Niveau de vie des ménages: la croissance économique est trop faible pour réduire la vulnérabilité, selon l’économiste Nabil Adel

Photographie d'illustration.

Une famille marocaine (photo d'illustration).

La classe moyenne n’a pas bénéficié des fruits de la croissance ni des politiques de redistribution au même niveau que les couches les plus pauvres et les plus riches, selon le HCP. Interrogé à ce sujet par Le360, l’économiste Nabil Adel estime que le vrai problème n’est pas la redistribution de la richesse mais sa création, pointant une croissance économique extrêmement faible pour pouvoir réduire la vulnérabilité à la pauvreté.

Le 27/02/2025 à 11h07

Contrairement aux couches les plus pauvres et les plus riches qui ont vu globalement leur niveau de vie progresser, la classe moyenne n’a pas pu autant bénéficier ni des fruits de la croissance ni des politiques de redistribution. C’est ce que montrent les résultats de la dernière enquête nationale sur le niveau de vie des ménages 2022-2023, réalisée par le Haut-commissariat au Plan (HCP).

Il en ressort aussi que la vulnérabilité à la pauvreté, qui renseigne sur le risque de basculer dans la pauvreté si des filets de sécurité ne protègent pas des chocs économiques et sociaux, a connu une légère hausse de 12,5% à 12,9% entre 2014 et 2022. Dans les zones rurales, la prévalence de la vulnérabilité en 2022 (19,2%) demeure presque similaire à celle observée en 2014 (19,4%), tandis qu’en milieu urbain, elle a augmenté à 9,5% en 2022 par rapport à 7,9% en 2014.

Le nombre de personnes économiquement vulnérables est de 4,75 millions en 2022, dont 2,24 millions en milieu urbain et 2,51 millions en milieu rural. La vulnérabilité économique se développe en milieu urbain: en 2022, une tendance nouvelle se dessine, près de la moitié des personnes vulnérables sont des citadins (47,2%), contre 36% en 2014.

Interrogé à ce sujet par Le360, l’économiste Nabil Adel tient à recadrer le débat en posant le problème en d’autres termes. «Le vrai problème n’est pas la redistribution de la richesse mais sa création», souligne-t-il.

En fait, explique-t-il, «notre croissance économique est extrêmement faible et même quand il arrive qu’elle soit d’un niveau soutenu, c’est grâce à une bonne campagne agricole et n’est pas le résultat d’une amélioration de la productivité, de l’augmentation des revenus. De ce fait, il ne s’agit pas d’une croissance suffisamment inclusive, de nature à réduire la pauvreté et la vulnérabilité».

On se retrouve ainsi avec des richesses faibles à répartir, ce qui minimise l’effet de la redistribution, note-t-il, soulignant que le niveau de croissance annuelle visé par le Nouveau modèle de développement (NMD), soit 6%, est tout à fait atteignable et que le gouvernement n’a pas d’excuse s’il n’y arrive pas.

«Tant qu’on n’a pas une croissance forte, on racle le fond du tiroir»

Parallèlement, ajoute l’économiste, l’exécutif devra également revoir les mécanismes de redistribution qui repose sur plusieurs canaux: la fiscalité, la dépense publique, les programmes de ciblage…

En fait, indique-t-il, même le peu que l’on a à redistribuer peut être optimisé moyennant des mesures qui permettront d’avoir davantage de ressources à allouer aux programmes de ciblage, à savoir notamment l’élimination de la corruption et des gaspillages, la réduction du train de vie de l’État. Toutefois, insiste-t-il, l’effet de cette action reste limité. «Tant qu’on n’a pas une croissance forte, on racle le fond du tiroir», conclut-il.

En attendant, la classe moyenne continuera de pâtir essentiellement des effets négatifs d’une croissance insuffisante et, accessoirement, des mécanismes de redistribution qui ne lui sont pas favorables. À noter que, dans une étude dédiée réalisée par le HCP en 2009, la fourchette retenue pour la délimitation des classes moyennes se situe entre une borne inférieure fixée à 0,75 fois la médiane des revenus ou des dépenses et une borne supérieure fixée à 2,5 fois la médiane.

La dernière enquête nationale sur le niveau de vie des ménages relève que la moitié de ces derniers dispose d’un revenu annuel supérieur à 52.800 dirhams (DH), soit 4.400 DH par mois, qui est donc la valeur médiane. Celle-ci est de 5.208 DH en milieu urbain et de 2.950 DH en milieu rural.

De ce fait, la borne inférieure des classes moyennes en termes de revenus est de 3.300 DH (4.400 DH multiplié par 0,75) et la borne supérieure 11.000 DH (4.400 DH multiplié par 2,5).

Une nouvelle étude sur la classe moyenne pour fin mars

À ce sujet, l’économiste Nabil Adel tient à noter qu’au-delà du revenu, la définition de cette classe doit également prendre en considération le facteur sociologique. «La classe moyenne n’est pas une classe statistique. C’est une frange de la population qui a conscience de son existence et une forme d’organisation qui la représente et qui se manifeste dans la gestion des affaires publiques à travers plusieurs moyens: les partis politiques, les syndicats, les associations de la société civile…», développe-t-il.

Interrogé par Le360 sur l’actualisation des données sur la classe moyenne, le HCP révèle qu’il mène actuellement une étude à cet effet dont les résultats seront publiés vers fin mars prochain.

Par Lahcen Oudoud
Le 27/02/2025 à 11h07

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Ce n'est pas qu'une question de croissance économique. C'est aussi une question de mauvais choix budgetaires. On a construit un théatre immense au sein de Rabat pour 1 milliards de dirhams. Il n'a jamais ouvert. Avec cet argent, on aurait pu faire une extension du tramway. Et ca aurait aidé de nombreux ménages précaires qui dépendent de leur voiture.

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