L’Arabie saoudite et les États-Unis lancent des frappes en Irak

Un site des combattants de Hachd al-Chaabi proche du Hezbollah touché par les frappes américano-saoudiennes dans la nuit du 28 juillet 2026. (PHOTO: réseaux sociaux)

Les Hachd al-Chaabi, coalition d’anciens paramilitaires intégrée aux forces de sécurité irakiennes, ont annoncé mercredi que plusieurs de leurs sites avaient été visés par des frappes américano-saoudiennes en Irak, faisant des morts et des blessés, dans une nouvelle escalade régionale liée au conflit entre Washington, ses alliés du Golfe et l’Iran.

Le 29/07/2026 à 06h29

«Ce matin, plusieurs quartiers généraux officiels des Hachd al-Chaabi dans différentes régions d’Irak ont été la cible de perfides attaques terroristes lancées par les forces américaines et saoudiennes», ont indiqué les PMF, acronyme anglais des Forces de mobilisation populaire. «Ces attaques ont entraîné le martyre de plusieurs membres du personnel et blessé d’autres, et ont causé des dégâts matériels à plusieurs bâtiments et biens», ont-elles ajouté dans un communiqué.

La coalition, appelée Hachd al-Chaabi en arabe, est née en 2014 dans le contexte de la guerre contre le groupe État islamique. Elle rassemble des factions majoritairement chiites, dont certaines sont proches de l’Iran. Si elle a été officiellement intégrée à l’appareil sécuritaire irakien, plusieurs de ses composantes conservent une autonomie opérationnelle et politique, ce qui place Bagdad dans une position extrêmement délicate chaque fois que la confrontation entre Téhéran et Washington déborde sur le territoire irakien.

Le Commandement militaire américain pour le Moyen-Orient, le Centcom, a confirmé des frappes menées avec les forces armées saoudiennes en Irak. Selon Washington, ces opérations ont visé des groupes alignés sur l’Iran que les Gardiens de la Révolution auraient dirigés pour attaquer les forces américaines et les infrastructures énergétiques saoudiennes.

Le Centcom affirme que les frappes répondaient à plus de 30 attaques de drones menées au cours des 72 dernières heures contre des intérêts américains et saoudiens.

De son côté, le ministère saoudien de la Défense a affirmé que l’opération avait été conduite en coordination avec le Centcom, après l’interception de plusieurs drones lancés, selon Riyad, depuis le territoire irakien contre des installations pétrolières de l’est du royaume. L’Arabie saoudite assure ne pas rechercher l’escalade, tout en revendiquant son droit à répondre à toute attaque visant sa sécurité ou ses capacités stratégiques.

Les informations sur le bilan restent fragmentaires. Reuters, citant l’agence de presse irakienne INA, rapporte que deux membres des Hachd ont été blessés dans une frappe contre un quartier général de commandement à Bassora. Shafaq News, média irakien basé au Kurdistan, évoque pour sa part des explosions signalées dans plusieurs provinces, dont Bassora, Babylone, Kerbala, Ninive, Kirkouk, Diyala, Salaheddine et Wassit.

Des médias irakiens font état de cinq morts dans la plaine de Ninive et de blessés dans le district d’Al-Dibis, à Kirkouk, sans confirmation officielle consolidée à ce stade.

Cette nouvelle séquence intervient après plusieurs jours de tension autour d’attaques de drones contre l’Arabie saoudite et de tirs visant des forces américaines dans la région. L’Associated Press rapporte que l’armée américaine a également affirmé avoir intercepté une salve de missiles balistiques iraniens dirigée contre ses forces au Moyen-Orient, mettant fin à une brève accalmie dans les combats.

Un responsable américain a indiqué à l’agence que les frappes en Irak et l’attaque iranienne n’étaient pas directement liées, mais leur enchaînement confirme l’élargissement du conflit.

Bagdad tente, une fois de plus, de ne pas être aspirée dans une guerre qui la dépasse. Le Premier ministre irakien Ali al-Zaïdi avait ordonné une enquête sur les accusations saoudiennes selon lesquelles des drones auraient été lancés depuis l’Irak. L’armée irakienne a affirmé que le pays était déterminé à «empêcher que le territoire irakien soit utilisé comme voie ou point de lancement de toute attaque visant des pays frères ou amis».

Mais cette ligne d’équilibre devient presque impossible à tenir. Les factions de la Résistance islamique en Irak, coalition de groupes armés pro-iraniens, ont rejeté les accusations saoudiennes, les qualifiant de «fabrications».

Elles ont laissé entendre que certaines attaques contre le royaume pouvaient relever des Houthis yéménites, eux aussi soutenus par l’Iran, qui ont revendiqué ces derniers jours des opérations contre des navires et des intérêts saoudiens en mer Rouge.

Pour l’Irak, l’enjeu est désormais double: éviter une confrontation directe entre l’État et les factions armées qu’il a lui-même institutionnalisées, et empêcher que son territoire ne devienne un champ de bataille ouvert entre les États-Unis, l’Arabie saoudite et l’Iran. Comme souvent dans cette région, les frontières existent surtout sur les cartes, pendant que les missiles, eux, se dispensent poliment de demander un visa.

Par Le360 (avec Agences)
Le 29/07/2026 à 06h29