L’année 2025 aura mis en lumière un paradoxe financier au sein de la Caisse nationale de sécurité sociale concernant l’Indemnité pour perte d’emploi. «Alors que le nombre de bénéficiaires de ce filet de sécurité a connu une progression mesurée, l’enveloppe globale consacrée à cette prestation a, quant à elle, bondi de manière nettement plus prononcée, posant avec une acuité renouvelée la question de l’équilibre et de l’élargissement de ce dispositif social», rapporte le quotidien L’Economiste dans son édition du mardi 15 septembre.
Selon le dernier rapport annuel de l’organisme gestionnaire, exactement 38.796 personnes ont pu prétendre à cette aide en 2025, contre 37.615 l’année précédente. Cette variation timide, qui s’établit à 3,1%, contraste de façon saisissante avec l’évolution de la facture totale. Les montants effectivement décaissés ont en effet grimpé de 8,2%, s’élevant à 449,5 millions de dirhams contre 415,4 millions en 2024. Rapportée à chaque individu, la prestation annuelle moyenne s’est ainsi hissée à 11.587 dirhams, marquant une accélération de près de 4,9% par rapport aux 11.049 dirhams constatés un an plus tôt.
Bien que les données disponibles ne permettent pas de trancher définitivement sur l’origine exacte de cette accélération, qu’elle découle d’un relèvement des salaires de référence, de la longueur des périodes d’indemnisation ou d’un cumul de mensualités plus élevé, la tendance sur longue période confirme la pression croissante qui pèse sur ce mécanisme. Entre 2021 et 2025, si le flux des bénéficiaires n’a progressé que de 17,9%, les dépenses ont littéralement explosé de 38,9%.
Au sein de l’architecture des prestations à court terme servies par la caisse, qui atteignent au total 1,52 milliard de dirhams, l’Indemnité pour perte d’emploi représente près de 30% de la charge financière globale. Elle s’affirme ainsi comme le deuxième poste de dépense de la catégorie, juste derrière les indemnités journalières de maternité, qui ont absorbé 496,9 millions de dirhams sur la même période. Dans le détail des flux de l’année écoulée, les services de la sécurité sociale ont recensé 27.080 nouveaux dossiers de salariés ayant réellement perdu leur emploi en 2025. «L’écart statistique avec le volume global des indemnisés tient au fait qu’une partie des bénéficiaires, passés par la case du chômage avant 2025, ont vu le versement de leurs droits se prolonger sur l’exercice en cours», souligne L’Economiste.
L’analyse de la typologie des allocataires démontre que le dispositif demeure avant tout un amortisseur social pour les bas et moyens salaires. Près de 68,4% des personnes prises en charge percevaient une rémunération mensuelle inférieure ou égale à 5.000 dirhams avant leur licenciement ou la rupture de leur contrat. Plus précisément, la caisse recense 163 dossiers de salariés touchant moins de 1.000 dirhams, 8.958 bénéficiaires émargeant entre 1.000 dirhams et le salaire minimum, et 10.906 autres dans la tranche allant du salaire minimum à 4.000 dirhams.
À elles seules, ces populations vulnérables ont absorbé près de 296 millions de dirhams, soit environ les deux tiers de l’enveloppe totale dédiée. Du côté des délais de traitement, une lueur d’amélioration se dessine: le temps moyen d’attente pour percevoir le premier versement est descendu à 27 jours, contre 29 jours en 2024, fruit d’une dématérialisation progressive des procédures que la caisse entend poursuivre à travers de nouveaux portails numériques.
La radiographie géographique et sectorielle de ces ruptures professionnelles met en lumière une forte polarisation territoriale. La seule région de Casablanca-Settat concentre à elle seule 21.305 bénéficiaires, ce qui représente plus de la moitié, soit 55%, du total national. Loin derrière, Rabat-Salé-Kénitra rassemble 15 % des effectifs, suivie de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma avec 8%. À elles trois, ces locomotives économiques du pays absorbent près de 78% du volume global des indemnités versées, illustrant le poids prépondérant du salariat formel en milieu urbain et industriel, bien que ces chiffres ne mesurent pas strictement le taux de précarité locale, mais la densité d’activité déclarée.
Sur le plan des activités économiques, les services caracolent en tête avec 10.228 allocataires (26%), suivis de près par le secteur de la construction, qui totalise 8.931 personnes (23%), l’industrie manufacturière (6.579 cas) et le commerce (5.739 cas). À eux quatre, ces secteurs de l’économie concentrent plus de huit bénéficiaires sur dix.




