Foncier d’État: +119% en un an, un boom qui redessine la carte de l’investissement au Maroc

La Direction des domaines de l’État à Rabat.

La réserve foncière publique change d’échelle. Porté par une vaste opération d’immatriculation, le domaine privé de l’État a progressé de 119% en 2025 pour atteindre 12 millions d’hectares. Ce patrimoine foncier constitue un levier majeur pour les investissements productifs, les projets énergétiques, les programmes sociaux et les grands chantiers liés à la Coupe du monde 2030.

Le 11/06/2026 à 09h07

La réserve foncière publique s’accroît à un rythme exceptionnel. Le domaine privé de l’État a, en effet, connu une expansion de 119% en 2025 par rapport à 2024, atteignant 12 millions d’hectares, selon le rapport annuel de la Direction des domaines de l’État (DDE) au titre de l’année dernière. Ce foncier est essentiellement situé, à 95,62%, en milieu rural, le reste se répartissant entre les zones suburbaines (2,62%) et urbaines (1,41%).

Cette évolution s’explique principalement par l’effort d’immatriculation foncière engagé par l’État. «Ce résultat reflète une maturité croissante dans la sécurisation juridique des actifs. À fin 2025, environ 30% du domaine privé de l’État bénéficie d’un titre foncier définitif, tandis que plus de 69% fait l’objet de dépôts de réquisitions d’immatriculation et la part des biens non immatriculés est désormais réduite à environ 0,03%», explique Mohammed El Kharmoudi, directeur des Domaines de l’État.

En fait, plus de 6,53 millions d’hectares ont fait l’objet de dépôts de réquisitions. Parallèlement, l’État a procédé à la récupération de 5.862 hectares auprès d’investisseurs défaillants, dans le cadre du suivi des engagements contractuels liés aux projets attribués.

Cette extension de la réserve foncière publique offre à l’État une importante marge de manœuvre pour accompagner l’investissement productif et accélérer le déploiement des projets stratégiques. Les chiffres de la Direction des domaines de l’État montrent qu’au titre de l’année dernière, 308 projets ont été validés sur des terrains relevant du domaine privé de l’État, pour une superficie totale de 32.000 hectares. Ces projets mobiliseront des investissements de l’ordre de 71 milliards de dirhams et pourraient générer 16.333 emplois. Près de 90% de ces projets sont situés au niveau régional, générant à eux seuls environ 56 milliards de dirhams d’investissements et plus de 14.288 emplois.

Les provinces du Sud captent une part significative des projets validés, avec environ 53% des investissements répartis entre Laâyoune-Sakia El Hamra et Dakhla-Oued Eddahab. À elles seules, ces deux régions totalisent 164 projets.

En termes de superficies mobilisées, les régions du Sud, notamment Laâyoune-Sakia El Hamra et Guelmim-Oued Noun, accaparent une proportion de près de 84%. La seule région de Laâyoune-Sakia El Hamra représente environ 15.078 hectares mobilisés.

En ce qui concerne les secteurs bénéficiaires, la DDE relève que les services, le tourisme, l’industrie et l’agro-industrie concentrent 73% des projets. Mais le secteur énergétique sort du lot en termes de superficies, avec une part de plus de 83%, soit environ 26.609 hectares destinés à 9 projets structurants, pour un investissement global dépassant 49 milliards de dirhams.

Par ailleurs, les opérations d’incorporation au domaine public de l’État ont concerné 185 hectares, mobilisés pour des infrastructures clés telles que les ouvrages hydrauliques (20 ha), les aéroports (93 ha), les lignes ferroviaires (66 ha) et le réseau routier (6 ha).

Ces infrastructures sont directement liées aux préparatifs des grands événements sportifs, notamment la Coupe d’Afrique des Nations 2025 et la Coupe du monde 2030, ainsi qu’à la mise en œuvre du programme d’urgence de lutte contre le stress hydrique.

Des projets stratégiques

La dynamique de mobilisation foncière a aussi bénéficié au secteur agricole, à travers la mobilisation de 2.190 hectares au profit du partenariat agricole, ayant permis la réalisation de 38 projets pour un investissement de 466 millions de dirhams, note la Direction des domaines de l’État.

Environ 86% de la superficie mobilisée est concentrée au niveau de trois régions: Casablanca-Settat, Rabat-Salé-Kénitra et Fès-Meknès. En parallèle, la DDE a mobilisé un foncier à vocation agricole d’une superficie totale de 4.771 hectares, via la location aux enchères publiques.

Sur le plan industriel, ajoute la Direction, deux projets stratégiques ont été validés dans le cadre de la Commission nationale des investissements. Ils concernent le textile haut de gamme à Skhirate et Fès, ainsi qu’une usine de polysilicium à Tan-Tan, destinée à renforcer la position du Maroc dans les filières photovoltaïques et les semi-conducteurs.

De même, le foncier public accompagne les politiques sociales, avec 1.270 hectares mobilisés pour les programmes d’habitat social et de classe moyenne, en partenariat avec le Holding Al Omrane. Ces surfaces soutiennent le développement de projets urbains intégrés et de nouvelles villes.

Avec le renforcement de sa réserve foncière, l’État dispose d’un instrument de plus en plus déterminant pour orienter les investissements, accompagner la transition énergétique, soutenir les programmes sociaux et préparer les infrastructures nécessaires aux échéances de 2030.

Par Lahcen Oudoud
Le 11/06/2026 à 09h07