Pourquoi Abdellatif Jouahri temporise face à l’offensive de Revolut

Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al-Maghrib.

Revue de presseAlors que la fin de son mandat se profile, le gouverneur de Bank Al-Maghrib repousse l’entrée de la néobanque britannique sur le marché national. Soucieux de préserver la souveraineté économique et de protéger les épargnants, le régulateur impose son calendrier aux géants de la fintech, laissant ainsi le temps aux banques marocaines de déployer leur propre riposte numérique. Cet article est une revue de presse tirée de Jeune Afrique.

Le 05/07/2026 à 19h11

À la tête de Bank Al-Maghrib depuis 2003, Abdellatif Jouahri s’apprête à clore son long mandat en affrontant un ultime défi stratégique: l’arrivée des néobanques sur le marché marocain, et plus particulièrement l’offensive du géant britannique Revolut. «Le gouverneur de la banque centrale, âgé de 87 ans, a clairement signifié que l’intégration de cette fintech n’était pas sa priorité immédiate, préférant concentrer ses efforts sur la mise en conformité avec les directives européennes, l’évaluation du secteur avec le FMI et la Banque mondiale, ainsi que sur la supervision du Groupe d’action financière concernant la lutte contre le blanchiment», rapporte le magazine Jeune Afrique dans une analyse dédiée.

Pourtant, le Maroc constitue une cible de choix pour Revolut. Forte de 68 millions de clients et d’une valorisation de 75 milliards de dollars, la néobanque a nommé un directeur général pour le Royaume dans le cadre d’un plan d’expansion vers la région MENA. Si cette démarche reste au stade de la prospection, les analystes la jugent inévitable à terme.

Face à cette menace de disruption, le régulateur marocain privilégie la prudence. Le marché bancaire national étant désormais presque intégralement détenu par des capitaux marocains après les rachats récents de Société Générale Maroc et de la BMCI, l’irruption d’un acteur étranger agressif suscite des inquiétudes quant à la stabilité d’un secteur dont les actifs représentent 134% du PIB. La réplique locale s’organise déjà, notamment à travers le lancement de Simple, la néobanque d’Attijariwafa bank.

Les professionnels du secteur soutiennent cette approche empreinte de sagesse institutionnelle, rappelant la nécessité de protéger les épargnants et de coordonner les règles avec l’Autorité des marchés et l’Office des changes. En temporisant, Abdellatif Jouahri cherche également à préserver deux piliers économiques majeurs: les flux financiers des Marocains résidant à l’étranger, qui ont atteint près de 40 milliards de dirhams au premier quadrimestre, et le statut de Casablanca en tant que place financière internationale transparente.

Les experts relativisent néanmoins l’impact d’une telle concurrence. L’effet de Revolut se limiterait d’abord aux commissions sur les changes et les transferts, sans ébranler les activités structurelles telles que le crédit ou la gestion d’actifs. «De plus, la solidité financière des banques marocaines cotées, qui affichent des bénéfices en nette progression, combinée à l’avance technologique d’acteurs comme CIH Bank, devrait leur permettre d’absorber ce choc», souligne Jeune Afrique.

Au moment où la gouvernance de Bank Al-Maghrib entame sa recomposition, la gestion de ce dossier s’inscrit pleinement dans la préparation de la succession d’Abdellatif Jouahri. Plutôt que de fermer définitivement la porte aux innovations technologiques, le gouverneur s’assure de consolider le cadre réglementaire afin de léguer à son successeur un marché stable et compétitif. Pour Revolut, l’accès au marché marocain est donc reporté, le temps que les fondations locales soient prêtes à soutenir cette transition.

Par La Rédaction
Le 05/07/2026 à 19h11