Cuba: trois scénarios envisagés par Washington, selon le président cubain

Le président cubain Miguel Diaz-Canel (à droite) et le colonel cubain Raul Guillermo Rodriguez Castro, petit-fils de l'ancien président Raul Castro, assistent aux funérailles des 32 soldats cubains tués lors de l'incursion américaine au Venezuela, au cimetière Colón de La Havane, le 16 janvier 2026. AFP or licensors

Le président cubain Miguel Díaz-Canel estime que les États-Unis envisagent trois scénarios contre Cuba: provoquer une explosion sociale par la pression économique, prendre le contrôle de l’économie de l’île ou recourir à une agression militaire directe.

Le 09/06/2026 à 07h29

Dans un entretien accordé au média numérique espagnol eldiario.es et publié lundi par la présidence cubaine, le chef de l’État a accusé l’administration américaine de chercher à pousser le pays vers une crise interne susceptible de justifier une intervention extérieure.

«Un des scénarios consiste, par l’asphyxie économique, à provoquer une explosion sociale, et que cette explosion sociale donne la possibilité aux États-Unis, sous le prétexte d’une aide humanitaire, d’intervenir dans le pays», a déclaré Miguel Díaz-Canel.

Miguel Díaz-Canel évoque un deuxième scénario reposant sur «un dialogue coercitif», accompagné d’une politique de «pression maximale» sur l’économie de l’île. Selon lui, cette stratégie viserait à «prendre le contrôle de l’économie cubaine» afin de favoriser ensuite «un changement de système politique».

Ce scénario est avancé alors que plusieurs entreprises étrangères présentes à Cuba, notamment dans le secteur hôtelier, ont réduit ou suspendu une partie de leurs activités par crainte de sanctions américaines. Cette évolution fragilise encore davantage une économie déjà confrontée à de graves pénuries, à des difficultés d’approvisionnement et à une crise énergétique profonde.

Ces propos interviennent dans un climat de forte dégradation des relations entre La Havane et Washington depuis janvier. L’administration de Donald Trump a durci sa politique à l’égard de Cuba, imposant notamment un blocus pétrolier contre l’île et plusieurs séries de sanctions visant des entités, des institutions et des responsables cubains.

Selon Reuters, Washington a récemment sanctionné Miguel Díaz-Canel, son épouse Lis Cuesta Peraza, plusieurs membres liés à la famille Castro et des structures associées à l’appareil étatique cubain. Le Département d’État américain a également annoncé, le 4 juin, de nouvelles mesures contre cinq entités et cinq personnes accusées d’activités «subversives» contre les États-Unis.

La justice américaine a par ailleurs inculpé l’ancien président Raúl Castro dans une affaire remontant à 1996, liée à la destruction de deux avions d’une organisation d’exilés cubains. Cette décision a été dénoncée par La Havane comme une instrumentalisation politique destinée à accroître la pression sur le régime.

L’administration Trump considère que Cuba, située à environ 150 kilomètres des côtes de la Floride, représente «une menace extraordinaire» pour la sécurité nationale des États-Unis. Malgré cette montée des tensions, les deux gouvernements affirment maintenir des canaux diplomatiques ouverts.

The Guardian rapporte que Cuba subit depuis plusieurs mois des coupures d’électricité prolongées, des pénuries de carburant et une détérioration des services essentiels. Le manque de combustible affecte la production électrique, l’approvisionnement en eau, les transports, mais aussi la vie quotidienne des habitants, déjà éprouvés par l’inflation et les pénuries alimentaires.

Associated Press a de son côté rapporté l’arrivée à Cuba d’un navire transportant environ 1.700 tonnes d’aide alimentaire et humanitaire en provenance du Mexique et du Belize, signe de l’aggravation de la situation sociale sur l’île. La Havane présente cette aide comme un geste de solidarité, tandis que Washington affirme que les difficultés du pays relèvent d’abord de la responsabilité du système cubain.

Le troisième scénario évoqué par Miguel Díaz-Canel est celui de l’agression militaire. «Et un troisième scénario est celui de l’agression militaire», a-t-il affirmé.

Pour le président cubain, ces hypothèses ne sont pas le produit d’une lecture alarmiste de La Havane, mais s’appuient sur les déclarations répétées du secrétaire d’État américain Marco Rubio et du président Donald Trump. Il affirme que Cuba doit se préparer à sa défense afin d’éviter toute «surprise» et toute «défaite».

La Havane dit ne pas refuser le dialogue, mais exige qu’il se tienne sur une base d’égalité, sans conditions portant sur son système politique. Washington, de son côté, affirme vouloir accentuer la pression sur les autorités cubaines tout en maintenant une offre d’aide directe à la population.

Entre menaces, sanctions et crise énergétique, Cuba se retrouve ainsi dans l’un des moments les plus tendus de ses relations avec les États-Unis depuis plusieurs années.

Par Le360 (avec Agences)
Le 09/06/2026 à 07h29