Le guide suprême Khamenei inhumé sur fond de frappes entre les États-Unis et l’Iran

L'Iran conduit la dépouille de son ancien Guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, à sa dernière demeure, plus de quatre mois après qu'il a été tué lors d'une frappe aérienne.

Le défunt guide suprême iranien Ali Khamenei a été inhumé tôt vendredi à Machhad, a rapporté la télévision d’Etat, après plusieurs jours de funérailles marquées par la reprise des hostilités entre les États-Unis et l’Iran.

Le 10/07/2026 à 06h55

La cérémonie a eu lieu sans la présence apparente de son fils et successeur, Mojtaba Khamenei, selon les images diffusées par la télévision d’Etat, qui ont montré le cercueil d’Ali Khamenei être porté au sein du sanctuaire de l’imam Reza, le lieu le plus saint de l’islam chiite en Iran.

À Machhad, ville du nord-est qui abrite ce sanctuaire, une immense foule avait cheminé sous un soleil de plomb.

La dernière étape de l’inhumation du guide suprême s’est déroulée sur fond de reprise des hostilités entre les États-Unis et l’Iran, les plus importantes depuis la signature le 17 juin par les deux belligérants d’un fragile protocole d’accord venu entériner le cessez-le-feu d’avril.

Donald Trump a déclaré la trêve «terminée» et étrillé les dirigeants iraniens, «des malades» avec qui il ne veut plus «avoir affaire», tout en laissant la porte ouverte à la poursuite des pourparlers par son équipe de négociateurs.

Le cabinet de Benjamin Netanyahu a annoncé de son côté que le Premier ministre israélien s’était entretenu jeudi soir avec le président américain, qui l’a informé des «derniers mouvements» américains dans le Golfe.

Et selon le Wall Street Journal jeudi, le gouvernement israélien a partagé avec Washington une information de ses services de renseignement selon laquelle l’Iran cherche à assassiner Donald Trump.

«Faire de l’ombre»

Dans la nuit de mercredi à jeudi, les États-Unis ont encore massivement frappé l’Iran, visant selon l’armée quelque 90 cibles militaires.

Mais la République islamique a accusé Washington d’avoir aussi ciblé des infrastructures civiles afin de «faire de l’ombre» et d’empêcher les fidèles de se rendre aux funérailles d’Ali Khamenei. Des ponts et la liaison ferroviaire entre Téhéran et Machhad, ont été touchés selon Téhéran.

Et dans la soirée de jeudi, une installation militaire près de Bouchehr, ville du sud-ouest de l’Iran qui abrite la seule centrale nucléaire en activité du pays, a été touchée par une frappe, a annoncé un responsable iranien à l’agence officielle Irna.

Peu après, le ministère américain de la Défense a cependant démenti auprès de l’AFP toute frappe des Etats-Unis sur l’Iran «lors des dernières heures».

«Ces deux dernières nuits, le bruit a été extrêmement fort», a raconté à l’AFP Badriyeh, 44 ans, femme au foyer originaire de Bandar Abbas, dans le sud du pays. Les raids américains ont fait 17 morts et 93 blessés selon les autorités.

Tout est parti mardi du stratégique détroit d’Ormuz, devenu un enjeu majeur du conflit, Washington imputant à Téhéran les attaques d’au moins trois navires commerciaux. Le trafic a depuis nettement ralenti, selon les données de la plateforme de suivi maritime Kpler.

L’Iran a profité de la guerre pour prendre le contrôle de cette voie maritime clé pour le commerce mondial des hydrocarbures et refuse de revenir à la situation antérieure. Il revendique d’imposer des droits de passage sur les bateaux et autorise uniquement la route longeant ses côtes.

«Se venger»

En représailles aux frappes américaines, les forces armées iraniennes ont de nouveau visé les voisins du Golfe: le Koweït, où au moins une personne a été blessée, Bahreïn, ou encore le Qatar, un des médiateurs dans les efforts de règlement du conflit.

Les sirènes d’alerte ont également retenti en Jordanie, où des missiles ont été interceptés pour la première fois depuis le 11 juin.

La reprise des frappes avait fait bondir mercredi les cours du pétrole, mais ils refluaient jeudi autour de 77 dollars le baril de Brent de la mer du Nord, référence internationale.

Signe du climat tendu, un avion de chasse a escorté l’appareil transportant la dépouille du guide suprême jusqu’à Machhad.

Mais le regain des hostilités n’a pas entamé la ferveur des fidèles, nombreux à avoir fait le déplacement, après qu’ils furent des millions à Téhéran et à Qom en début de semaine puis dans l’Irak voisin.

«Tous les gens ici cherchent à se venger», témoigne Mohammad Afsharian, un commerçant de 41 ans, qui juge les efforts diplomatiques «quasiment enterrés».

«Même si nous parvenions à un accord avec les États-Unis, nous aurions toujours des problèmes avec Israël», dit-il.

Cet ennemi juré de la République islamique depuis son avènement en 1979 s’est dit prêt jeudi à attaquer l’Iran «une troisième fois si nécessaire » et « plus durement encore», par la voix de son ministre de la Défense, Israël Katz.

Par Le360 (avec AFP)
Le 10/07/2026 à 06h55