Compétitivité: pourquoi la donnée devient un actif stratégique pour les entreprises marocaines

Benoit Ganzmann, directeur général de Coface Maghreb.

L’internationalisation croissante des entreprises marocaines intervient dans un environnement marqué par la multiplication des risques géopolitiques, réglementaires et financiers. D’après les observations de Coface et les analyses de son directeur régional Benoit Ganzmann, la capacité à exploiter l’information économique, à sécuriser les relations commerciales et à anticiper les risques apparaît désormais comme un facteur déterminant de compétitivité, davantage encore que la seule recherche de nouveaux marchés.

Le 15/06/2026 à 14h01

Les entreprises marocaines abordent une phase de développement caractérisée par une exposition aux marchés extérieurs. Selon Benoit Ganzmann, directeur général de Coface Maghreb, Afrique centrale et de l’Ouest, les perspectives de croissance du Maroc figurent parmi les plus importantes de la région, ce qui conduit un nombre croissant d’acteurs nationaux à accélérer leur présence à l’international.

Cette dynamique concerne déjà plusieurs secteurs majeurs de l’économie marocaine. L’automobile, l’aéronautique, l’agriculture et l’agroalimentaire exportent vers un nombre grandissant de destinations, tandis que les entreprises cherchent de nouveaux relais de croissance en Europe, en Amérique du Nord ou en Asie. Toutefois, le directeur général souligne que «l’ouverture internationale ne se résume plus à une simple conquête commerciale. Elle implique désormais une capacité d’anticipation face à des environnements réglementaires, financiers et géopolitiques de plus en plus complexes.»

L’entrée en vigueur progressive de nouvelles normes environnementales sur certains marchés, la fragmentation des chaînes d’approvisionnement mondiales ou encore les tensions géopolitiques récurrentes modifient profondément les conditions de la concurrence. Les entreprises ne sont plus uniquement confrontées à leurs concurrents directs; elles doivent également évaluer la solidité de leurs partenaires, la résilience de leurs fournisseurs et la qualité de leurs débiteurs, précise-t-il.

Longtemps, la compétitivité a été analysée à travers des facteurs classiques tels que les coûts de production, la qualité des infrastructures ou l’accès aux marchés. Sur ce point Benoit Ganzmann met en avant une évolution notable, celle de la maîtrise de l’information qui est devenue un élément central de la performance économique.

Pour aider certaines entreprises dans leur prise de décision, Coface a procédé au lancement au Maroc de URBA360, sa plateforme d’information d’entreprise nouvelle génération, conçue pour transformer la donnée en un levier stratégique d’aide à la décision.

Selon M. Ganzmann, les entreprises font aujourd’hui face à plusieurs enjeux simultanés liés à l’évaluation des partenaires commerciaux, à la gestion du risque client, au suivi des fournisseurs et à l’analyse de leur environnement concurrentiel. Ces dimensions prennent une importance particulière dans un contexte marqué par des crises successives qui rendent les décisions plus complexes et plus coûteuses lorsqu’elles sont prises avec une visibilité insuffisante.

Benoit Ganzmann insiste d’ailleurs sur ce point. Selon lui, les entrepreneurs doivent désormais prendre des décisions de plus en plus rapidement alors que les crises se multiplient à travers le monde. La question n’est donc plus seulement de trouver des opportunités de croissance, mais de s’assurer que ces opportunités reposent sur des partenaires fiables et des fondamentaux solides.

Cette évolution traduit une transformation plus profonde des modèles économiques. La compétitivité ne repose plus exclusivement sur la capacité à produire ou à vendre davantage. Elle dépend également de la capacité à identifier les risques avant qu’ils ne se matérialisent.

Sécuriser les paiements devient un enjeu de croissance

Cette exigence de maîtrise du risque apparaît particulièrement importante dans la gestion des relations commerciales comme le prouve l’outil URBA360. Selon Benoit Ganzmann, l’un des premiers leviers de résilience consiste à surveiller attentivement les délais de paiement et à renforcer la qualité des engagements contractuels.

Cette lecture rejoint une préoccupation largement partagée dans le tissu économique marocain. Une entreprise qui se développe sur plusieurs marchés peut voir sa croissance fragilisée non pas par un manque de commandes, mais par des retards de paiement, des défauts de règlement ou des litiges commerciaux insuffisamment encadrés.

Lors de la présentation de son outil, Coface a ainsi souligné que l’accès à l’information économique et financière constitue un outil d’aide à la décision permettant d’éclairer les choix des dirigeants. L’objectif n’est pas de remplacer l’entrepreneur dans son arbitrage stratégique, mais de lui fournir une vision plus précise des risques associés à chaque partenaire ou marché.

Une telle approche modifie progressivement la manière dont les entreprises envisagent leur développement international. La croissance durable dépend moins de la multiplication des contrats que de la capacité à sélectionner les bons partenaires et à sécuriser les engagements commerciaux.

La donnée s’impose comme un outil de pilotage

Cette logique conduit naturellement à la montée en puissance de la donnée économique comme outil de gestion. Selon M. Ganzmann, la plateforme présentée par Coface permet notamment d’accéder à des informations financières, à des indicateurs de risque, à des évaluations de crédit ou encore à des données sectorielles et macroéconomiques concernant des entreprises réparties dans 197 pays.

Au-delà de l’outil lui-même, le message économique est plus large. Benoit Ganzmann estime que les données disponibles constituent aujourd’hui un véritable instrument de pilotage stratégique. Selon lui, si Coface parvient à maîtriser ses risques, c’est précisément grâce à l’exploitation systématique de ses bases de données et de ses capacités d’analyse.

Cette évolution reflète une tendance observée dans l’ensemble des économies ouvertes. Les décisions d’investissement, de financement ou d’expansion commerciale s’appuient de plus en plus sur des systèmes d’information capables d’agréger des données financières, sectorielles et géographiques afin de produire une lecture plus fine des risques.

Dès lors, la qualité de l’information disponible devient elle-même un facteur de compétitivité. Une entreprise capable d’identifier rapidement les signaux de fragilité d’un fournisseur ou d’un client dispose d’un avantage décisif sur ses concurrents.

L’analyse développée par Benoit Ganzmann dépasse finalement la question d’un outil ou d’une plateforme spécifique. Elle met en évidence une transformation plus profonde de la compétitivité des entreprises marocaines à mesure que leur intégration dans les chaînes de valeur internationales progresse.

L’enjeu n’est plus uniquement d’accéder aux marchés mondiaux, mais de disposer des capacités d’analyse permettant d’y évoluer durablement. Il soutient en outre que la maîtrise de l’information, l’évaluation rigoureuse des partenaires, la sécurisation des contrats et l’exploitation des données deviennent des composantes essentielles de la stratégie d’entreprise.

Par Mouhamet Ndiongue
Le 15/06/2026 à 14h01