Présent à Marrakech pour le Festival international du film, Sanjay Leela Bhansali, connu pour son magnifique Devdas, a réuni un monde fou sur la place Jamaâ El Fna, autour de son nouveau chef-d'oeuvre, Ram-Leela. Un remake de Roméo et Juliette déporté en Inde par la magie du prisme de l'imaginaire d'un orfèvre du 7ème art. Un imaginaire qui ne l'aura pas empêché de respecter l'esprit de la tragédie de shakespeare : "Le public indien aime les "happy end", mais cela aurait été un blasphème pour cette oeuvre de shakespeare et aurait totalement dénaturé le sens de cette pièce, de l'intensité de l'amour de Roméo et Juliette. J'ai choisi de rester fidèle à la fin dramatique de l'histoire, en les faisant se retrouver ailleurs, dans le flamboiement d'un coucher de soleil"
(Inteview : Bouthaïna Azami et Abderrahim Et-Tahiry)
Ce réalisateur qui sublime l'image, emporte le spectateur dans un univers qui, quelque dramatique qu'il puisse être, réveille en chacun quelque chose d'une enfance, d'une innocence, d'une candeur que seuls savent distiller dans les âmes les contes de fée. Une flamme qui donne envie de se brûler à la vie. Et c'est de cette vie dont il veut rendre les flamboiements et les mystères, les fulgurances qui font toute sa beauté, une beauté cueillie même à la source des larmes et dans les plis des rides, que Sanjay Leela Bhansali nous a au fond parlé.
Le360 : Sanjay Leela Bhansali, vous avez un sens de l’esthétique qui fait de chacune des scènes de vos films, notamment Devdas et Ram-Leela, de véritables tableaux qui mettent le spectateur dans un état contemplateur. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce rapport que vous avez à l’image, particulièrement sublimée dans votre travail ? Sanjay Leela Bhansali : C’est une chose naturelle chez moi. J’aime la bonne direction artistique. Je fais attention au moindre détail, à la moindre touche de couleur, à la moindre texture. Tout ceci est important pour faire un bon film digne d’être présenté au monde. Et en Inde, il y a tant de textures, d’optiques différentes selon les diverses régions du pays, des traditions vestimentaires différentes, des coutumes différentes, des couleurs, des modes vie différents. Et c’est si fascinant pour faire un film. Comme cette fois où je suis allé à Gujarat, une région de l’Inde, fabuleuse, qui a gardé ses traditions et son authenticité. Et c’était si simple, alors, de prendre des images : les lieux étaient beaux, les couleurs étaient belles, les textures… J’adore ça. Je pense que la conception d’un film est un versant extraordinaire du cinéma. Et j’aime cet espace.
Deepika Padukone nous a confié qu’il vous arrivait souvent de changer d’avis sur une scène au dernier moment. Cette spontanéité que vous avez et votre tendance à l’improvisation relèveraient-elles d’un imaginaire en constante ébullition ? Je vis ma vie selon le moment. Si j’ai prévu quelque chose et que deux jours après je décide autre chose, eh bien je change de perspective. Le moment a changé. Je me dis que je peux peut-être faire mieux aujourd’hui. Donc, mes acteurs sont souvent très désorientés. Je suis très spontané. Je peux décider de faire quelque chose d’imprévu à la dernière minute. Et alors que les acteurs ont appris le script et étudié leur rôle, j’arrive et je leur dis de tout jeter parce que j’ai changé d’avis. Et ça peut s’avérer difficile pour eux, lorsqu’ils ont mémorisé leur texte et visualisé les scènes qu’ils devaient jouer. Mais j’avoue que c’est ma manière de travailler. J’aime réagir sur le vif. Car ce que vous écrivez dans un bureau est une chose, se retrouver sur les lieux du tournage avec les comédiens, les costumes, est autre chose. Et je pense que l’improvisation et la spontanéité sont très importantes.
Vos acteurs jouent, dansent, savent apparemment tout faire, comme les plus grandes stars de Hollywood, d’ailleurs. Est-ce là une exigence du cinéma indien ? En Inde, les acteurs doivent être capables de tout faire. Ils doivent pouvoir se battre, jouer, passer du drame à la comédie, danser, chanter. C’est un métier difficile. Mais il y a des acteurs magnifiques, en Inde. Ils sont beaux, talentueux, ponctuels… Absolument brillants.
Votre dernier film, Ram-Leela, a eu un succès phénoménal à Marrakech. Quelles impressions gardez-vous de l’accueil qui vous a été réservé et de votre séjour au Maroc ? Splendide. Quand je suis allé sur la place (Jamaâ El Fna) et que j’ai vu ces 25.000 personnes réunies là pour voir le film ! Et il y a un amour du cinéma indien, de Bollywood. Un amour pour amitabh bachchan, shahrukh khan, hrithik roshan. Ils les connaissent tous ! Et ils les connaissent si bien, aussi bien que les Indiens. C’est donc si bon de se retrouver dans un autre pays qui comprend votre cinéma, comprend votre façon de penser. Je me sens en Inde. Je ne me sens pas à l’étranger. Je me sens chez moi. C’est formidable d’être ici.




