une approche jugée opaque et peu rigoureuse. «Nous ne sommes pas contre l’emprunt en soi, mais contre son utilisation comme solution de facilité, sans évaluation préalable des ressources propres ou des alternatives», explique l’un d’eux.
Cette mandature a été marquée par une multiplication des voix dénonçant l’absence d’efforts des conseils municipaux pour mobiliser leurs ressources internes avant de recourir à l’endettement. Certaines villes, déjà lourdement endettées, ont de nouveau sollicité des prêts sans présenter de plan global ni de documents détaillant le coût réel des projets.
«Ces pratiques risquent d’asphyxier les finances communales et de grever les budgets des prochains conseils élus», avertit 5 alors que la fin du mandat approche.
Les présidents de communes qui «consomment» les recettes pendant leur mandat laissant ainsi à leurs successeurs un fardeau financier supplémentaire, une situation «inacceptable sur les plans politique, éthique et démocratique». Plusieurs élus ont d’ailleurs interpellé Abdelouafi Laftit, ministre de l’Intérieur, lors des réunions de la commission de l’Intérieur, pour réclamer une révision de cette approche et l’adoption de critères objectifs et transparents avant tout recours à l’emprunt.
Certains présidents de communes se sont même spécialisés dans l’obtention de prêts auprès du FEC, transformé en une sorte de «banque communale». Une pratique qui s’accompagne souvent de l’attribution de marchés publics, travaux ou études, à des entreprises, bureaux d’études ou entrepreneurs bien connus, dont certains ont été épinglés pour corruption.
Plusieurs d’entre eux purgent actuellement des peines de prison dans des affaires impliquant de hauts responsables, dont un ancien ministre et un président de la commission de l’Intérieur à la Chambre des conseillers. Ces dérives soulignent l’urgence d’une réforme pour éviter que les dettes communales ne deviennent un héritage empoisonné pour les générations futures.




