L’ouverture de ces audiences a été confirmée jeudi à l’AFP par une source judiciaire irakienne. Les autorités n’ont pas dévoilé l’identité des six prévenus, mais ont précisé qu’ils appartenaient à un groupe de 47 ressortissants français transférés en juillet 2025 de la prison de Derik, dans le nord-est de la Syrie, vers la prison centrale d’Al-Karkh, à Bagdad.
Ces détenus se trouvaient auparavant sous la garde des Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les Kurdes et soutenues pendant plusieurs années par les États-Unis dans la lutte contre l’EI.
Parmi les 47 Français figure Adrien Guihal, une ancienne figure de la mouvance jihadiste française qui avait revendiqué au nom de l’EI l’attentat de Nice, dans le sud de la France. L’attaque au camion-bélier avait fait 86 morts le 14 juillet 2016, jour de la fête nationale française. Rien n’indique toutefois, à ce stade, qu’Adrien Guihal fait partie des six hommes appelés à comparaître lors des premières audiences.
Des avocats français, informés de l’imminence des procès sans avoir reçu de notification officielle des autorités irakiennes, ont exhorté Paris à rapatrier «de toute urgence» les ressortissants concernés, qui encourent la peine de mort en Irak.
Dans un communiqué publié jeudi, Mes Marie Dosé, Matthieu Bagard, Victoire d’Humières, Pauline Gamba-Martini et Baptiste Vachon ont également dénoncé l’opacité des procédures judiciaires et l’impossibilité de représenter effectivement leurs clients devant les tribunaux irakiens.
Ces avocats, qui représentent 25 des Français détenus à Bagdad, demandent leur rapatriement afin qu’ils puissent être jugés en France et ne soient pas exposés, selon leurs termes, à la peine capitale et à un «déni de justice». Ils affirment ne pas avoir accès aux dossiers et disent avoir constaté des traitements inhumains et dégradants ainsi que des violences lors de visites effectuées auprès de certains détenus.
L’administration consulaire française leur a confirmé que des audiences concernant des ressortissants français pourraient débuter à partir du 20 septembre. Tous les Français détenus en Irak font parallèlement l’objet d’enquêtes du Parquet national antiterroriste et de mandats d’arrêt internationaux délivrés par la justice française.
Les tribunaux irakiens ont prononcé ces dernières années des centaines de condamnations à mort et de peines de réclusion à perpétuité contre des personnes reconnues coupables de «terrorisme», notamment des combattants étrangers de l’EI capturés en Syrie puis transférés en Irak.
En 2019, onze ressortissants français avaient été condamnés à mort à l’issue de procès particulièrement rapides. Leurs peines avaient ensuite été commuées en réclusion à perpétuité.
Plusieurs organisations de défense des droits humains ont dénoncé le caractère expéditif de certains procès antiterroristes en Irak, le recours à des aveux qui auraient été obtenus sous la torture et l’insuffisance des garanties procédurales. Human Rights Watch a notamment estimé que certaines exécutions avaient suivi des procès inéquitables fondés sur des éléments entachés par la torture. Amnesty International relève également de graves défaillances procédurales dans les affaires ayant conduit à l’application de la peine capitale.
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La justice irakienne affirme, de son côté, qu’un avocat local a été désigné pour chaque prévenu, que des examens médicaux ont été organisés et que les détenus ont reçu des visites du Comité international de la Croix-Rouge ainsi que de représentations consulaires. Une salle équipée pour des audiences à distance a également été aménagée à la prison d’Al-Karkh.
Nombreux procès à venir
Les prisons irakiennes, déjà surchargées par les personnes arrêtées pendant et après la guerre contre l’EI, ont reçu des milliers de détenus supplémentaires transférés de Syrie au début de l’année 2026.
Entre janvier et février, l’armée américaine a transféré en Irak plus de 5.700 hommes soupçonnés d’appartenir à l’organisation jihadiste. Ils étaient détenus depuis plusieurs années dans des établissements du nord-est de la Syrie contrôlés par les FDS. Le transfert avait été demandé par Bagdad dans un contexte de combats entre les forces kurdes et l’armée syrienne, qui faisaient craindre des évasions massives.
Le Conseil judiciaire supérieur irakien a annoncé début septembre avoir achevé les interrogatoires de 5.704 prévenus de 67 nationalités. Les dossiers doivent désormais être transmis progressivement aux juridictions de jugement, chaque affaire devant, selon l’institution, être examinée en fonction des preuves recueillies contre le prévenu concerné.
Parmi les personnes transférées au début de 2026 figurent au moins cinq ressortissants français. Certains étaient encore mineurs lorsque leurs parents les avaient emmenés dans les territoires contrôlés par l’EI.
Les investigations irakiennes auraient permis d’identifier plusieurs anciens commandants ou responsables de l’organisation, notamment dans les domaines militaire, sécuritaire, financier, logistique et médiatique. Six prévenus sont soupçonnés d’avoir participé à la détention, au transport, à la vente ou à la mise en esclavage de femmes yazidies.
Les autorités irakiennes ont également annoncé la préparation de la remise à la Syrie de 457 ressortissants syriens contre lesquels les investigations n’ont fait apparaître aucun élément justifiant la poursuite de la procédure. Un Finlandais et un Américain ont déjà été remis à leur pays après avoir été innocentés, de même que sept détenus irakiens.
À la faveur de la guerre déclenchée en Syrie en 2011, l’EI s’était emparé en 2014 de vastes territoires dans ce pays et en Irak, où il avait proclamé un «califat». Accusé de massacres, d’enlèvements, de torture et d’esclavage sexuel, le groupe a perdu ses derniers territoires en Irak en 2017, puis en Syrie en 2019, sous les offensives menées avec le soutien de la coalition internationale dirigée par les États-Unis.




