L’Algérie traverse aujourd’hui une grave crise diplomatique qui se traduit par un isolement de plus en plus marqué. Une crise due à trois principaux facteurs:
- «Rigidité» sur la question du Sahara occidental;
- Accumulation de crises bilatérales;
- Analyse obsolète de la situation régionale.
Le résultat est que l’influence algérienne est partout en recul, tant en Afrique du Nord, que dans le monde arabe, qu’au Sahel et qu’au sein des institutions internationales.
Au cœur de tout cela demeure pourtant la question du Sahara occidental, qui a fini par apparaître, aux yeux d’une partie de la communauté internationale, comme une construction portée par l’Algérie. Il est désormais clair pour tout le monde, et notamment pour ceux qui ne voulaient pas voir, qu’il s’agissait d’un enjeu primordial pour une Algérie qui avait engagé tous ses moyens afin de briser son enclavement continental dans le but de s’ouvrir une fenêtre sur l’océan atlantique à travers la fiction d’un pseudo État saharaoui. Or, ayant à ce point investi politiquement, militairement, économiquement et diplomatiquement dans cette cause totalement artificielle, et n’ayant pas saisi à temps les opportunités de sortie de l’impasse dans laquelle elle s’était engagée, l’Algérie a maintenu une position inflexible de soutien au Polisario. Cela a conduit Alger à rompre ses relations diplomatiques avec Rabat, et à s’opposer à plusieurs de ses partenaires européens.
Parallèlement, l’Algérie qui considère le Sahel comme une sorte de protectorat y est vue localement comme une puissance y ayant des visées hégémoniques. Tant que la France fut militairement présente, cela n’apparaissait pas, mais après le retrait de Barkhane, l’Algérie est apparue, à tort ou à raison, aux yeux des États sahéliens comme le parrain des groupes armés terroristes, d’où la dégradation de ses relations avec ses voisins du sud. Bamako accuse ainsi Alger de soutenir les groupes armés et a rejeté l’Accord d’Alger de 2015. Les relations sont également tendues avec le Niger et le Burkina Faso.
«Pour couronner le tout, l’Algérie n’a pas su profiter de l’opportunité que fut sa présidence du Conseil de sécurité, pour tenter de sortir de son isolement.»
— Bernard Lugan
Les relations de l’Algérie avec l’Europe se sont dégradées. Avec la France, la rupture est consommée et la prise en otage de Boualam Sansal a entrainé une condamnation à l’unanimité du Parlement européen. Plus encore, les intérêts de l’Algérie se trouvent désormais opposés à ceux de son allié historique, la Russie, pays qui lui fournit l’essentiel de ses armements. Moscou soutient ainsi militairement Bamako quand Alger est aux côtés des Touaregs que les autorités maliennes voient comme des «séparatistes». En Libye également, les intérêts d’Alger se heurtent de front à ceux de la Russie. L’Algérie qui soutient Tripoli contre Benghazi refuse ainsi la présence des Russes d’Africa Corps qui combattent aux côtés du maréchal Khalifa Haftar, le maître de la Cyrénaïque.
À l’exception du Qatar et de l’Iran, l’Algérie est bien isolée dans le Moyen-Orient et ses relations avec les Émirats arabes unis sont détestables.
En plus de tout cela, le discours algérien de non-alignement apparait aujourd’hui comme étant totalement décalé par rapport à la nouvelle géopolitique mondiale. De plus, il interdit à l’Algérie de se positionner clairement vis-à-vis des grands acteurs internationaux que sont les États-Unis et la Russie. Pour couronner le tout, l’Algérie n’a pas su profiter de l’opportunité que fut sa présidence du Conseil de sécurité, pour tenter de sortir de son isolement.
Aussi, après tous ces échecs, et afin d’occuper la scène diplomatique, l’Algérie tente désormais de réactiver un discours anticolonialiste appartenant au siècle dernier. Or, l’échec de cette nouvelle politique est déjà consommé car elle ne lui a pas permis de se repositionner sur la scène internationale.
Face à ces échecs, et si elle ne veut pas sortir de l’histoire, l’Algérie doit prendre une grave décision car elle n’a en réalité le choix qu’entre deux options:
-Maintien de la politique actuelle avec un raidissement sur une posture diplomatique défensive adossée à une accentuation de la rhétorique anti-occidentale avec pour résultat une aggravation de son isolement.
-Profonde révision stratégique notamment par un rapprochement avec l’Europe, un apaisement avec le Maroc, ce qui passerait par l’abandon total du soutien au Polisario, et un profond repositionnement au Sahel. Mais tout cela impliquerait un changement de régime à Alger, donc la fin du «Système» mis en place depuis 1962 avec l’éviction du GPRA et le coup d’État de l’ALN.





