Le Conseil national des droits de l’Homme (CNDH) dresse un lourd bilan des tentatives de traversée collective vers Sebta et Melilia survenues à la fin du mois de juillet. Dans des conclusions préliminaires rendues publiques ce jeudi, l’institution recense 14 décès du côté marocain et appelle Rabat et Madrid à mettre en place un mécanisme conjoint afin d’établir un bilan fiable des victimes, d’identifier les dépouilles et de les restituer à leurs familles dans la dignité.
Élaboré par une commission de vigilance mise en place le 29 juillet, ce rapport est le fruit d’investigations de terrain et d’une veille numérique menée durant les événements survenus aux points frontaliers de Fnideq-Sebta et Bni Ansar-Melilia. Le CNDH y met également en lumière plusieurs atteintes aux droits humains ainsi que le rôle déterminant des réseaux sociaux dans la propagation de la désinformation.
Un bilan humain toujours controversé
Selon le Conseil, les affrontements et les tentatives de passage ont fait 14 morts du côté marocain. Le rapport relève par ailleurs que Sebta évoque un bilan de 80 décès, illustrant, selon le CNDH, l’ampleur des divergences entre les différentes sources. Les estimations du nombre de candidats à la traversée varient également fortement, allant d’environ 40.000 personnes, selon les chiffres marocains, à une fourchette comprise entre 50.000 et 72.000 personnes, selon Sebta.
Le rapport fait également état de 136 civils blessés, dont 13 ont dû être hospitalisés pour des fractures ou des examens complémentaires. Du côté des forces de l’ordre marocaines, 87 agents ont reçu des soins médicaux.
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Sur le plan judiciaire, environ 100 personnes ont été interpellées à Fnideq, dont 11 mineurs. Parmi elles, 69 ont été placées en détention, tandis que 14 sont poursuivies en liberté. À Bni Ansar-Nador, 23 personnes, dont deux ressortissants étrangers, ainsi que 11 mineurs, ont été déférées devant la justice.
Les incidents ont également provoqué d’importants dégâts matériels. À Fnideq, 61 véhicules particuliers, 18 véhicules des forces publiques et 15 motocycles ont été endommagés ou incendiés.
Une décision de justice espagnole à l’origine de la mobilisation
Le CNDH estime que la montée des tentatives de traversée, amorcée dès le 14 juillet avant d’atteindre son paroxysme les 30 et 31 juillet, trouve son origine dans une interprétation erronée d’un arrêt de la Cour suprême espagnole (n° 814/2026 du 8 juillet).
Selon le Conseil, cette lecture déformée a été amplifiée par les réseaux sociaux. Plus de 23 groupes Facebook, rassemblant plus de 1,08 million de membres et publiant plus de 1.400 contenus par jour, auraient largement contribué à la diffusion de fausses informations. Le phénomène s’est également propagé sur WhatsApp, Telegram, TikTok et X.
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Le rapport évoque en outre l’activité de réseaux de traite d’êtres humains proposant des services illégaux, notamment la vente de matériel de plongée ou des prestations logistiques. Le Conseil affirme également avoir identifié la présence de comptes et de numéros de téléphone étrangers au sein de groupes marocains appelant à des départs collectifs.
De graves violations des droits humains
Le CNDH dénonce plusieurs violations des droits fondamentaux intervenues au cours de ces événements. À Sebta, la fermeture des commerces, cafés et restaurants les 31 juillet et 1er août aurait privé pendant deux jours des milliers de personnes, parmi lesquelles des femmes et des enfants, d’accès à la nourriture et à l’eau.
Le rapport revient également sur les violences commises le 1er août par des membres du mouvement d’extrême droite Núcleo Nacional, accusés d’avoir mené des agressions physiques et proféré des insultes islamophobes contre des migrants et des habitants musulmans de la ville.
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Au Maroc, le Conseil s’interroge par ailleurs sur la proportionnalité des mesures de restriction de circulation mises en œuvre dans plusieurs gares routières et ferroviaires, notamment à Casablanca, Marrakech, Fès et Oujda, ainsi que sur les modalités d’intervention des forces de l’ordre.
Le CNDH relève enfin plusieurs cas de désinformation, notamment la diffusion d’images manipulées à l’aide de l’intelligence artificielle afin d’alimenter de faux récits autour des violences.
Une nouvelle lecture des phénomènes migratoires
Au-delà des aspects sécuritaires, le Conseil estime que ces événements traduisent une évolution profonde des motivations migratoires. Les auditions réalisées auprès de jeunes et de mineurs montrent, selon lui, que les tentatives de départ ne peuvent plus être expliquées uniquement par la pauvreté ou la précarité économique. Elles révèlent l’émergence d’une génération hyperconnectée, influencée par les réseaux sociaux et porteuse d’une représentation du monde dans laquelle les frontières physiques perdent progressivement leur sens.
Le CNDH conclut en appelant à une approche renouvelée des politiques migratoires, fondée à la fois sur la protection des droits humains, la lutte contre la désinformation et une meilleure coopération entre le Maroc et l’Espagne.




