Le 9 juin prochain, le groupe suédois Trelleborg inaugurera sa première usine marocaine à Midparc, près de Casablanca. Cet investissement de 120 millions de dirhams, qui créera entre 150 et 200 emplois, marque bien plus qu’une simple implantation industrielle. Il symbolise une convergence stratégique entre un géant suédois en quête de résilience et un Royaume déterminé à s’imposer comme hub aéronautique mondial, souligne le quotidien Les Inspirations Éco. Spécialiste des solutions polymères techniques pour l’aéronautique, le médical et l’industrie lourde, Trelleborg mène depuis plusieurs années une stratégie de «right-shoring», une approche qui consiste à rapprocher ses sites de production de ses clients majeurs tout en maîtrisant les coûts. Après des usines en Amérique latine et en Asie, le Maroc s’est imposé comme une destination privilégiée. Pourquoi ce choix plutôt que le Portugal, la Pologne ou la Tunisie?
La réponse tient dans une combinaison unique d’atouts, explique Les Inspirations Éco. Midparc, la zone franche qui accueillera l’usine, offre des avantages fiscaux attractifs (exonération d’impôt sur les sociétés, TVA à 0% sur les équipements) et un écosystème industriel déjà mature, avec plus de 120 entreprises et 20.000 emplois dans l’aéronautique. L’accès à un port majeur et à un aéroport international complète ce dispositif logistique. Mais le véritable atout du Maroc réside dans sa main-d’œuvre qualifiée. L’Institut des métiers de l’aéronautique (IMA), créé avec le soutien de Boeing et Safran, forme chaque année des centaines de techniciens aux normes internationales. «Pour un équipementier travaillant avec des tolérances micrométriques, une main-d’œuvre locale qualifiée est une condition sine qua non», souligne un responsable de Trelleborg cité par Les Inspirations Éco. Le Groupement des industries marocaines aéronautiques et spatiales (GIMAS) joue également un rôle clé en facilitant les démarches administratives et en promouvant les compétences locales.
Le choix du Maroc s’inscrit aussi dans une logique industrielle plus large. Boeing, qui a fait du Royaume un partenaire stratégique pour son approvisionnement en Afrique et au Moyen-Orient, a poussé ses fournisseurs de premier rang à s’y implanter. L’usine Trelleborg, spécialisée dans les systèmes d’étanchéité de haute précision pour l’aérospatial, répond directement à cette demande. Ces composants, invisibles mais essentiels, protègent les moteurs et équipements des aéronefs dans des conditions extrêmes.
Côté coûts, l’investissement marocain s’avère compétitif: environ 12 millions de dollars pour 5.000 m² de surface bâtie, un ratio attractif même face à l’Europe de l’Est. Mais au-delà des chiffres, c’est la stabilité politique et juridique du pays qui a séduit Trelleborg. «Le Maroc offre un cadre prévisible et des garanties contractuelles solides, essentiels pour nos investissements de long terme», explique Gordon Roper, président de l’unité commerciale Trelleborg Aerospace.
Cette alliance entre le groupe suédois et le Maroc ne va pas sans défis, indique Les Inspirations Éco. Trelleborg devra adapter son management au contexte local, tandis que le Royaume devra poursuivre sa politique de formation pour répondre à la demande croissante de talents.
L’industrie aéronautique mondiale reste en effet vulnérable aux crises, comme l’a montré la pandémie de Covid-19. Pourtant, cette implantation marque une étape décisive. Le Maroc vise 32.000 emplois d’ici 2027 et 2% du marché mondial de l’aéronautique. L’arrivée de Trelleborg, suivie par d’autres acteurs internationaux, confirme cette ambition: transformer le pays en un centre d’excellence technologique, où l’ingénierie de précision et les matériaux avancés priment sur l’assemblage bas de gamme.




