Depuis le début de la guerre en Ukraine, il y a plus de quatre ans, l’Union européenne a massivement recours au gaz naturel liquéfié (GNL) pour remplacer les approvisionnements russes. Le gaz russe représentait encore 12% des importations européennes en 2025, mais l’UE prévoit d’y mettre progressivement fin d’ici à l’automne 2027.
Utile à l’industrie, le gaz est également nécessaire au chauffage des logements: environ 30% des ménages de l’Union européenne se chauffent au gaz. Celui-ci provient de plus en plus des États-Unis, qui devraient dépasser la Norvège et devenir le principal fournisseur de gaz de l’Europe en 2026, selon l’Institute for Energy Economics and Financial Analysis (IEEFA).
Au milieu de ces bouleversements stratégiques, la Croatie, pays de moins de quatre millions d’habitants, entend faire de son terminal de GNL, installé sur l’île de Krk, la porte d’entrée des approvisionnements énergétiques vers l’Europe du Sud-Est et l’Europe centrale.
La porte croate
Le terminal méthanier flottant d’Omišalj, dont la capacité maximale vient de passer de 3,9 à 6,1 milliards de mètres cubes par an, est entièrement réservé jusqu’en 2036, explique à l’AFP le directeur général de LNG Croatia, Ivan Fugas.
La Croatie reçoit le gaz liquéfié par bateau, avant de le regazéifier à Krk puis de pouvoir l’exporter vers les pays voisins. Avant 2021, «nous achetions du gaz à Moscou et nous étions les derniers livrés», rappelle Ivan Fugas. Avec Krk, «l’UE s’est dotée d’un point d’entrée supplémentaire pour le gaz naturel».
Ce point d’entrée intéresse Washington, qui ne fait pas mystère de ses ambitions énergétiques dans les Balkans. Les États-Unis veulent développer des corridors énergétiques nord-sud en Europe centrale et orientale, notamment dans le cadre de l’Initiative des Trois Mers.
Dans un rapport sur les Balkans présenté au Congrès au printemps, la diplomatie américaine soulignait que la dépendance énergétique de la région vis-à-vis de la Russie demeurait «une vulnérabilité stratégique».
«La diversification des approvisionnements énergétiques, notamment grâce aux abondantes sources d’énergie américaines, renforce la stabilité et la prospérité régionales. Le gaz naturel liquéfié américain, les technologies nucléaires, y compris les petits réacteurs modulaires, et les énergies renouvelables offrent des solutions commercialement attractives et géopolitiquement solides», peut-on lire dans ce document.
Quelques mois plus tôt, les États-Unis avaient déjà manifesté leur intention de réduire cette dépendance en soutenant un projet de gazoduc entre la Croatie et la Bosnie-Herzégovine, qui dépend actuellement à 100% du gaz russe. Le projet comprend également plusieurs centrales électriques au gaz, pour un investissement total d’environ 1,5 milliard de dollars.
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Il est porté par AAFS Infrastructure and Energy, société dirigée par Jesse Binnall, ancien avocat de Donald Trump, et Joseph Flynn, frère de Michael Flynn, ancien conseiller à la sécurité nationale du président américain.
Le projet a immédiatement suscité des réserves à Bruxelles et parmi les ONG de défense de l’environnement. La Croatie a néanmoins signé en avril, lors du sommet de l’Initiative des Trois Mers à Dubrovnik, un mémorandum d’accord sur cette interconnexion gazière.
Présent à Dubrovnik, le secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, avait vanté le «Trump Peace Pipelines Framework», un plan destiné à développer les infrastructures énergétiques en Europe centrale et orientale.
Les réserves ukrainiennes
Le potentiel de Krk n’a pas non plus échappé à Kiev. L’opérateur ukrainien de stockage souterrain Ukrtransgaz a présenté cette année une analyse montrant qu’un acheminement depuis le terminal croate constituerait l’itinéraire le moins coûteux pour approvisionner l’Ukraine.
Dotée de l’un des plus vastes réseaux européens de stockage souterrain de gaz, en grande partie hérité de l’époque soviétique, l’Ukraine pourrait également contribuer à résoudre les difficultés de stockage de la Croatie.
Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, et le Premier ministre croate, Andrej Plenković, se sont déjà rencontrés cette année pour discuter de l’approvisionnement et du stockage de l’énergie.
Avec un trajet plus court et moins de frontières à traverser que les routes actuelles passant par la Grèce ou la Pologne, Krk pourrait devenir une véritable porte d’entrée vers l’Ukraine à travers les Balkans.
«Mais cela ne veut rien dire si la Croatie ne dispose pas des capacités nécessaires» en matière de gazoducs, avertit Ivan Fugas, soulignant la nécessité de développer le réseau pour répondre à la demande.
L’offensive américaine en Europe se révèle, en attendant, particulièrement lucrative pour Washington: selon l’IEEFA, le GNL américain reste l’option d’approvisionnement la plus coûteuse pour les acheteurs européens.




