Le secteur de la technologie financière au Maroc poursuit sa structuration, portée par la digitalisation des paiements et la multiplication des partenariats entre le secteur bancaire et les opérateurs technologiques. Si les volumes de transactions affichent une croissance nette, les acteurs du marché soulignent que l’adoption globale dépend désormais de la confiance et du cadre réglementaire, au-delà de la seule performance technologique, écrit le quotidien Les Inspirations Éco. Les derniers indicateurs sectoriels confirment une augmentation de l’utilisation des services financiers numériques au Maroc. Le nombre d’opérations de paiement mobile a plus que doublé en deux ans, passant de 9,7 millions en 2023 à 19,7 millions en 2025. Sur le plan financier, les transactions enregistrées représentent désormais un montant total de 3,9 milliards de dirhams sur l’année 2025.
Malgré cette progression, les professionnels du secteur constatent une adoption inégale selon les segments de population et les zones géographiques. Le marché reste fortement influencé par les habitudes financières traditionnelles et une perception du risque persistante chez les utilisateurs, qu’il s’agisse du grand public ou des entreprises, pour qui les banques traditionnelles demeurent la principale référence en matière de sécurité. La tenue récente du Visa Fintech Day à Rabat, axée sur l’intelligence artificielle et la transformation des paiements, a mis en évidence que le développement de la fintech marocaine repose sur trois niveaux de validation complémentaires. Le premier niveau concerne la légitimité d’usage, liée à l’intégration concrète de l’outil dans le quotidien des utilisateurs. Le deuxième niveau repose sur la légitimité institutionnelle, qui valide la conformité avec les exigences réglementaires. Enfin, le troisième niveau touche à la légitimité sociale, indispensable pour baisser le risque perçu et établir un lien de confiance durable, lit-on dans Les Inspirations Éco.
Ismael Belkhayat, fondateur et CEO de Chari Pay, a indiqué lors d’un entretien accordé au quotidien que la légitimité ne se décrète pas mais se construit dans la durée à travers l’utilité, la fiabilité et la proximité avec les utilisateurs. Le dirigeant a précisé que la communication des fintechs avait dû évoluer d’un discours initialement centré sur les fonctionnalités techniques vers une approche plus pédagogique afin de lever les freins culturels. Le cadre opérationnel du secteur demeure sous la supervision de Bank Al-Maghrib, qui veille à l’équilibre entre l’innovation technologique et la stabilité du système financier.
Selon les analystes, cette régulation favorise une logique de complémentarité plutôt que de concurrence directe entre les banques et les nouveaux entrants. On observe toutefois deux trajectoires distinctes dans la recherche de crédibilité sur le marché marocain. D’un côté, les fintechs indépendantes doivent simultanément développer leur notoriété, acquérir leur base de clients et prouver leur viabilité technique. De l’autre côté, les acteurs adossés à des groupes établis, à l’image d’entreprises telles que HPS ou M2M Group, bénéficient d’un accès facilité au marché grâce au capital de confiance et à la réputation déjà consolidés auprès des institutions financières.




