Il est des sélections qui courent après les résultats, et d’autres qui, au fil des tournois, se muent en fresques nationales. L’équipe nationale appartient sans conteste à cette seconde catégorie: bien plus qu’une équipe maniant le ballon avec maestria, elle incarne une image, une puissance identitaire et un souffle collectif. Depuis l’épopée qatarienne, le Maroc n’est plus perçu comme un adversaire ordinaire dans l’esprit des grandes nations du football. «Il est devenu cet opposant qui contraint à réviser ses plans, à troquer la facilité contre la prudence et à repenser ses schémas tactiques sous la pression d’un jeu total», souligne Assabah dans son édition du lundi 6 juillet.
Chaque victoire des Lions de l’Atlas ne rehausse pas seulement leur stature footballistique ; elle renforce également «la marque Maroc» dans sa dimension la plus sensible: ces prosternations offertes au ciel, ces mères en larmes, ces drapeaux déployés aux quatre vents, cette diaspora vibrante et cet esprit de corps qui fait de cette sélection bien davantage qu’une simple équipe.
En face, en Algérie, se tient pourtant un autre discours, nourri d’excuses et de ressentiments. Une large frange du commentaire médiatique et sportif algérien continue de chercher, dans chaque revers, la trace d’un complot ou l’ombre d’un bouc émissaire. Le récit national s’est enfermé dans une logique victimaire: la thèse du stratagème extérieur, la quête obsessionnelle d’un porte-manteau sur lequel accrocher les échecs, plutôt que la reconnaissance, humble et salutaire, que, sur le gazon, les slogans ne pèsent rien et que les mirages ne résistent pas à l’épreuve des faits.
Ainsi, au lieu de bâtir un projet de fond solide, le débat public et médiatique algérien s’égare dans une poursuite vaine des succès marocains, tentant de les minimiser ou d’en contester la légitimité, tandis que ses propres déconvenues sont systématiquement attribuées à des forces occultes. Avant le début de ce Mondial 2026, il n’était pas seulement frappant d’entendre évoquer les chances algériennes ; il l’était plus encore de constater à quel point la présence du Maroc obsédait les échanges.
Certains médias ont poussé l’effronterie, ou la naïveté, jusqu’à prétendre que le Maroc n’aurait jamais atteint les demi-finales au Qatar si l’Algérie y avait participé. La suite des faits, implacable, a apporté sa réponse: l’Algérie, éliminée dès son premier match à élimination directe, n’a pas pesé lourd face à une modeste équipe suisse.
Dès lors, au lieu d’une remise en question pragmatique, c’est de nouveau le discours du complot qui a servi de refuge. Les véritables causes de la défaite, erreurs techniques et choix tactiques discutables, ont été éludées au profit d’une grille de lecture exogène. C’est ici que les commentateurs ont joué un rôle décisif dans l’alimentation de cette narration. Lors du match Algérie-Suisse, l’un d’eux a pris soin de rappeler que le président de la FIFA est suisse, que le sélectionneur de l’Algérie l’est également et que l’adversaire du soir était, lui aussi, helvète. Information en apparence anodine, mais qui, semée auprès d’un public déjà prompt à la colère, ouvre la porte à tous les récits. De ces coïncidences naissent les théories du soupçon: il n’est plus besoin de preuves, un simple indice suffit à tisser la trame.
Cette méthode, d’une efficacité redoutable sur les plans politique et médiatique, apaise la foule en lui offrant un ennemi commode, un adversaire virtuel. La défaite, dès lors, cesse d’être un problème interne pour devenir une agression étrangère, fondement même de la thèse conspirationniste.




