Algérie: l’ex-DRS se réinstalle en force et dépouille Tebboune de tout pouvoir avant son second mandat

De gauche à droite, les généraux algériens Nacer El Djen, Toufik et  Djebbar Mhenna. (Y.El Harrak/Le360)

De gauche à droite, les généraux algériens Nacer El Djen, Toufik et Djebbar Mhenna. (Y.El Harrak/Le360)

Les officiers protagonistes de la décennie noire des années 1990 ont mis à profit le premier mandat d’Abdelmadjid Tebboune pour reprendre les rênes du pouvoir politico-militaire en Algérie. Après une traversée du désert de cinq ans, à la suite de sa dissolution en 2015, l’ex-puissant Département du renseignement et de la sécurité (DRS) reprend en main tous les services de renseignement. Il vient ainsi de boucler la boucle avec la récente nomination du général Abdelkader Haddad, alias Nacer El Djen, à la tête de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI).

Le 08/06/2024 à 13h36

Même s’il n’a pas encore été officiellement installé dans ses nouvelles fonctions de patron des renseignements intérieurs, le général Abdelkader Haddad, alias Nacer El Djen, tortionnaire notoire des années 90, surnommé le diable à cause de sa cruauté légendaire, est devenu le patron et l’homme fort de la DGSI. Malgré l’annonce de cette nomination par des sources fiables, y compris parmi les proches du clan des protagonistes de la décennie noire, les médias algériens n’osent toujours pas aborder ce sujet.

Nacer El Djen, promu au grade de général le 5 juillet 2022, est un ancien officier du Centre principal militaire d’investigations (CPMI) de Blida, relevant du Département du renseignement et de la sécurité (DRS), où il a fait ses armes au début des années 90 avant d’intégrer le Groupement d’intervention spécial (GIS), une unité d’élite qui assurait les opérations spéciales contre les maquis dits terroristes. Ayant la gâchette facile, on lui attribue l’assassinat de centaines de détenus durant la décennie noire des années 1990 et d’être l’un des criminels de guerre les plus sanguinaires encore en liberté. Revenu aux affaires en novembre 2021, après un exil forcé en Espagne, Nacer El Djen a été propulsé à la tête du Centre principal des opérations (CPO) relevant de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) et servant aux interrogatoires musclés des responsables civils et militaires en rupture de ban avec le «système» en place.

L’ex-tortionnaire attitré au sein du DRS a ensuite été promu numéro 2 de la DGSI, où officiait depuis l’été 2022 le général Djamel Kehal Medjdoub. Or, ce dernier étant gravement malade, c’est Nacer El Djen qui en est devenu le dirigeant effectif. Le général à la retraite Mohamed Mediène, dit Toufik, fondateur du DRS et son patron déifié de 1990 à 2015, a ainsi replacé ce qui reste de ses hommes de main, la plupart d’anciens repris de justice ou fugitifs à l’étranger, aux manettes des services de renseignements algériens. Cela, non sans avoir au préalable décimé le clan des généraux de Gaïd Salah, l’ex-chef d’état-major de l’armée (2004-2019), ennemi juré du clan Khaled Nezzar-Toufik, à qui il reproche surtout d’avoir utilisé l’armée pour commettre des actes barbares à l’encontre de centaines de milliers d’Algériens durant la guerre civile des années 90.

Hormis la neutralisation spectaculaire, en avril 2020, du général Wassini Bouazza, ancien puissant chef de la DGSI sous Gaïd Salah, le retour des hommes du DRS a commencé réellement dès le début de 2021. Le bal a été ainsi ouvert par la réhabilitation du général Noureddine Makri (Mahfoud), nommé en janvier 2021 à la tête de la Direction de la documentation et de la sécurité extérieure (DDSE), en l’absence de Tebboune, alors convalescent en Allemagne. Il y a remplacé le général Mohamed Bouzit, dit Youcef, immédiatement embastillé, car Toufik n’a jamais pardonné à ce «traître» d’avoir remplacé l’un de ses hommes de main, le général Rachad Laalali (dit Attafi), débarqué de la DDSE en 2013 par Gaïd Salah.

Gaïd Salah a congédié, en 2015, ce même général Mahfoud, que Toufik avait placé en 2009 à la tête de la Direction des relations extérieures et de la coopération au ministère de la Défense. Il était donc les yeux à travers lesquels Toufik surveillait tout ce qui avait trait au choix et au travail des attachés militaires dans les différentes ambassades algériennes à travers le monde.

S’ensuivra, durant la même année de 2021, la création de la Direction chargée de la lutte contre la subversion, confiée au général Djebbar M’henna, ancien patron de la sécurité militaire au sein du DRS, tout juste sorti de prison suite à une condamnation infligée par le tribunal militaire de Blida sur instigation de Gaïd Salah.

Djebbar M’henna gravira vite les échelons pour devenir en 2022 le patron des renseignements extérieurs (DDSE). Il y nomme comme directeur de cabinet le général Souahi Zerguine, alias Mouad. Les deux hommes ont en commun, tout comme Nacer El Djen, d’avoir travaillé ensemble durant la décennie noire au sein de «l’escadron de la mort» au centre de détention et de torture dit Antar d’Alger.

Ils se retrouvent aujourd’hui à la tête de l’un des plus importants services de renseignement algériens, où tout ce qui relève de la sphère politique, militaire et diplomatique est sous leur emprise. Souahi Zerguine est un homme tellement secret que les Algériens n’ont jamais vu son visage. À telle enseigne que, lors de sa décoration par Tebboune, le 5 juillet dernier, la télévision algérienne et les photographes ont eu pour strictes consignes de ne pas montrer son visage, et de se contenter de le filmer et photographier uniquement de dos.

Djebbar M’henna a également choisi comme collaborateur l’ancien officier du DRS, Hocine Oubelaïd, alias Hocine Boulahia, mis à l’écart à la suite d’une sombre affaire d’espionnage et de sabotage visant Tebboune et ses conseillers. En attendant de rebondir à nouveau, Hocine Boulahia est aujourd’hui retiré en Kabylie, dans son village natal de Larba Nath Iraten, où fut lynché puis immolé, dans des circonstances troubles, le jeune Djamel Bensmaïl, lors des incendies qui avaient embrasé la Kabylie en août 2021, faisant des centaines de morts et de blessés.

Tous ces «affreux» du DRS ont d’abord commencé à être réintroduits en douce, en s’affichant de temps à autre là où on les attendait le moins. Ainsi, et bien que les membres composant le Haut Conseil de sécurité algérien soient limitativement identifiés par la loi, les Algériens ont été surpris par la présence inédite et inexpliquée d’anciens officiers du DRS à certaines réunions du HCS, dont Abdelkader Aït Ouarabi, dit général Hassan, Djebbar M’henna et Nacer El Djen. Le général Hassan est tellement proche de Toufik que lorsqu’il a été incarcéré sous les ordres de Gaïd Salah, Toufik s’est exprimé pour la première fois publiquement, demandant dans une lettre la libération de son collaborateur.

Pour rappel, le 30 janvier 2015, un séisme politique avait secoué le régime algérien. Ahmed Ouyahia, alors directeur de cabinet d’Abdelaziz Bouteflika, avait annoncé la dissolution du DRS et la restructuration des services de renseignement algériens, qui seront unifiés sous une seule bannière et relèveront désormais du Président de la république et non plus de l’armée. «Le DRS a été dissous et remplacé par trois directions générales de sécurité directement rattachées à la présidence de la république. Il s’agit de la Direction générale de la sécurité intérieure, de la Direction de la documentation et de la sécurité extérieure et de la Direction du renseignement technique», avait précisé Ouyahia. La coordination de tous ces services a été confiée au général Othmane Tartag, alias Bachir, qui a été retourné contre l’ex-patron du DRS Mohamed Mediène (Toufik), sous les ordres duquel il avait exercé pendant 25 ans en tant que numéro 2 du DRS.

On comprend, dès lors, pourquoi Ouyahia, Tartag et Saïd Bouteflika croupissent toujours en prison, alors qu’ils y ont été envoyés par Gaïd Salah. Saïd Bouteflika et Tartag, en particulier, ont été emprisonnés en même temps que Toufik, pour avoir tenté d’écarter Gaïd Salah en lui signifiant son (faux) limogeage par Abdelaziz Bouteflika alors que ce dernier n’avait plus toutes ses capacités de discernement.

Mais Toufik ne pardonne pas au duo Tartag-Saïd Bouteflika, ennemis comme lui de Gaïd Salah, d’avoir contribué à la dissolution du DRS. «L’Algérie nouvelle», vantée par les médias aux ordres, fait aujourd’hui un bond de 35 années en arrière. Les anciens officiers du DRS ont en effet mis à profit le mandat de Abdelmadjid Tebboune, installé par l’armée à El Mouradia, pour restaurer leur mainmise totale sur le pays, en remettant sur pied le même système sécuritaire des années 90. Un «système» dont le général Mohamed Mediène, dit Toufik, âgé de 85 ans, tire les ficelles, sans partage.

Par Mohammed Ould Boah
Le 08/06/2024 à 13h36

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Il est où Tebboune? Ah je crois qu’il a été invité au G7? Et vous savez pourquoi?

Ces petits caporaux wlad frança sur la photo qui décidèrent en janvier 1992, d'interrompre les premières élections libres et pluralistes du pays laissé par leur mama frança en 1962 après 2 référendums votés où les Français de souche ont dit "on n'en veut pas de cette chose bâtarde des ottomans", alors que les islamistes du Front islamique du salut (FIS) avaient obtenu une très large majorité au premier tour. Cette décision a été suivie par une décennie de violence, qui a fait plus de 250 000 morts et 50000 disparus dans les années 1990, sous les ordres de ce criminel et boucher toufik et ses potes tel gazzar nezzar, gay salah, belkreir etc et l'actuel le sénile droopy bowal shlingriha. La vie du débile mental du vieux tebboune tient sur un fil avec tous ces bouchers caporaux autour de lui.

Yalatif plus de 300000 pauvres algériennes et algériens assassinés sauvagement par cette horde de vieux caporaux criminels algériens ?! Ça totalise 5 fois la capacité du stade du 5 juillet d'alger qui ont fait psssshit ? Yalatif hayaouanes ces dirigeants de cette caserne militaire à ciel ouvert née en 1962. La hawla wla quwwata illa Billah. Que diront devant Dieu tout puissant ces dirigeants criminels algériens de tous leurs crimes sur leurs frères et sœurs musulmans algériens ?

Les bouchers militaires DZibiens dépouillent le King dial kdoub? Le vieux pecquenaud Kedboune n'a jamais eu de pouvoirs et ne les aura jamais, pour la simple raison a été scotché de force sur le trône par le double Big Mac le pédophile gaid Salah. Le King Kedboune n'avait pas d'autres choix, ou il accepta d'être guignol président ou il rejoindra son fils à El Harrach pour trafic de cocaïne (+700 kg). Le Kedboune est aussi mouillé jusqu'au cou dans des affaires à coups de millions de $ lorsqu'il était ministre du logement sous le règne de la mafia politico-militaire du nabot bouteflika et gaid Salah. Bon, actuellement le Kedboune est occupé à gérer l'amourette de sa fille Maya l'abeille et son amant Rocco, un conseiller du protocole à El Mouradia,à proximité du bureau du vieux cocu Kedboune

Dramatique ... L'époque des régimes militaires est révolue, il faut tourner la page de ces archaïsmes autoritaristes sans issue. Nous prions pour que l'Algérie frère rejoigne le Maroc dans une ère de paix et de coopération.

Tout simplement ce pays il n'a pas des hommes et l'avenir nous le dira point

Déjà à regarder ces têtes de gargouilles diaboliques, on peut voir sur leurs visages et sur leurs attitudes que rien de bon ne pourra résulter e leurs retours sur la scène politique du voisin de l’est. De plus d’après le récapitulatif de leurs actions passées, on comprend que ce pays connaîtra l’une des pires périodes de leur histoire jalonnée de violence, terreur et humiliations. Le peuple avait cru qu’en sortant chaque vendredi durant leur "hirak”, ils allaient aller de l’avant, mais ce n’était qu’un leurre de plus car les choses ne fonctionnent pas comme ça. Il faudrait un miracle pour arriver à modifier ce système prédateur.

Jasmine :: figurez-vous que dans ce pays tout n'est que désordre tricoté dans l'armée depuis que bouteflika s'est mis a nommer généraux ceux qui n'étaient que colonels, c'est vrai, ils ont le faciès de bourreaux tranquilles, hélas c'est le sort des "hommes" au semi pouvoir tapis dans l'ombre avant la mort tragique de celui au grade de colonel pas plus qui garde le troupeau comme algérie libye, Syrie Irak soudan et j'en passe, où les urnes décorées font office de trempe l’œil. comment admettre qu'un pays ex colonisé se nomme Rep, alg, démoc et pop et y a pas 10 g d'expressions constructives et évolutions véritable surtout de liberté de "DIRE"

Cette bande de malfaiteurs qui dit lutter contre le terrorisme est celle là même qui a diligenté et télécommandé d'attentats à Marrakech ,en France et partout ...en Algérie L'international politique possède une grande et longue mémoire et sait patienter On se rappelle le cas Kadhafi. et autres Pour dire à ces créatures du diable, se prenant pour intelligents, ne vont que courir qu'à la perte de l'Algérie. Une Algérie vulnérable et fragile. Qu'ils se réveillent avant que ca ne soit trop tard. La sagesse et la gentillesse sont synonymes d'intelligence stratégique. .enfin !! pour ceux qui peuvent réfléchir.. un peu . yamkorone oua yamkoroune oua Allaho khayro al makirine.

Les changements de position d'une personne comme Hafid Darraji, connu pour être un proche du général Tawfiq, confirment la véracité de cette affirmation. Drajji a changé à 180 degrés . d’opposant à loyaliste au régime immédiatement après la disparition du chef d’état-major Gaid Saleh.

Avec le retour de cette organisation secrète de diables- en fait ,ils étaient toujours là en hibernage- les opposants ,,les défenseurs de droits humains ,les forces vives ,les intellectuels ,les artistes ,les écrivains . .tous ceux animés par la bonne foi et qui réfléchissent en Algérie doivent faire attention et prendre garde. Ces gens, pardon ,ces djins sont capables de tout. On a vu leurs "ouvres" et de quoi étaient capables pendant la décennie et décade noires et pendant le post Hirak. Malheureusement d'Etats occidentaux fléchissent et leur rapatrient d'opposants.

Ainsi est administré le peuple Algérien Clans ,le visible et l'invisible obscur. ..Une organisation que l'on retrouve que chez d'organisations connues.... Tout pays a des renseignements, l''Algérie n'a que de renseignements .:Hors contrôle Le seul contrôleur est celui qui arrive à épingler l'autre. Le pouvoir à visage civile n'est là que pour mentir. Le peuple sait et en est conscient. Exemple "l'auto-détermination" est dite pour la façade. La vérité, mafieusement dissimulée c'est celle de diviser le Maroc faisant le jeu-les arabistes et populaires qu'ils sont !!- des comploteurs des stabilités et des unités des peuples Comment les politiques et les organisations internationaux sensibles aux moindres dérives vraies ou fomentées ,se permettent ils de traiter avec ce régime et se taire??

Excellent article, merci de nous avoir décrit le fonctionnement de cette pieuvre tentaculaire. Pauvre citoyen algérien, il ne lui reste que les yeux pour pleurer...

Ce qui est dramatique dans tout ça et que les algériens n'ont aucun mot à dire, 45 millions d'âmes n'ont que les yeux pour pleurer, beaucoup d'Algériens ont perdu des membres de leur famille, voire toute la famille a cause de ces criminels sanguinaires.qui voilà une génération après refont surface sans jamais être inquiétés ou condamné pour leurs crimes ignoble, au contraire, ils sont même promus et vénérés par le pouvoir. Du jamais vu que les algériens soient soumis et dociles à ce point !!!

"Ayant la gâchette facile, on lui attribue l’assassinat de centaines de détenus durant la décennie noire" Cette phrase comporte une faute syntaxique gravissime.

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