Quand un appel de Tebboune en direction de la diaspora algérienne galvanise les émeutiers pour mettre le feu en France

Montage: A gauche, incendie d'une voiture en France pendant les émeutes au lendemain de la mort du jeune Nahel. A droite le président algérien Abdelmadjid Tebboune.

Sur les réseaux sociaux, un ancien appel revanchard à l’égard de la France du président algérien Abdelmadjid Tebboune est partagé en masse. Il sert à augmenter le nombre des émeutiers d’origine algérienne et à galvaniser l’ardeur des casseurs et des pilleurs. Les explications.

Le 03/07/2023 à 16h06

Alors que la France accuse les dommages et les pertes affolants d’une nouvelle nuit d’émeutes, sur les réseaux sociaux, la colère et la rage des émeutiers ne faiblit pas, en particulier ceux qui affirment désormais haut et fort leur origine algérienne.

Depuis la publication d’un communiqué officiel du ministère des Affaires étrangères algérien, le 28 juin, au lendemain de la mort du jeune Nahel, dans lequel ledit ministère déclare notamment que «le gouvernement algérien continue à suivre avec une très grande attention les développements de cette affaire tragique, avec le souci constant d’être aux côtés des membres de sa communauté nationale au moment de l’adversité et de l’épreuve», les partis politiques, dont le FLN, et les médias proches du régime en place n’ont eu de cesse de jeter de l’huile sur le feu, plaçant désormais l’Algérie au cœur des émeutes qui se déroulent en France.

Une récupération politique somme toute réussie puisque depuis quelques jours, Abdelmadjid Tebboune est devenu une véritable star sur les réseaux sociaux utilisés par les émeutiers pour partager les vidéos de leurs méfaits. Une vidéo en particulier du président algérien circule en masse sur la Toile, partagée plusieurs milliers de fois par la diaspora d’origine algérienne.

Sur cette vidéo, filmée à l’occasion de la commémoration des victimes du 17 octobre 1961– journée pendant laquelle près de 120 Algériens participant à une manifestation ont été tués par la police française– le président algérien déclare: «aujourd’hui est un jour très important. C’est un message spécial pour nos fils, nos filles, nos mères et nos sœurs, à l’étranger. Vous avez honoré le pays, ils complotent contre vous, les enfants de harkis, les enfants d’Aussaresses, les enfants de Bigeard! Et ils ont jeté vos frères dans la Seine le 17 octobre 1961. Aujourd’hui, ils veulent faire la même chose avec vous mais vous êtes des hommes et des femmes debout. L’Algérie ne vous lâchera pas et quiconque vous touche, je m’engage personnellement qu’il le payera et payera un prix cher, si Dieu le veut».

Cet appel du président algérien n’est pas le seul à être utilisé pour galvaniser les Algériens de France qui ont tôt fait de faire un parallèle entre cet appel et la mort du jeune Nahel. En effet, sur TikTok, d’autres discours de Tebboune sont montés sur fond d’images de pillages et d’incendies en France, comme dans cette vidéo dans laquelle le président algérien décrète «celui qui nous maltraite, il regrettera le jour où il est né». En commentaire, on peut lire: «tous derrière toi aâmi Tebboune».

Des appels à la vengeance et à la violence émanant du président algérien qui expliquent en grande partie la montée en puissance de slogans pro-Algérie au sein des émeutes. A Marseille, ville particulièrement sujette aux pillages et épicentre des émeutes, c’est en scandant «one, two, three, viva l’Algérie» que des émeutiers ont mis à sac une bijouterie.

Même son de cloche à Lyon, où ce même slogan est lancé au Raid par des émeutiers,

Ou encore à Londeau, où un magasin de motos Yamaha a été pillé, avec pour leitmotiv ce même slogan.

Pire encore, dans une autre vidéo d’émeutes qui circule sur TikTok, les émeutiers chantent en arabe «Allo oncle Tebboune, la France on va la brûler».

Autre exemple, celui d’une jeune femme qui, filmant la médiathèque de Borny (Metz) en feu, déclare avec fierté: «C’est comme si c’était l’Algérie qui avait gagné».

Outre ces slogans politisés et ces appels à la haine, le drapeau algérien occupe lui aussi le devant de la scène depuis cinq jours. C’était ainsi le cas lors du saccage de la mairie de Fameck, où le drapeau est porté par l’un des casseurs.

Enfin, dans certaines administrations, comme sur la façade de cette mairie, c’est tout bonnement le drapeau français qui a été remplacé par le drapeau algérien.

Outre les appels d’Abdelmadjid Tebboune relayés sur les réseaux sociaux, la presse proche du pouvoir se fait le porte-voix du même type de message, à l’instar du média du général à la retraite Khaled Nezzar, Algérie patriotique, qui annonce dans un titre menaçant, «le chaos en France est un avant-goût de ce qui arrivera si l’Algérie est agressée».

Le présentateur et journaliste algérien Hafsi Ahmed qualifie quant à lui les émeutes de «printemps algérien» et décrète que «la Cinquième République française signe son acte de décès avec les mains algériennes».

Dans un autre tweet, dont sa timeline regorge depuis le début des émeutes, celui-ci déclare que «la France va payer le prix du pillage des richesses de l’Afrique» et que «tout est permis et même soutenu», en commentaire d’une vidéo du pillage d’un magasin ZARA.

Les cinq jours d’émeutes en France dépassent en violences, en actes de pillage et en vandalismes les émeutes de 2005 qui ont duré pourtant trois semaines. Est-ce parce que l’Algérie a cherché à instrumentaliser la mort d’un adolescent franco-algérien pour servir la campagne présidentielle de Tebboune? En tout état de cause, le communiqué du ministère algérien des Affaires étrangères a quasiment bilatéralisé les événements qui secouent l’Hexagone entre la France et l’Algérie. Les personnes d’origine algérienne, vivant en France, ont ressenti cette bilatéralisation comme une injonction à choisir de façon active leur camp.

Par Zineb Ibnouzahir
Le 03/07/2023 à 16h06