Banque mondiale: comment le Maroc peut créer 1,7 million d’emplois supplémentaires d’ici 2035

La façade du siège de la Banque mondiale, à Washington.

Portée par une dynamique de réformes mais confrontée à des défis persistants en matière d’emploi, l’économie marocaine se trouve à un tournant. Dans deux rapports récents, le groupe de la Banque mondiale trace les contours d’une croissance plus inclusive et génératrice d’emplois, tout en identifiant des leviers concrets pour accélérer l’investissement privé et libérer le potentiel de secteurs stratégiques.

Le 29/04/2026 à 11h45

Le groupe de la Banque mondiale (BM) vient de publier deux rapports portant respectivement sur la croissance et l’emploi au Maroc, et le diagnostic du secteur privé au Maroc. Ces deux documents, élaborés en étroite collaboration avec le gouvernement marocain, «fournissent à la fois des données probantes et une feuille de route pour faire de cette transformation une réalité», indique l’institution financière internationale.

Ils identifient, selon la BM, «les changements structurels qui permettraient au Maroc d’évoluer vers une croissance transformatrice, en articulant réformes macroéconomiques et opportunités d’investissement privé dans les secteurs clés de l’économie». Il s’agit notamment, précise-t-elle, de mener des réformes structurelles visant à approfondir la concurrence sur les marchés, à libérer l’investissement privé et à intégrer plus largement les femmes et les jeunes dans l’économie formelle.

La Banque mondiale a souligné que, certes, l’économie marocaine a accompli de réelles avancées, mais que la croissance ne s’est pas encore traduite par une création d’emplois à la hauteur des besoins, en particulier pour les femmes et les jeunes.

En effet, explique-t-elle, entre 2000 et 2024, la population en âge de travailler a progressé près de 2,5 fois plus vite que l’emploi. Par ailleurs, alors que 40% des industries évoluent dans un environnement peu concurrentiel, les entreprises peinent à se développer et à accroître leur productivité, relève-t-elle. De même, le taux d’activité des femmes demeure parmi les plus faibles au monde, malgré la progression de leur niveau d’études, et continue, en outre, de s’éroder.

Le rapport sur la croissance et l’emploi met en évidence des contraintes structurelles et formule des recommandations «stratégiques», articulées autour de quatre axes complémentaires: des marchés plus efficaces et plus compétitifs, des entreprises plus dynamiques, des investissements publics à plus fort impact et des marchés du travail plus inclusifs.

Ces réformes pourraient générer 1,7 million d’emplois supplémentaires d’ici 2035 et 2,5 millions à l’horizon 2050, tout en portant le PIB réel à près de 20% au-dessus du niveau de référence, concrétisant ainsi les ambitions du nouveau modèle de développement en une trajectoire atteignable, note la BM.

Quatre secteurs à fort potentiel

«Le Maroc a construit des bases solides et, grâce aux recommandations du rapport sur la croissance et l’emploi, le Royaume peut aller encore plus loin, créer des millions d’emplois, renforcer les investissements privés et générer de réelles opportunités pour les femmes et les jeunes», indique Ahmadou Moustapha Ndiaye, directeur de division à la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, relevant du groupe de la Banque mondiale), pour le Maghreb et Malte.

Il ajoute que le groupe de la Banque mondiale s’engage pleinement dans cette dynamique aux côtés du Maroc.

Le rapport sur le diagnostic-pays du secteur privé (CPSD) met, quant à lui, en lumière quatre secteurs à fort potentiel, dans lesquels des réformes pourraient déclencher un afflux significatif d’investissements privés à moyen terme. Il s’agit de la production décentralisée d’énergie solaire, du textile bas carbone, des cosmétiques à base d’argan et de l’aquaculture marine.

Ces secteurs, notent ses auteurs, sont en phase avec les priorités du Maroc, à savoir la croissance verte, la modernisation industrielle et le développement régional, mais font l’objet d’investissements privés relativement faibles par rapport à ceux de pays comparables.

Le principal défi à cet effet ne réside pas dans l’absence d’opportunités, selon eux, mais dans les contraintes politiques et réglementaires liées aux procédures administratives, aux cadres réglementaires et aux lacunes de compétences qui dissuadent les investisseurs de saisir les opportunités existantes.

Le rapport CPSD dresse la liste des mesures concrètes que le gouvernement peut prendre pour remédier à ces «goulots d’étranglement», notamment en clarifiant les réglementations spécifiques, en simplifiant et en numérisant les processus d’autorisation, en améliorant l’accès à la terre et à l’énergie verte, et en renforçant les normes et les systèmes de traçabilité.

Ces mesures pourraient, si elles sont mises en œuvre, débloquer environ 7,4 milliards de dollars d’investissements privés et soutenir la création de plus de 166.000 emplois dans les quatre sous-secteurs examinés au cours des cinq à dix prochaines années.

Passer à la vitesse supérieure

«Le Maroc dispose des atouts sectoriels et de la volonté réformatrice nécessaires pour attirer des investissements privés nettement plus importants», souligne Cheick-Oumar Sylla, directeur de division à la Société financière internationale (IFC) pour l’Afrique du Nord et la Corne de l’Afrique. Il ajoute que «le pays est prêt à passer à la vitesse supérieure, et ce diagnostic met en lumière des opportunités concrètes susceptibles de mobiliser des investissements privés à hauteur d’environ 4% du PIB».

Par ailleurs, la Banque mondiale, «partenaire du Maroc depuis plus de 65 ans», souligne que le lancement conjoint des deux rapports témoigne de son «approche intégrée pour accompagner le Maroc dans une nouvelle étape, en faisant le lien entre réformes macroéconomiques et viviers d’investissement pour le secteur privé, et en traduisant des ambitions stratégiques en une croissance qui profite à tous les Marocains».

Par Lahcen Oudoud
Le 29/04/2026 à 11h45