En l’espace de seulement deux ans et demi, la Mourabaha immobilière est parvenue à quasiment doubler son encours global, s’imposant comme une véritable locomotive du marché financier national. Portée par une demande structurelle soutenue et dynamisée par l’éligibilité du secteur aux aides directes à l’habitat octroyées par l’État, cette alternative de financement alternatif enregistre une trajectoire de croissance particulièrement remarquable. Selon le dernier tableau de bord publié par Bank Al-Maghrib, les encours destinés au logement ont franchi le cap des 31,5 milliards de dirhams à la fin du mois de juin 2026, affichant une hausse de 16,7% sur un an. Cette évolution s’inscrit au cœur d’une dynamique plus globale de consolidation de l’écosystème participatif, dont le résultat net agrégé a plus que doublé en 2025 pour s’établir à 199 millions de dirhams, indique le quotidien Les Inspirations Éco.
Tout au long du premier semestre de l’année 2026, les financements à l’habitat ont maintenu une progression constante et soutenue. Après avoir atteint 30,4 milliards de dirhams en février, la tendance s’est confirmée au cours des mois suivants avec 31 milliards en avril puis 31,3 milliards en mai, avant de se fixer au niveau record de 31,5 milliards en juin. Ce rythme d’expansion surperforme nettement celui du crédit immobilier traditionnel, dont la croissance stagne autour des 3%. Cette performance intervient pourtant dans un contexte où la demande globale adressée aux établissements de crédit montre des signes d’essoufflement, malgré le fait que les établissements bancaires aient progressivement assoupli leurs conditions d’octroi de prêt.
Sur le plan institutionnel, souligne Les Inspirations Éco, le 22e rapport annuel sur la supervision bancaire rédigé par la banque centrale confirme l’ancrage profond de cette finance alternative dans le paysage économique. Le total bilan cumulé des acteurs participatifs a bondi pour atteindre 48,6 milliards de dirhams à la fin de l’exercice 2025. Au centre de ce dispositif, la Mourabaha immobilière demeure le produit de référence incontesté, captant à elle seule 99% des financements participatifs accordés et constituant plus des trois quarts du portefeuille global du secteur. Le maillage territorial s’est également renforcé pour atteindre plus de deux cents agences physiques réparties sur l’ensemble du territoire, gérant près de 300 000 comptes clients.
Cette forte accélération n’est cependant pas exempte de tensions structurelles sur le plan financier. L’activité fait face à un écart grandissant entre les financements accordés et le volume des dépôts collectés auprès de la clientèle, ces derniers peinant à suivre le même rythme. Pour combler ce déficit de liquidité et financer leur expansion, les filiales et fenêtres participatives sollicitent de manière croissante leurs maisons mères à travers le mécanisme de la Wakala Bil Istithmar, dont l’encours s’est nettement accru pour représenter désormais près d’un cinquième des ressources globales de la profession.
Le succès auprès du grand public s’explique avant tout par la levée des freins administratifs et le sentiment de sécurité offert par ces produits. L’intégration des offres participatives dans le programme d’aide directe au logement a permis de libérer un réservoir important d’acquéreurs potentiels. De surcroît, la clarté contractuelle de la Mourabaha, qui fixe à l’avance le coût global ainsi que la totalité des échéances sans risque de variation ultérieure, répond au besoin fort de prévisibilité exprimé par les ménages. La professionnalisation progressive des notaires, des promoteurs immobiliers et des conseillers bancaires a également permis de fluidifier grandement le parcours de souscription, lit-on dans Les Inspirations Éco.
Cette percée remarquable intervient au sein d’un secteur bancaire national qui demeure solide et résilient dans son ensemble, affichant des niveaux de solvabilité confortables et une amélioration globale de la qualité des actifs. En devenant une option incontournable pour l’accès à la propriété, la Mourabaha redessine progressivement le paysage du financement du logement. Il reste désormais à observer comment les acteurs du marché parviendront à résorber le déséquilibre entre ressources et financements accordés, tout en assurant la solvabilité des ménages face aux enjeux liés au pouvoir d’achat.




