Le Conseil régional des pharmaciens du Sud a lancé une alerte concernant une exploitation illégale des données des pharmacies, impliquant près de 5.000 professionnels à leur insu. «Cette pratique, révélée après une analyse technique approfondie et des investigations rigoureuses, met en lumière des mécanismes de collecte, d’agrégation et de traitement de données personnelles et sensibles, parfois liées à la santé des patients, par certaines plateformes numériques», rapporte le quotidien L’Economiste dans son édition du jeudi 30 avril.
«Suite à une analyse technique approfondie et à des investigations rigoureuses, il a constaté l’existence d’indicateurs préoccupants révélant le recours, par certaines plateformes numériques, à des mécanismes de collecte, d’agrégation et de traitement de données émanant des pharmacies», indique le Conseil régional de l’Ordre des pharmaciens.
Ces données, qui incluent des informations sur les ventes et les habitudes de consommation, sont réutilisées sous forme d’analyses et de rapports à des fins économiques ou commerciales. Les délais rapprochés de traitement laissent penser que ces pratiques dépassent le cadre strict de la gestion interne des pharmacies pour s’inscrire dans une logique d’exploitation externe structurée, lit-on dans L’Economiste.
Cette situation est d’autant plus préoccupante que le Maroc s’oriente vers la généralisation de l’ordonnance électronique, avec une expérience pilote en cours à Kénitra sous la responsabilité de la CNSS. «Malgré les alertes adressées aux ministères de la Santé et de l’Intérieur, ainsi qu’à l’Agence du médicament et des produits de santé, aucune réponse concrète n’a été apportée à ce jour», note le journal.
L’exploitation de ces données soulève des questions juridiques et déontologiques majeures. Selon la loi n°09-08 relative à la protection des données à caractère personnel, leur traitement doit respecter «les principes fondamentaux de consentement libre et éclairé, de finalité déterminée, de confidentialité et de non-réutilisation abusive». Toute utilisation en dehors de ce cadre légal, ou toute communication à des tiers sans respecter les procédures légales, expose les responsables à des sanctions juridiques graves.
Le Conseil régional des pharmaciens invite les professionnels ayant conclu des contrats avec les plateformes incriminées à se rapprocher de lui et à fournir toute documentation pertinente, comme les contrats, conventions ou factures. Il se réserve le droit d’engager les actions légales nécessaires pour préserver l’intégrité de la profession et protéger les données du secteur de la santé.
Les pharmaciens sont également appelés à conserver une copie de leurs contrats avec les prestataires numériques, à exiger des explications écrites sur l’utilisation des données et à vérifier leur destination, ainsi que les éventuels tiers bénéficiaires.
Par ailleurs, la loi n°53-05 relative à l’échange électronique de données juridiques encadre l’utilisation des plateformes numériques et impose des exigences strictes en matière de transparence contractuelle et de sécurité des échanges. Ce texte prévoit des sanctions financières et des peines de prison en cas d’infraction. Le Conseil exhorte ses membres à faire preuve de vigilance dans l’utilisation des outils numériques et à s’assurer de la finalité réelle du traitement des données.
Le mode opératoire de ces pratiques illégales repose sur des logiciels de gestion développés par trois sociétés spécialisées. Certains de ces logiciels permettent de collecter et de transférer des données précises, telles que le nom des médicaments vendus, leur volume, la pharmacie concernée et même le quartier.
«Une société, par exemple, a installé chez des pharmacies des logiciels contre une redevance annuelle de 2.000 dirhams, mais les informations collectées sont logées dans un cloud à l’étranger. En cas de rupture de contrat, la pharmacie ne peut plus disposer de ses propres informations», explique un professionnel du secteur cité par L’Economiste.
Ces données seraient vendues à des laboratoires pharmaceutiques pour évaluer la performance de leurs délégués médicaux ou récompenser les pharmacies en fonction de leurs ventes.




