Revolut, la néobanque britannique valorisée à plus de 30 milliards de dollars, accélère son implantation au Maroc. Son dossier d’agrément est actuellement examiné par Bank Al-Maghrib, sous la supervision de Yacine Faqir, son directeur général local et ancien cadre de Mastercard. Avec plus de 40 millions d’utilisateurs dans le monde, l’entreprise entend s’appuyer sur son expertise en services financiers digitaux pour séduire une clientèle marocaine connectée, notamment les Marocains résidant à l’étranger (MRE), indique le magazine hebdomadaire Challenge.
«Le Maroc est un marché que nous évaluons et que nous considérons comme attractif, avec le potentiel d’offrir une proposition de services unique à nos clients», indique Revolut dans un communiqué repris par le magazine. Une arrivée qui pourrait rebattre les cartes dans un secteur marqué par des frais élevés sur les transferts internationaux et une forte concentration bancaire. Selon le rapport annuel 2024 de Bank Al-Maghrib, cinq établissements contrôlent 76% des actifs, des crédits et des dépôts. «Revolut serait une menace sérieuse pour les établissements de paiement existants, surtout sur les segments à valeur comme les transferts internationaux et les paiements en ligne», estime Adnane Messaoud, expert en fintech, également cité par Challenge.
Les MRE, qui ont envoyé plus de 117 milliards de dirhams en 2024, pourraient être les premiers bénéficiaires de cette offre, avec des services sans frais de tenue de compte et des taux de change compétitifs. «La néobanque pourrait bousculer les banques traditionnelles avec son expérience mobile fluide et ses tarifs attractifs», ajoute Messaoud. Un avis partagé par Andrea Bises, expert réglementaire pour la Fondation Gates, qui souligne l’attractivité du Maroc, «l’un des cinq lions africains avec une économie stable et une forte ouverture à l’Europe». Toutefois, il tempère: «Le cadre réglementaire reste restrictif pour un acteur comme Revolut, qui propose des services de trading, de crypto ou d’assurance voyage. Aucun agrément bancaire étranger n’a été délivré depuis plus de dix ans, et des géants comme M-PESA ou Flutterwave ont échoué à s’implanter», a-t-on pu lire.
Revolut, qui ambitionne d’atteindre 100 millions de clients dans 100 pays d’ici à 2026, prévoit d’investir 11,5 milliards d’euros dans son expansion en Afrique, en Asie et au Moyen-Orient. Sa stratégie de freemium (services de base gratuits complétés par des options payantes) vise à capter une clientèle jeune et connectée. «La licence bancaire est la barrière à l’entrée dont disposent les banques locales. Si Revolut obtient son agrément, elle fera mal, car elle est très appréciée par la diaspora et les jeunes», analyse Adnane Messaoud.
Côté réglementaire, les défis sont nombreux. Les discussions avec Bank Al-Maghrib ont débuté, mais un modèle en partenariat avec une banque locale semble plus réaliste qu’une licence bancaire à court terme. Le processus pourrait prendre entre 12 et 24 mois, entre validation et déploiement. Par ailleurs, la loi 09-08 sur la protection des données, datant de 2009, «présente des lacunes, notamment sur les obligations de notification des violations et l’absence de mesures extraterritoriales», souligne Yasser Elkouri, doctorant en droit numérique.
L’impact sur l’emploi suscite aussi des interrogations. «Il y a un dilemme entre les avantages pour les clients et les risques pour l’employabilité, avec la fermeture potentielle d’agences. En Europe, l’arrivée de Revolut a suscité beaucoup de résistances», rappelle Ouassim Driouchi, associé en innovation chez BearingPoint à Challenge. Malgré ces obstacles, l’arrivée de la néobanque est perçue comme un levier de modernisation pour un secteur en quête d’inclusion financière et de digitalisation. «L’enjeu est de concilier innovation et régulation, dans un marché où les banques traditionnelles dominent encore largement», conclut Adnane Messaoud.



