Comme l’exige la procédure américaine, le département d’État a notifié le Congrès de ce projet. Les parlementaires disposent désormais d’une période de 30 jours pour l’examiner et peuvent tenter de le bloquer. Il ne s’agit donc pas encore d’un contrat définitivement conclu, mais d’une vente potentielle dont les prix et les quantités pourront encore évoluer au cours des négociations.
L’offre comprendrait 48 F-35A, version à décollage et atterrissage conventionnels de l’appareil, ainsi que 49 moteurs F135 produits par Pratt & Whitney, dont un moteur de rechange. Elle inclurait également des équipements de communication, des pièces détachées, des programmes de formation et différents services de soutien technique.
«La vente proposée renforcera la capacité de l’Arabie saoudite à dissuader les menaces actuelles et futures en consolidant sa défense nationale et en améliorant l’interopérabilité avec les forces américaines», a indiqué le département d’État pour justifier le projet.
L’Arabie saoudite a salué cette annonce, soulignant, par la voix de son ambassade à Washington, que «la vente proposée de F-35 témoigne de la solidité et du caractère durable du partenariat stratégique entre l’Arabie saoudite et les États-Unis, ainsi que de la progression constante de notre coopération en matière de défense».
Riyad cherche depuis longtemps à acquérir des F-35. Israël, seul pays du Moyen-Orient à exploiter actuellement cet avion de combat, a toutefois exprimé des réserves sur la possibilité que l’appareil soit livré à un autre État de la région. Si elle aboutit, la vente ferait de l’Arabie saoudite le premier pays arabe à disposer de F-35.
Cette vente «permettra également d’augmenter le nombre d’avions opérationnels de l’Arabie saoudite et de renforcer ses capacités d’autodéfense air-air et air-sol», a souligné le département d’État.
Selon l’administration américaine, elle «ne modifiera pas l’équilibre militaire dans la région». Cette affirmation s’inscrit dans le cadre de la politique américaine imposant à Washington de préserver l’avantage militaire qualitatif d’Israël sur ses voisins. La manière dont cet avantage sera concrètement protégé n’a toutefois pas été détaillée.
La livraison effective des appareils devrait s’étaler sur plusieurs années. Même si le projet franchit l’étape du Congrès, les premiers avions ne seront donc pas immédiatement disponibles pour faire face à la crise régionale actuelle.
Des craintes liées à la Chine
Le New York Times a rapporté cette semaine que des analystes des services de renseignement américains avaient alerté sur le risque que Pékin puisse accéder à certaines technologies sensibles du F-35 en raison des relations militaires, technologiques et sécuritaires entretenues par l’Arabie saoudite avec la Chine.
Les inquiétudes portent notamment sur l’accès de militaires chinois à certaines bases saoudiennes, sur la présence de technologies chinoises dans les infrastructures de télécommunications du royaume et sur la capacité de Riyad à sécuriser les installations destinées à accueillir les appareils.
«L’administration Trump ne devrait pas donner suite à son projet de vente d’avions de chasse F-35 à l’Arabie saoudite alors que nos propres services de renseignement nous avertissent que cela pourrait mettre les joyaux de la technologie militaire américaine à la portée du Parti communiste chinois», a averti l’élu démocrate Raja Krishnamoorthi, membre de la commission du renseignement de la Chambre des représentants.
Washington réserve jusqu’à présent le F-35 à un cercle restreint de partenaires, notamment Israël, plusieurs pays européens membres de l’Otan et des alliés des États-Unis dans la région indo-pacifique.
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Les États-Unis avaient ainsi exclu la Turquie du programme F-35 en 2019 après l’acquisition, par Ankara, du système russe de défense aérienne S-400. Washington craignait alors que la Russie puisse accéder aux caractéristiques techniques de l’appareil par l’intermédiaire du système russe.
Une série d’achats en pleine guerre régionale
Ce projet constitue le dernier en date d’une série d’achats majeurs d’armements effectués par l’Arabie saoudite en pleine guerre régionale, déclenchée par les frappes américano-israéliennes contre l’Iran lancées le 28 février.
Depuis lors, l’Arabie saoudite a été entraînée dans le conflit. Visé à plusieurs reprises par des attaques iraniennes, le royaume fait également face, depuis juillet, à une offensive des Houthis, soutenus par Téhéran.
Les rebelles yéménites ont notamment attaqué le territoire saoudien, ses infrastructures énergétiques et des navires liés au royaume. La chute de débris provenant d’un drone houthi intercepté a tué jeudi un ressortissant yéménite en Arabie saoudite et blessé deux autres personnes dans la province de Taëf.
Cette escalade place Riyad, l’un des principaux exportateurs mondiaux de pétrole, sous une pression croissante, alors que les Houthis ont également étendu leur emprise sur la côte occidentale du Yémen et renforcé leur capacité à perturber le trafic dans le détroit stratégique de Bab el-Mandeb.
Selon un responsable américain, une unité militaire des États-Unis travaille au renforcement du partage de renseignements et de la planification avec l’armée saoudienne face aux attaques houthies. Washington ne s’est toutefois pas engagé à intervenir directement contre les rebelles.
Début septembre, le département d’État avait déjà approuvé une autre vente potentielle portant sur plus de 10.000 bombes destinées à l’Arabie saoudite, pour un montant estimé à cinq milliards de dollars. D’autres contrats récents comprennent des kits de guidage de précision et des moteurs de chars.




