Israël-Gaza: l’appel de l’actrice marocaine Lubna Azabal et de 500 artistes à marcher pour faire entendre «la voix de l’union» en France

La comédienne belge-marocaine Lubna Azabal, présidente du collectif "Une autre voix", à l’initiative de la tribune publiée sur le magazine français "Télérama".. Jérôme Bonnet pour Télérama

Le 19 novembre, le collectif «Une autre voix», présidé par l’actrice belgo-marocaine Lubna Azabal, appelle à une marche silencieuse pour la paix à Paris, dans le cadre d’une tribune signée par 500 artistes dans le magazine «Télérama».

Le 15/11/2023 à 12h06

La comédienne belgo-marocaine, qui s’est illustrée récemment dans les films «Le Bleu du Caftan» et «Adam», de Maryam Touzani, ainsi que dans «Rock the Casbah», de Leïla Marrakchi, est à l’origine d’une initiative plus que louable en France. Dans une tribune signée par 500 artistes et publiée dans les colonnes du magazine français Télérama, le 13 novembre, l’actrice a appelé à une marche pour la paix, le dimanche 19 novembre, qui partira de l’Institut du monde arabe (IMA) vers le musée d’Art et d’Histoire du judaïsme et les Arts et Métiers.

Au cours de cette marche, que l’on souhaite «silencieuse, solidaire, humaniste et pacifique», et «qui s’ouvrira avec une seule longue banderole blanche», avec pour étendards des drapeaux et des mouchoirs blancs, aucune revendication politique ni slogan n’auront leur place, indique-t-on.

Car plutôt que de répondre à «cette injonction de choisir un camp à détester, il est urgent de faire entendre une autre voix: celle de l’union», expliquent les artistes signataires de cette tribune, qui ont répondu à l’appel lancé il y a trois semaines par Lubna Azabal. L’actrice, qui se dit «terrassée dans son humanité», entend ainsi «parier sur l’union de tous les citoyens juifs, musulmans, chrétiens, athées et agnostiques», écrit Télérama, et plutôt que de choisir un clan ou l’autre, faire le choix de celui de l’humanité.

La tribune, écrite et diffusée par le collectif qui ne rassemblait au départ qu’une poignée d’amis artistes, parmi lesquels l’actrice Clémentine Célarié ou encore Julie Gayet, actrice et compagne de l’ancien président François Hollande, revient ainsi sur les actes perpétrés par le Hamas le 7 octobre, faisant le décompte, côté israélien, des 1.200 victimes civiles ayant trouvé la mort et des 240 personnes ayant été kidnappées, et relatant «le sang (qui) ne cesse de couler, depuis» côté palestinien, avec «des milliers de civils palestiniens (qui) meurent à leur tour (…) toutes les heures, tous les jours sous les bombardements de l’armée israélienne».

«Le nombre des morts s’ajoute aux nombres des malheurs, il se multiplie chaque heure. À ce nombre hors du nombre, il faut multiplier la peine de chaque individu par dix, par vingt, car pour une seule de ces vies perdues, ce sont dix, vingt vies effondrées, dévastées, de frères, de sœurs, mères, amis, amours, enfants, bambins, pères, repères. Somme incalculable de chagrins», poursuivent les signataires, déplorant «l’horreur et la souffrance (qui) déchirent Palestiniens et Israéliens selon une mathématique monstrueuse qui dure déjà depuis longtemps».

C’est ainsi parce que cette guerre, qualifiée de «fratricide», nous touche toutes et tous, que «peu importent nos raisons ou affinités de part et d’autre du mur, nous souhaitons qu’elle cesse immédiatement et que les deux peuples puissent enfin vivre en paix. Deux peuples pris en otage de politiques que nous ne pouvons maîtriser, qui nous dépassent et dont nous sommes les témoins impuissants», écrivent les auteurs de la tribune.

Les 500 signataires se refusent à choisir un camp, car, expliquent-ils, faisant le constat de la vague immense de haine qui submerge peu à peu le monde, «quand la mort frappe, on ne pleure ni ne se réjouit en fonction de son lieu de naissance. On se tait, on prie, on pleure avec ses proches, on a de la compassion, on est humain».

Plutôt que de choisir un clan, ils choisissent donc la voix de l’union, «la voix multiple, polyphonique, vivante», qui représente «la preuve du lien si puissant qui existe en France entre les citoyens juifs, musulmans, chrétiens, athées et agnostiques». Il s’agit pour eux de «la voix jumelle à laquelle s’ajoutent celles de toutes les humanités, toutes les bontés, toutes les empathies et tous les ébranlements».

«Cette voix-là existe, car ces consciences-là, ces utopies-là, ces amitiés-là, ces amours-là existent. C’est la voix qui est à l’unisson de nos cœurs et, plus que jamais, il est urgent de la faire entendre. Ensemble. Urgent que cette voix-là se mette en marche et retisse maille à maille les tissus déchirés de nos rues», appellent ces artistes de tous bords, origines et confessions.

Parmi les 500 signataires de cette tribune, qui donne enfin la voix à des artistes qui avaient jusque-là gardé le silence, et tourné le dos à l’appropriation de cette guerre par les politiques, on retrouve de très nombreuses célébrités en France, à l’instar de Marion Cotillard, Elsa Zylberstein, Isabelle Adjani, Jacques Audiard, Pierre Arditi, Nathalie Baye, Yamina Benguigui, Charles Berling, Juliette Binoche, Isabelle Carré, François Cluzet, Clotilde Courau, Jean-Pierre Darroussin, Agnès Jaoui, Virgine Ledoyen, Patrice Leconte, Claude Lelouch, Jalil Lespert, Kad Merad, Geraldine Pailhas, Manu Payet, Pierre Richard, Élie Semoun, Tomer Sisley… De nombreuses personnalités marocaines ou franco-marocaines y figurent aussi, telles l’écrivaine Leila Slimani, la réalisatrice Sofia Alaoui, la productrice Lamia Chraïbi, le scénariste et réalisateur Jérôme Cohen-Olivar, l’acteur Arié Elmaleh (frère de Gad El Maleh), la chanteuse et actrice Sofia Essaïdi, l’actrice Nadia Farès ou encore la réalisatrice Laïla Marrakchi.

Par Zineb Ibnouzahir
Le 15/11/2023 à 12h06