Royaume-Uni: Andy Burnham imprime sa marque lors de sa première semaine à Downing Street

Andy Burnham, député travailliste et candidat à la direction du parti travailliste, salue la foule en quittant Manchester, dans le nord de l'Angleterre, le 29 juin 2026, après avoir prononcé un discours. AFP or licensors

Pour sa première semaine à Downing Street, le Premier ministre travailliste Andy Burnham s’est appliqué à insuffler de l’optimisme, en affichant un changement de style et de priorités par rapport à son prédécesseur, Keir Starmer.

Le 26/07/2026 à 07h01

Entré en fonctions lundi, l’ancien maire du Grand Manchester a multiplié les annonces destinées à montrer que son gouvernement agirait rapidement sur les difficultés quotidiennes des Britanniques.

Le chef du gouvernement, âgé de 56 ans, a placé ses premiers jours au pouvoir sous le signe du coût de la vie, l’une des principales préoccupations des Britanniques. Il a annoncé trois mesures censées offrir un «répit immédiat» aux ménages comme aux petites entreprises.

La première consiste à supprimer, à partir du 1er octobre, la TVA de 5% appliquée aux factures domestiques d’électricité. Le gouvernement estime que cette mesure permettra à un ménage d’économiser en moyenne 45 livres sterling par an. Andy Burnham a ensuite annoncé le rétablissement, à compter de janvier 2027, d’un plafond de deux livres pour les trajets simples en bus en Angleterre. Ce dispositif avait été relevé par le gouvernement de Keir Starmer.

Enfin, les pubs, clubs sociaux et salles de concerts bénéficieront d’une réduction de 20% de leur taxe professionnelle à partir d’avril prochain. Cette aide, chiffrée à 100 millions de livres, devrait représenter une économie d’environ 1.100 livres pour un pub moyen.

Andy Burnham veut «faire comprendre que lui et son gouvernement sont du côté de la population», estime Tony Travers, professeur de politique publique à la London School of Economics. Il qualifie ces premières décisions de mesures «percutantes mais modestes».

Le contraste est marqué avec Keir Starmer, dont les premiers jours à Downing Street, en juillet 2024, avaient été largement occupés par les affaires internationales, notamment un sommet de l’Otan à Washington et une réunion de la Communauté politique européenne au Royaume-Uni.

Andy Burnham pourrait toutefois être rapidement rattrapé par les mêmes contraintes. Les guerres au Moyen-Orient et en Ukraine, ainsi que leur effet sur les prix de l’énergie, risquent de compliquer sa promesse d’améliorer rapidement le pouvoir d’achat.

Ses annonces suscitent aussi des interrogations sur leur financement. Sous Keir Starmer, le Labour avait cherché à restaurer sa réputation de sérieux budgétaire. Andy Burnham assure partager cet objectif et affirme qu’il s’agit simplement de «reprioriser» les dépenses, sans pour autant avoir encore totalement convaincu les économistes et les marchés.

Il cherche à «prendre l’initiative sur le plan politique, mais on voit bien qu’il y a beaucoup de nuages à l’horizon», souligne Patrick Diamond, ancien conseiller de plusieurs gouvernements travaillistes.

Un style plus décontracté

La rupture avec Keir Starmer est également stylistique. À son arrivée à Downing Street, Andy Burnham a surpris en prononçant son discours sans notes ni pupitre, fidèle à l’image directe et décontractée qu’il s’était forgée pendant près de dix ans à la tête du Grand Manchester.

Même s’il a troqué ses tee-shirts et ses blousons noirs contre le costume-cravate, le nouveau Premier ministre continue de publier régulièrement sur les réseaux sociaux des vidéos filmées en mode selfie.

Son discours inaugural insistait sur sa volonté de construire «un but commun», de ramener de la «positivité» et de «redonner de l’espoir». Une tonalité éloignée des avertissements répétés du précédent gouvernement sur les «décisions difficiles» qui attendaient le pays.

Contrairement à cette communication jugée trop pessimiste, Andy Burnham tente de convaincre que la situation peut s’améliorer et que l’État conserve une capacité d’action. Ses critiques relèvent cependant que certaines de ses mesures avaient déjà été envisagées ou préparées sous Keir Starmer, la principale rupture résidant donc pour l’instant dans la manière de les présenter.

Le Premier ministre mise aussi sur une accélération de la décentralisation afin d’apporter la croissance «dans chaque code postal». Cette ambition a pris corps vendredi avec l’installation de son antenne gouvernementale à Manchester, baptisée «No. 10 North». Située provisoirement à Heron House, elle doit accueillir Andy Burnham au moins une fois par semaine.

«Je pense que c’est peut-être le plus beau jour de ma vie», s’est-il enthousiasmé devant ses collaborateurs. Il a assuré que ce nouveau centre ne serait ni un «gadget éphémère» ni une nouvelle version du slogan de rééquilibrage territorial utilisé par les gouvernements conservateurs.

Le défi de l’unité

Andy Burnham a également promis de restaurer l’unité du Parti travailliste. Pourtant, la composition de son gouvernement a écarté plusieurs ministres réputés proches de Keir Starmer, certains médias allant jusqu’à parler de «purge».

«Il fallait apporter du changement pour donner au gouvernement la nouvelle direction que j’avais appelée de mes voeux», s’est-il défendu mercredi à Bath, dans le sud-ouest de l’Angleterre. Il affirme avoir constitué «une équipe qui reflète toutes les sensibilités» du Labour.

Une autre critique pourrait le poursuivre lors de la rentrée parlementaire de septembre: celle de sa légitimité. Andy Burnham revendique une rupture politique, mais il dirige une majorité travailliste élue en 2024 sur le programme de Keir Starmer.

Ses adversaires l’accusent donc de mettre en oeuvre un projet personnel sans avoir obtenu directement l’aval des électeurs. Nigel Farage, dont Reform UK reste en tête des dernières intentions de vote devant les conservateurs et le Labour, réclame de nouvelles élections législatives.

Andy Burnham bénéficie encore de l’élan traditionnellement accordé aux nouveaux dirigeants. Mais sa popularité sera rapidement confrontée aux mêmes difficultés économiques, sociales et internationales qui ont affaibli ses prédécesseurs. Derrière le changement de ton, le jugement portera bientôt sur les résultats.

Par Le360 (avec AFP)
Le 26/07/2026 à 07h01