Devant le coût financier croissant et la complexité technique de la gestion de la propreté, les collectivités territoriales marocaines se tournent massivement vers le secteur privé. Ce recours aux entreprises spécialisées s’est imposé comme un levier incontournable pour moderniser les services publics et répondre aux exigences environnementales actuelles. Répondant à une question écrite de Driss Sentissi, président du groupe parlementaire du Mouvement populaire à la Chambre des représentants, le ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, a dressé un état des lieux exhaustif de ce mode de gestion déléguée, mettant en lumière des avancées notables mais aussi des fragilités structurelles, écrit le quotidien L’Économiste de ce lundi 22 juin.
Sur le plan des réalisations, le bilan chiffré témoigne d’un dynamisme certain. Les investissements globaux injectés dans la filière s’élèvent à 3,91 milliards de dirhams. Cet apport de capitaux a permis d’optimiser le service aux citoyens, hissant le taux de couverture de la collecte et du balayage à 96% à l’échelle nationale, tandis que le taux d’enfouissement contrôlé atteint désormais 63%. Au-delà de l’impact environnemental et sanitaire, l’externalisation de ces services joue un rôle socio-économique non négligeable en garantissant la création de 27.509 emplois permanents. Néanmoins, cette transition vers le privé révèle des disparités territoriales et des lacunes opérationnelles. Le ministre de l’Intérieur a admis que plusieurs insuffisances freinaient encore l’atteinte des objectifs optimaux, menaçant parfois la qualité des prestations.
Le quotidien signale que «parmi les principaux points noirs figure l’incapacité financière de certaines communes à supporter le coût financier de la gestion déléguée». À cela, s’ajoutent un manque criant de compétences locales pour assurer le suivi technique des prestations, des défaillances dans le contrôle des opérateurs et une mauvaise interprétation des clauses contractuelles par les parties prenantes, lit-on dans L’Économiste.
Pour rectifier la trajectoire et intégrer les directives de la Cour des comptes, l’autorité de tutelle déploie une série de mesures correctives. Le ministère de l’Intérieur a ainsi procédé à la refonte et à l’adaptation des contrats-types afin de clarifier rigoureusement les obligations financières et techniques de chaque signataire. Désormais, l’obligation de réaliser des études de faisabilité technique et financière en amont de toute délégation est instaurée. Par ailleurs, des circulaires ministérielles ont été diffusées pour harmoniser les relations entre les communes et les entreprises, tandis que des outils d’évaluation, tels que des tableaux de bord et des indicateurs de performance, sont mis en place. Pour garantir la probité du système, la transparence est renforcée par l’obligation de publier les contrats et par la création de services de contrôle permanents.
Cette restructuration s’accompagne d’une planification budgétaire d’envergure à long terme, lit-on encore dans L’Économiste. Une convention-cadre, signée en marge des Assises nationales de la régionalisation avancée, mobilise une enveloppe globale de 27,6 milliards de dirhams, soutenue à hauteur de 2,25 milliards par le budget de l’État via le ministère de l’Intérieur. Ce plan national ambitionne le financement et la réalisation de 51 projets de centres d’enfouissement technique et de valorisation à l’horizon 2034, parallèlement à un chantier de fermeture ou de réhabilitation de près de 270 décharges sauvages répertoriées à travers le pays.
En parfaite synergie, le Programme national de valorisation des déchets ménagers pour la période 2023-2034 fixe des objectifs environnementaux précis: atteindre une couverture totale de collecte de 100% en zone urbaine et porter le taux de valorisation des déchets à 25% afin de réduire la saturation des centres d’enfouissement. Ce programme sectoriel spécifique prévoit un investissement de 21,14 milliards de dirhams. Dans le détail, 9,69 milliards de dirhams seront alloués aux infrastructures de traitement, 9,5 milliards de dirhams financeront les opérations quotidiennes de collecte et de balayage, et 1,2 milliard de dirhams permettront l’acquisition de matériels modernes. Enfin, la réhabilitation des anciens sites pollués bénéficiera de 695 millions de dirhams, tandis que 60 millions de dirhams seront dédiés à l’assistance technique des collectivités, confirmant la volonté de l’État de professionnaliser la gouvernance locale de ce service public essentiel.




