Souveraineté numérique: le Maroc accélère sa bataille pour le contrôle des données

Un data center. DR

Revue de presseAlors que les besoins en intelligence artificielle explosent, le Maroc renforce ses infrastructures cloud et son cadre réglementaire. Entre l’arrivée de géants mondiaux comme Oracle, le développement de solutions souveraines locales et des exigences accrues en matière de cybersécurité, le Royaume ambitionne de s’imposer comme un hub technologique majeur sur le continent. Cet article est une revue de presse tirée de Finances News.

Le 22/07/2026 à 20h00

La question du stockage des données stratégiques des administrations, des institutions financières et des entreprises marocaines est devenue le révélateur d’un enjeu géopolitique et économique majeur: la maîtrise des infrastructures numériques. «En l’espace de quelques mois, le Maroc a accéléré le déploiement de son écosystème cloud pour répondre à une double exigence : concilier l’essor rapide des technologies d’intelligence artificielle avec la protection rigoureuse de son patrimoine de données», indique le magazine Finances News.

L’inauguration, en avril 2026, de la région Oracle Cloud Infrastructure (OCI) à Casablanca marque un tournant dans cette feuille de route. En devenant le premier pays d’Afrique du Nord et de l’Ouest à accueillir une région cloud directement exploitée par un hyperscaler mondial, le Royaume franchit un cap structurel. Cette installation, complétée par une seconde région destinée à garantir la continuité de service et hébergée par N+ONE Datacenters, met à la disposition des acteurs locaux des capacités de calcul, d’analyse et d’intelligence artificielle de pointe. Les dirigeants d’Oracle et de N+ONE Datacenters s’accordent à y voir un moment fondateur, appelé à propulser le Maroc au rang de hub régional de l’innovation, tout en confiant l’exploitation opérationnelle à des compétences nationales.

Cette extension des infrastructures s’accompagne d’une refonte du cadre normatif. À travers le décret n° 2-24-921 et un référentiel de qualification strict publié en 2025, le Royaume impose des exigences accrues en matière de cybersécurité, de gouvernance et de gestion des risques aux prestataires des organismes d’importance vitale. La souveraineté numérique cesse ainsi d’être une simple posture commerciale pour devenir un standard réglementaire contraignant, imposant une étanchéité éprouvée des données hébergées, lit-on dans Finances News.

Face aux géants internationaux, la recherche d’autonomie favorise également l’émergence d’initiatives académiques et technologiques endogènes. C’est le cas de la plateforme Azul Cloud, développée par le College of Computing de l’Université Mohammed VI Polytechnique et entrée en phase bêta en juin 2026. Pour ses concepteurs, la souveraineté ne saurait se limiter à la présence physique de serveurs sur le territoire national ; elle doit être intégrée dès la conception même des architectures informatiques afin d’éviter une dépendance durable vis-à-vis d’acteurs étrangers.

Cette transformation s’inscrit enfin dans un contexte continental de rattrapage des capacités. Alors que l’Afrique ne concentre encore que 0,6% de la puissance mondiale des data centers, les projets en cours pourraient porter sa capacité totale à près de 1,2 gigawatt d’ici la fin de la décennie, moyennant des investissements financiers colossaux. Pour le Maroc, qui s’est doté d’une stratégie ambitieuse en matière d’intelligence artificielle visant à générer 100 milliards de dirhams de PIB additionnel à l’horizon 2030, la maîtrise de l’ensemble de cette chaîne de valeur numérique représente désormais l’un des principaux leviers de sa compétitivité future.

Par Le360
Le 22/07/2026 à 20h00