Yémen: Riyad mène des frappes meurtrières sur les Houthis, le G7 alerte sur les risques pour le commerce mondial

Des forces loyales au gouvernement yéménite soutenu par l'Arabie saoudite circulent à bord d'un pick-up dans le district de Hays, au sud de Hodeïda, le 5 septembre 2026. AFP or licensors

Les Houthis du Yémen ont accusé mardi l’Arabie saoudite d’avoir mené une série de frappes meurtrières contre plusieurs régions du pays, notamment la ville portuaire de Mokha, quelques jours après une offensive qui leur a permis de renforcer considérablement leur emprise sur la côte de la mer Rouge et sur les abords du détroit stratégique de Bab el-Mandeb.

Le 23/09/2026 à 07h31

Réunis en marge de l’Assemblée générale des Nations unies à New York, les ministres des Affaires étrangères du G7 ont exprimé leur «entière solidarité» avec le gouvernement yéménite reconnu internationalement et avec l’Arabie saoudite. Ils ont appelé les Houthis à «cesser immédiatement toutes leurs actions militaires», leurs menaces contre la navigation civile et leurs attaques contre le royaume saoudien. Le G7 a également demandé à l’Iran de mettre fin à son soutien militaire au mouvement yéménite, estimant que l’escalade menaçait le commerce international et la stabilité économique mondiale.

La progression des Houthis sur le littoral occidental a profondément modifié l’équilibre militaire au Yémen. Après la prise de Mokha et d’autres positions proches du détroit de Bab el-Mandeb, le mouvement dispose désormais d’une capacité accrue à peser sur cette voie maritime essentielle entre l’océan Indien, la mer Rouge et le canal de Suez. Il convient toutefois de nuancer l’affirmation selon laquelle les Houthis «contrôlent entièrement» le détroit: le trafic commercial s’y poursuit et des forces navales étrangères restent présentes dans la zone. Lundi, 26 navires ont encore franchi Bab el-Mandeb, selon des données maritimes citées par Reuters.

Cette route est devenue encore plus stratégique pour l’Arabie saoudite depuis que la guerre entre les États-Unis et l’Iran perturbe fortement la navigation dans le détroit d’Ormuz, de l’autre côté de la péninsule Arabique.

Des frappes meurtrières contre les Houthis

Selon les autorités contrôlées par les Houthis, des frappes aériennes ont tué six civils à Mokha, dont deux enfants et une femme. Le mouvement affirme également qu’une femme et son enfant ont été tués dans la province d’Al-Jawf et que neuf détenus ont péri dans le bombardement d’une prison. Ces bilans proviennent de sources houthies et n’ont pas pu être vérifiés de manière indépendante.

Le porte-parole militaire du mouvement, Yahya Saree, a affirmé mardi que l’aviation saoudienne avait effectué 19 raids au cours des dernières 24 heures dans les provinces de Taïz, Al-Jawf et Marib, faisant «des morts et des blessés, dont des enfants et des femmes». Riyad n’a pas publié de bilan détaillé confirmant ces accusations.

Les Houthis continuent parallèlement de lancer des drones et des missiles contre l’Arabie saoudite, affirmant viser des infrastructures énergétiques et militaires.

Mardi, la défense civile saoudienne a émis une alerte de «danger potentiel» dans la région de Najran, demandant aux habitants de rester à l’intérieur et d’éviter les espaces découverts. L’alerte a ensuite été levée.

La semaine précédente, Riyad avait affirmé avoir intercepté un drone lancé vers La Mecque. Les Houthis avaient catégoriquement nié avoir visé la ville sainte.

Plusieurs médias ont par ailleurs rapporté que le prince héritier Mohammed ben Salmane avait demandé aux États-Unis d’intervenir directement contre les Houthis. L’administration Trump aurait finalement renoncé, pour l’instant, à lancer de nouvelles frappes américaines.

Une crise humanitaire en forte aggravation

Le regain de violence a provoqué d’importants déplacements de population. Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés estime que plus de 130.000 personnes ont été contraintes de quitter leur foyer depuis le début du mois de septembre.

L’ONU redoute que ce chiffre dépasse 230.000 d’ici à la fin de l’année si les combats continuent de s’étendre. Plus de 3.000 Yéménites ont déjà traversé la mer Rouge vers Djibouti, tandis que d’autres ont rejoint le Somaliland et le Puntland.

«Les combats au Yémen s’étendent sur plusieurs fronts, déclenchant une crise de déplacement qui s’aggrave rapidement», a averti le porte-parole du HCR Babar Baloch.

La guerre civile avait débuté en 2014 avec la prise de Sanaa par les Houthis, avant l’intervention militaire d’une coalition menée par l’Arabie saoudite en mars 2015. Une trêve négociée par l’ONU en 2022 avait largement gelé les fronts jusqu’à la reprise des hostilités cet été.

Discussions entre Washington et Téhéran

Cette nouvelle escalade intervient alors que des contacts diplomatiques ont repris entre les États-Unis et l’Iran à New York.

Les versions divergent toutefois sur la forme exacte de ces discussions. La télévision d’État iranienne a affirmé que le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi avait rencontré l’émissaire américain Steve Witkoff et lui avait remis les conditions de Téhéran pour rouvrir le détroit d’Ormuz. Celles-ci incluraient la levée du blocus naval américain, le dégel des avoirs iraniens et l’arrêt des hostilités sur l’ensemble des fronts liés à l’Iran.

Steve Witkoff a, pour sa part, décrit des «discussions prolongées» conduites par l’intermédiaire de médiateurs qui faisaient la navette entre les délégations américaine et iranienne. Il n’a donc pas confirmé explicitement une rencontre directe avec Araghchi.

Donald Trump a néanmoins qualifié les échanges de «très bons» et affirmé qu’une nouvelle discussion aurait lieu «dans un futur très proche».

Quelques heures auparavant, à la tribune de l’ONU, le président américain avait déclaré qu’il devait choisir entre conclure un accord avec l’Iran ou «anéantir» la République islamique, ajoutant qu’il pensait qu’un accord pourrait intervenir après les élections de mi-mandat américaines de novembre.

De leur côté, les Gardiens de la Révolution ont averti qu’ils «intensifieraient» leur riposte en cas de nouvelles attaques américaines.

Par Le360 (avec Agences)
Le 23/09/2026 à 07h31