Après plusieurs années marquées par une sécheresse persistante et un stress hydrique de plus en plus aigu, la filière marocaine de l’avocat aborde la campagne 2026-2027 dans un climat de forte incertitude. La répétition d’épisodes météorologiques extrêmes fragilise durablement les vergers et fait peser un risque majeur sur la rentabilité d’une culture particulièrement gourmande en eau, indique le magazine hebdomadaire Challenge.
Dans des bassins de production emblématiques comme Tiflet, Allal Bahraoui ou Sidi Yahya El Gharb, la situation devient si critique que de nombreux exploitants envisagent désormais d’arracher leurs arbres. Ce constat alarmant, relayé par Abdelkrim Allaoui, président de l’Association des producteurs d’avocats du Gharb, souligne l’ampleur d’une crise qui touche le cœur même de cette industrie, la région du Gharb concentrant à elle seule environ 90 % des surfaces nationales dédiées à cette spéculation.
Au-delà de la baisse des volumes d’une année sur l’autre, c’est toute la viabilité du modèle d’arboriculture intensive qui est remis e, question. La floraison et la nouaison des arbres ont particulièrement souffert des récentes anomalies thermiques, provoquant des chutes de fleurs bien plus sévères que lors d’une campagne ordinaire. La menace d’une nouvelle vague de chaleur d’ici la fin du mois d’août, couplée au risque d’épisodes de sirocco, un vent chaud et sec redouté des agriculteurs, fait craindre de nouvelles pertes dramatiques avant la récolte. Face à la raréfaction des nappes phréatiques, le pompage et la sécurisation des approvisionnements imposent des surcoûts financiers considérables, venant rogner des marges déjà comprimées par l’instabilité des rendements, écrit Challenge.
Cette dégradation climatique révèle un paradoxe stratégique pour l’agriculture marocaine. Porté par une demande internationale soutenue, l’avocat s’est affirmé comme un pourvoyeur précieux de devises et un moteur économique pour de nombreuses exploitations. Cependant, maintenir des objectifs de production élevés au sein d’un pays confronté à une pénurie d’eau structurelle devient un défi complexe. Alors que les grandes structures financières conservent une capacité d’investissement leur permettant de moderniser leurs équipements d’irrigation, les petits et moyens producteurs se retrouvent en première ligne face au risque d’asphyxie économique.
La campagne 2026-2027 s’apparente ainsi à un test majeur pour l’avenir du secteur. Sans nécessairement abandonner la culture de l’avocat, la filière se voit contrainte d’amorcer une transition profonde vers une meilleure efficience hydrique, passant par la recherche variétale, la gestion optimisée des sols et l’adoption de technologies d’irrigation de pointe. La capacité des acteurs locaux à concilier compétitivité à l’export, viabilité financière des exploitations et préservation rigoureuse des ressources hydriques déterminera la pérennité de cette culture sur le territoire national.




