Tennessee: Christa Pike dans un état critique après avoir survécu à deux injections létales

Christa Pike. (PHOTO: réseaux sociaux)

Christa Pike, la condamnée à mort qui a survécu à deux injections létales dans le Tennessee, se trouvait toujours dans un état critique jeudi. L’échec sans précédent de son exécution, mercredi soir, relance les interrogations sur la peine capitale aux États-Unis.

Le 02/10/2026 à 08h31

Le Tennessee a suspendu les exécutions jusqu’à nouvel ordre et ordonné une enquête indépendante après la mise à mort manquée de cette femme de 50 ans, qui devait être la première exécutée depuis plus de 200 ans dans cet État du sud des États-Unis.

«Ce qu’on nous a dit, c’est qu’elle est dans un état critique», a déclaré l’un de ses avocats, Randy Spivey, exhortant le gouverneur républicain du Tennessee, Bill Lee, à «commuer la peine de Christa maintenant».

«Après avoir subi plus de 20 ans de détention à l’isolement et une tentative complète de la tuer par injection létale, Christa est la personne qui a subi le plus grand châtiment de toute l’histoire de la peine de mort aux États-Unis», a-t-il fait valoir.

Le haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Volker Türk, a appelé le Tennessee à renoncer définitivement à l’exécuter, soulignant «les souffrances prolongées, tant physiques que psychologiques, causées par plusieurs tentatives d’exécution infructueuses».

Le gouverneur, qui avait déjà refusé lundi de commuer sa peine, a néanmoins laissé entendre qu’il n’avait pas renoncé à l’exécution de Christa Pike.

«Ma responsabilité est de faire appliquer les sentences prononcées par les jurys du Tennessee, même lorsque c’est difficile, et c’est exactement ce que nous avons l’intention de faire», a déclaré jeudi Bill Lee.

Moratoire

Robin Maher, directrice de l’observatoire spécialisé Death Penalty Information Center (DPIC), a dénoncé dans un communiqué «une exécution ratée sans comparaison à l’époque moderne».

«Ce qui est sans précédent est qu’une personne reçoive deux doses de solution létale et soit encore vivante après», a expliqué à l’AFP Laura Porter, directrice d’une coalition d’organisations américaines luttant pour l’abolition de la peine de mort.

L’administration pénitentiaire du Tennessee a affirmé avoir suivi à la lettre le protocole appliqué depuis la reprise des exécutions dans l’État, en mai 2025, après un moratoire de trois ans. Le gouverneur avait décrété ce moratoire en raison de défaillances dans la vérification de la solution mortelle administrée à un condamné.

Le président républicain Donald Trump, fervent partisan de la peine capitale, s’est exprimé jeudi sur cette affaire, bien que les exécutions relèvent, dans leur immense majorité, des États et non des institutions fédérales. «Cela ne devrait pas être très difficile» de procéder à une exécution par injection létale, a-t-il estimé.

Depuis le début de l’année, 29 exécutions ont été réalisées aux États-Unis, dont 16 dans la seule Floride, dans le sud-est du pays, toutes par cette méthode.

Selon des témoins et ses avocats, Mme Pike a continué à respirer et à ronfler de façon audible après deux injections de pentobarbital, un puissant barbiturique.

«Plusieurs fois, elle a regardé dans la pièce. À un moment, elle a demandé à des responsables de la prison si elle était censée se sentir comme ça», a raconté Kim Chandler, journaliste de l’agence Associated Press, présente en qualité de témoin.

Suspense judiciaire

La Cour suprême des États-Unis, à majorité conservatrice, avait autorisé mercredi cette exécution, au terme d’une journée d’intense suspense judiciaire.

Elle avait annulé un sursis accordé in extremis dans la matinée par une cour d’appel fédérale afin d’examiner un recours portant sur les violences traumatiques subies par Christa Pike.

Ses avocats affirment que, lors de son procès en 1996, sa défense n’avait pas invoqué les circonstances atténuantes dont elle aurait dû bénéficier, notamment les traumatismes et les violences, en particulier sexuelles, subis depuis son plus jeune âge.

La dernière exécution d’une femme aux États-Unis remonte à celle d’Amber McLaughlin, en 2023 dans le Missouri, dans le centre du pays. Elle était également la première femme transgenre exécutée aux États-Unis.

Seules 18 femmes ont été exécutées depuis le rétablissement de la peine capitale aux États-Unis en 1976, soit à peine plus de 1% du total, selon le DPIC.

Christa Pike a été condamnée à la peine capitale pour le meurtre, en 1995, de Colleen Slemmer, 19 ans, alors qu’elle-même avait 18 ans. Ses deux complices, également adolescents, ont échappé à la peine de mort.

La peine capitale a été abolie dans 23 des 50 États américains. Trois autres, la Californie, l’Oregon et la Pennsylvanie, observent un moratoire sur les exécutions.

Par Le360 (avec AFP)
Le 02/10/2026 à 08h31