Crise géopolitique et stress hydrique: comment le Maroc tente d’assurer sa souveraineté alimentaire

Une exploitation agricole dans la région de Zagora, équipée d'un système de micro-irrigation localisée.. Richard Allaway

Revue de presseLes récentes crises internationales ont mis en évidence la vulnérabilité du pays face à l’insécurité alimentaire. Cet enjeu accentue le dilemme entre un modèle agricole intensif orienté vers l’exportation, fortement consommateur d’eau, et la nécessité impérative de préserver les ressources hydriques pour assurer l’autosuffisance en produits de base. Cet article est une revue de presse tirée de Challenge.

Le 04/06/2026 à 18h43

Le contexte géopolitique mondial, marqué par la guerre en Ukraine et les tensions dans le détroit d’Ormuz, fragilise la souveraineté alimentaire du continent africain, où l’agriculture fait vivre plus de la moitié de la population. Bien que le Maroc figure parmi les huit nations africaines du Top 50 mondial des pays les plus autosuffisants selon la revue Nature Food, sa situation demeure contrastée. Le Royaume affiche un taux d’autosuffisance de 161% pour les fruits, mais dépend fortement de l’extérieur pour d’autres denrées, indique le magazine hebdomadaire Challenge. L’autosuffisance marocaine tombe à 65% pour les produits laitiers, à 22% pour les féculents, et s’avère quasi nulle pour le maïs et les huiles de graines, importés respectivement à 100% et 98%. Plus de la moitié des besoins en blé et en sucre sont également comblés par les importations.

Cette configuration découle des choix stratégiques du Plan Maroc Vert (2010-2020) et de Génération Green (2020-2030), qui ont priorisé les cultures d’exportation au détriment des cultures vivrières comme les céréales. Les autorités justifient cette orientation par des critères de rentabilité financière, le gain annuel à l’hectare des céréales étant estimé à 3 500 dirhams, contre 6 000 à 10 000 dirhams pour d’autres cultures. Cette politique intensive pèse lourdement sur les ressources hydriques du pays, l’agriculture mobilisant 85% de l’eau disponible, lit-on dans Challenge. L’introduction de l’irrigation localisée par goutte-à-goutte, dont la superficie a plus que triplé sous l’effet des subventions, n’a pas réduit la pression sur la ressource. Elle a, au contraire, encouragé l’extension des cultures de contre-saison en zones arides.

En conséquence, le Maroc exporte une quantité significative d’eau virtuelle, estimée entre 4% et 5,2% de son eau agricole totale, notamment à travers la production d’agrumes et de tomates dans la région de Souss-Massa. Confronté à une sécheresse persistante, ce modèle productiviste suscite des demandes croissantes de réorientation vers une stratégie de souveraineté alimentaire nationale. En réponse aux critiques concernant l’assèchement des nappes phréatiques, le gouvernement a récemment suspendu les subventions accordées aux cultures particulièrement hydrivores: les agrumes, les pastèques et les avocats. Sera-ce suffisant?

Par La Rédaction
Le 04/06/2026 à 18h43