C’était inévitable. L’occasion était trop belle. Ainsi, un individu que je nommerai pas mais qui a réussi à assez tromper son monde pour occuper un poste non négligeable dans une de nos belles institutions parisiennes, n’a pas résisté à m’accuser d’avoir empêché l’excellent roman de Kamal Daoud «Meursault, contre-enquête» (publié d’abord aux Editions algériennes Barzakh et ensuite à Actes Sud) d'emporter le fameux prix Goncourt. Attaque basse, médiocre et surtout fielleuse, chose qui colle à la peau de cet individu marocain dont l’inculture n’a d’égal que sa prétention et ses impostures. Cela s’est passé sur Facebook, or moi je n’utilise pas ce média. Ce sont mes enfants et des amis qui m’en ont informé.
Laissons cet individu à sa haine et à son aigreur. Rappelons comment les choses se passent dans cette Académie qui a plus de cent ans et dont le règlement et les statuts se trouvent dans le testament des frères Jules et Edmond Goncourt. Les archives de cette académie sont à Nancy et on peut les consulter.
Nous sommes dix membres cooptés par affinités, par amitié, par amour de la littérature et de la lecture et aussi en raison de la diversité des sensibilités. Nous travaillons de manière absolument bénévole. Nous ne touchons pas un centime comme les jetons de présence de l’Académie Française. Nous lisons par plaisir, par devoir. Nous passons notre été à lire le maximum de romans. Pour ma part cette année j’ai lu, entièrement lu, 32 romans et comme mes camarades j’ai rédigé des fiches que nous nous envoyons pour information. Notre secrétaire, l’excellente Marie Dabadie, dispache les réflexions des uns et des autres. Ainsi, nous arrivons à la première réunion du début septembre avec nos coups de cœur et nos coups de gueule ou avec nos lectures mitigées. Nous constituons notre première liste de 15 titres, de manière démocratique. Nous votons au tirage au sort. Ne figureront sur cette liste importante que ceux qui auront obtenu un certain nombre de voix.
Venons-en au cas de Kamal Daoud. Nous avons tous aimé ce livre. Moi je l’avais lu fin mai et l’un de nous lui a même consacré un excellent article. Notre indication a réveillé les libraires et les médias; des jurys de prix dont le Prix des cinq Continents et le Prix Mauriac l’ont distingué. Chez nous, il a été à chaque fois ardemment défendu. Moi, connaissant le mauvais esprit de nos maghrébins bien-aimés, je me suis dit «si jamais, par hasard démocratique, Kamal n’a pas le prix, ce sera de ma faute: le Marocain règle ses comptes avec l’Algérie!» Mais c’est l’individu cité plus haut qui a trouvé la raison: il aurait écrit « Benjelloun veut rester le seul magrébin à avoir le Goncourt ». Oui, je suis accroché à ce prix comme un boxeur champion qui ne veut pas lâcher sa ceinture!
Que dire après cela? J’aurais un pouvoir magique; nous sommes dix, et je n’ai qu’une seule voix; seul le président Bernard Pivot a la double voix au bout du 14ème tour. Or, c’est au 5ème tour qu’une sixième voix a surgi et cela a donné le prix à Lydie Salvaire pour «Pas Pleurer» (Seuil) sur la guerre d’Espagne racontée à travers ses relations picaresques et drôles avec sa mère qui parle franspagnol. Mercredi 5 novembre, en arrivant, personne ne savait qui allait l’emporter. Chacun avait son favori mais encore faut-il qu’il y ait une majorité.
Voilà comment les choses se sont passées. La confidentialité étant de mise, je ne révèlerai pas les secrets du vote.
Quant aux coups bas, quant à la malveillance et la haine qui occupent des esprits chagrins et surtout ratés, je les laisse vomir leur mauvaise haleine dans les réseaux sociaux qui sont en train de devenir de plus en plus le seul espace où ils peuvent se défouler lâchement.
P.S : la disparition de notre ami Abdelawaheb Meddeb a été un choc et une grande perte pour l’intelligence, l’élégance et la grande double culture qui le caractérisaient. Il reste ses textes rigoureux, exigeants et de haute tenue. J’espère que ses livres seront de plus en plus étudiés. Cette grande intelligence va cruellement nous manquer. Il avait du tempérament et du caractère. Il était un grand habitué du Maroc où il passait une partie de sa vie.




