Le Théâtre Riad Sultan de Tanger: quand une écurie de sultan devient le cœur battant d’une ville

Le Théâtre Riad Sultan de Tanger.

Dans cette tribune, Mohamed Métalsi, auteur et ancien directeur des affaires culturelles de l’Institut du monde arabe de Paris, célèbre le Théâtre Riad Sultan comme l’un des symboles les plus aboutis de la renaissance culturelle de Tanger. Entre mémoire patrimoniale, création artistique et engagement citoyen, il livre un plaidoyer vibrant pour la préservation d’un modèle culturel indépendant et vivant, au cœur de la Casbah.

Le 10/05/2026 à 10h05

I. Une porte dans la Casbah

Il suffit parfois de pousser une porte. Une porte ancienne, discrète, enchâssée dans la pierre ocre d’une ruelle de la Casbah de Tanger, pour basculer dans un autre monde, celui de la beauté restaurée, de l’art vivant, du temps retrouvé. Ce basculement, c’est précisément ce que propose le Théâtre Riad Sultan, niché au cœur de la médina, à deux pas du Mechouar et de Bab al-Bahr. Une révélation à ciel ouvert.

II. La Casbah de Tanger: mémoire vivante, patrimoine en mouvement

Tanger n’est pas une ville ordinaire. Elle est un palimpseste, ce parchemin sur lequel chaque civilisation a écrit par-dessus la précédente sans effacer tout à fait ce qui précède. Phéniciens, Romains, Arabo-berbères, Portugais, Espagnols, Anglais, internationaux de toutes origines: tous ont laissé, dans la pierre, la langue ou la mémoire, leur empreinte sur cette ville-frontière, cette ville-seuil que le détroit de Gibraltar place au croisement de deux mers et de deux continents.

La Casbah est le noyau dur de cette mémoire. Dominant la baie de sa masse blanche et altière, elle commande la ville depuis des siècles, à la fois forteresse, palais, labyrinthe civil et espace du sacré. Le philosophe Gaston Bachelard, dans «La Poétique de l’espace», écrivait que «la maison est notre premier univers, un vrai cosmos en tout sens du mot». La Casbah, elle, est le cosmos premier de Tanger: le lieu d’où tout rayonne et vers lequel tout converge. Son palais, le Dar al-Makhzen, dont la construction remonte au XVIIe siècle, incarne à lui seul plusieurs siècles de souveraineté marocaine, de diplomatie et de vie de cour. Autour de lui gravitent aujourd’hui le Musée de la Casbah des cultures méditerranéennes, le Musée de la Casbah espace d’art contemporain, et l’espace d’exposition de la mémoire d’Ibn Battouta à Borj en-Naâm - autant de jalons d’une politique patrimoniale ambitieuse.

Car il faut le dire avec clarté et sans condescendance: la médina de Tanger a fait l’objet, ces dernières années, d’efforts considérables de réhabilitation et de mise en valeur. Le programme mené sous la supervision de la wilaya de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima et de l’Agence pour la promotion et le développement du nord (APDN) a transformé le visage de ces quartiers anciens, consolidé des édifices menacés, restitué à la pierre sa dignité. Bien sûr, le chantier n’est jamais terminé. Une médina vivante est par définition un organisme en perpétuelle transformation, et des zones de fragilité demeurent. Mais la direction est donnée, l’intention est lisible, et les résultats sont là, visibles, tangibles. C’est dans ce contexte de renaissance urbaine que le Riad Sultan a pris naissance, non comme un accident heureux, mais comme l’aboutissement logique d’une volonté collective de réconcilier Tanger avec son propre génie.

III. Des écuries du Sultan à la scène vivante: une métamorphose

L’histoire du lieu est, à elle seule, un roman. Avant que Tanger ne connaisse le statut particulier de Zone internationale, ce régime juridique sui generis qui régira la ville de 1923 à 1956 et fera d’elle un espace de libertés, de cosmopolitisme et parfois de tous les excès, le bâtiment qui abrite aujourd’hui le théâtre servait d’écuries au représentant du Sultan auprès des puissances étrangères. Fonction noble, mais silencieuse. Les chevaux du Makhzen n’ont pas laissé de chroniques. Le bâtiment, lui, a résisté au temps, à l’oubli, à la succession des régimes et des usages.

Construit sur une superficie de plus de 450 mètres carrés, faisant partie de l’ensemble palatial du Dar al-Makhzen dont l’édification remonte au XVIIe siècle, cet espace a traversé les ères sans jamais trouver de vocation qui fût à la hauteur de son histoire. Il fallait une vision et des hommes pour la porter.

La réhabilitation de cet édifice, financée à hauteur de cinq millions de dirhams et rendue possible grâce à la convergence de plusieurs partenaires institutionnels, l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH), l’APDN, le Conseil régional Tanger-Tétouan-Al Hoceima, la wilaya et la direction régionale du ministère de la Culture, est une leçon d’architecture du possible. Elle n’a pas cherché à réinventer le lieu, mais à le révéler. À dégager, sous les couches de l’oubli et de la détérioration, la grâce originelle d’un bâtiment qui n’avait jamais cessé d’être beau.

Le résultat est une démonstration magistrale de ce que les architectes et les historiens de l’art nomment aujourd’hui la restauration critique: ce dialogue exigeant entre la fidélité au passé et l’exigence du présent. Les principes de l’architecture traditionnelle citadine du Maroc pré-moderne ont été scrupuleusement respectés, ces règles de composition qui font de chaque demeure un microcosme ordonné, tourné vers l’intérieur, organisé autour du vide fécond du patio. La lumière, les matériaux, les proportions, les ornements: tout concourt à produire cette sensation rare d’un lieu qui existe depuis toujours et qui, pourtant, vient de naître.

IV. Les jardins et les espaces: une géographie de l’enchantement

Il y a, dans le Riad Sultan, une géographie intérieure qui n’appartient qu’aux grandes demeures du Maroc. Celle d’un monde replié sur lui-même, souverain, qui s’offre progressivement à celui qui sait prendre le temps de le lire.

Le visiteur qui franchit le seuil est d’abord saisi par le jardin. Ce jardin andalou, le «riad» au sens premier du terme, c’est-à-dire le jardin irrigué, l’espace de verdure et d’eau que les Maures d’Andalousie emportèrent avec eux dans leur exil marocain et que le Maroc a su préserver comme nulle part ailleurs, est le cœur vivant du lieu. Ses allées, ses plantations ordonnées, sa fontaine dont le murmure perpétuel est une forme de musique, ses essences qui se mêlent pour composer un parfum discret et puissant à la fois: tout ici est invitation à la lenteur, à la contemplation, à ce que les Arabes nomment sukûn, la quiétude de l’âme réconciliée avec le monde.

Bachelard encore, toujours: «La maison abrite la rêverie, la maison protège le rêveur». Le Riad Sultan protège les artistes, abrite les rêves collectifs d’une ville, et offre à ses jardins la fonction supplémentaire d’un espace de rencontre: une cafétéria y a été aménagée, transformant la terrasse en lieu de sociabilité douce, de conversations qui se prolongent après le spectacle, de communauté qui se reconnaît et se construit.

Mais le jardin n’est que le prélude. L’ensemble comprend également des ateliers créatifs aux murs chaulés, une théâtrothèque - bibliothèque spécialisée dans les arts de la scène, ressource rare dans une ville qui n’en comptait aucune -, un studio d’enregistrement, des loges pour les artistes, des bureaux administratifs et, au centre de tout, la salle de spectacle. Modulable, dotée d’équipements de pointe, capable d’accueillir entre 130 et 150 personnes selon les configurations scéniques, cette salle est à la fois intime et professionnelle, chaleureuse et techniquement ambitieuse. Elle est la preuve que l’excellence n’est pas l’apanage des grandes métropoles, et que la proximité, ce mot si souvent galvaudé, peut être une philosophie exigeante.

Ibn Khaldoun, dans sa Muqaddima, observait que les arts et les métiers ne fleurissent que dans les cités où la civilisation atteint sa maturité, dans les villes où la densité humaine crée les conditions d’une émulation permanente. Il voyait dans la culture non pas un ornement du pouvoir, mais la preuve même de la vitalité d’une société. Le Riad Sultan est, en ce sens, khaldounien: il est la manifestation concrète de la conviction que Tanger mérite mieux que le silence culturel, et qu’une ville n’atteint sa plénitude que lorsqu’elle offre à ses habitants des lieux où l’imaginaire peut s’exercer librement.

V. Zoubir Benbouchta et l’association Bab Bhar: l’âme d’un projet

Derrière chaque grande institution culturelle, il y a presque toujours un homme ou une femme dont la ténacité a rendu possible ce que la raison administrative déclarait impossible. Au Riad Sultan, cet homme s’appelle Zoubeir Benbouchta, écrivain, dramaturge, homme de théâtre tangérois, fondateur et directeur de l’espace depuis son ouverture.

Zoubeir Benbouchta.

Benbouchta n’est pas un fonctionnaire de la culture. Il est un artiste qui a choisi d’habiter son territoire et de le transformer de l’intérieur. À la tête de l’Association Bab Bhar CinéMasrah, qu’il préside et qui est la structure porteuse et gestionnaire du projet, il a bâti au fil des années une compagnie théâtrale professionnelle comptant parmi les plus actives au Maroc, qui a présenté ses créations sur des scènes nationales et internationales. Des pièces comme «Tingitanus», «La Rue de Shakespeare» ou «Lalla Jmila» portent sa signature, œuvres qui ancrent le théâtre tangérois dans une tradition exigeante tout en l’ouvrant aux respirations du monde contemporain.

Mais Benbouchta, c’est aussi une vision qui dépasse son propre parcours. Il a compris, et c’est là son génie propre, que le théâtre ne se décrète pas, qu’il se construit au quotidien, dans la relation patiente avec un public, dans la formation des jeunes, dans la création d’une communauté artistique locale. Son ambition déclarée n’est pas seulement de faire vivre le Riad Sultan: c’est d’encourager les troupes de toutes les villes marocaines à reproduire et à adapter ce modèle, afin de tisser à l’échelle du Royaume un réseau de théâtres de proximité fonctionnant de manière indépendante, sur les plans financier, administratif et programmatique. Une vision fédéraliste du théâtre, au sens le plus noble du terme.

L’Association Bab Bhar elle-même est révélatrice d’une génération. Jeune, engagée, professionnelle sans avoir sacrifié son âme, elle incarne ce que les sociologues de la culture nomment parfois la «société civile créative»: ces acteurs qui ne demandent pas à l’État de faire la culture à leur place, mais qui lui demandent de créer les conditions dans lesquelles ils pourront la faire eux-mêmes. Paul Ricœur, dans «La Mémoire, l’Histoire, l’Oubli», rappelait que «les communautés historiques auxquelles nous appartenons sont elles-mêmes fondées par des actes fondateurs». L’ouverture du Riad Sultan est un acte fondateur de cette nature, un geste qui dit quelque chose d’essentiel sur ce que Tanger veut être.

VI. Une programmation d’exception: le pouls hebdomadaire d’une ville

Les chiffres parlent avec une éloquence que nulle rhétorique ne saurait égaler. En moins de trois ans d’activité (de 2022 à 2024), le Théâtre Riad Sultan a organisé 60 représentations théâtrales, 64 concerts, 37 rencontres culturelles et 3 projections de films, attirant plus de 14.000 spectateurs. Ces chiffres ne sont pas ceux d’une institution en rodage: ce sont ceux d’un lieu qui a trouvé son public dès ses premières saisons, et dont le public lui rend la confiance qu’il lui accordait.

La programmation est d’une diversité qui refuse toute hiérarchie entre les genres et les disciplines. Théâtre marocain et international, musique classique arabe et jazz, littérature avec ses rencontres et ses lectures publiques, arts visuels, débats d’idées, projections documentaires: le Riad Sultan est ce que les urbanistes contemporains appellent un «tiers-lieu», ni tout à fait une institution officielle, ni tout à fait un espace privé, mais un entre-deux vibrant où la ville se retrouve et se pense elle-même.

Un exemple récent illustre parfaitement cette vocation cosmopolite et mémorielle: en mai 2026, le théâtre accueille, en partenariat avec l’Institut Cervantes, une soirée dédiée à la haketía — cette langue judéo-espagnole qui fut autrefois parlée par les communautés juives du nord du Maroc et qui constitue un trésor immatériel en péril. Ce soir-là, la chercheuse Line Amselem y présentera ses travaux sur Federico García Lorca et la mémoire judéo-espagnole, avant la projection du documentaire «Haketía Haketía». C’est dans ces moments-là que le Riad Sultan révèle sa profondeur: il n’est pas seulement un lieu de spectacle, il est un lieu de mémoire, au sens plein que Pierre Nora donnait à ce concept, un espace où les strates de l’histoire tangéroise remontent à la surface et retrouvent leurs voix.

La programmation comprend également trois ateliers permanents qui transforment le théâtre en école vivante: «Théâtre et Cirque» pour les enfants, «Danse contemporaine» et «Théâtre pour adultes». Ces ateliers touchent des dizaines de jeunes Tangérois chaque semaine, et leur impact dépasse la simple initiation artistique: ils construisent de la confiance, du langage, de la présence au monde. «J’ai appris à jouer, à parler devant le public et à renforcer ma confiance en moi», témoigne Safae, 11 ans, l’une des bénéficiaires de l’atelier «Théâtre et Cirque». Une phrase simple qui dit tout ce qu’une politique culturelle digne de ce nom devrait produire.

VII. Un modèle à défendre, un exemple à méditer

Il existe, dans la vie des institutions culturelles, un péril plus insidieux que le manque de financement ou que l’indifférence du public: c’est la fonctionnarisation. Ce processus lent par lequel un lieu vivant se transforme progressivement en administration de lui-même, où le calendrier prime sur l’audace, où la prudence bureaucratique étouffe l’énergie créatrice, où l’on gère une institution au lieu de l’habiter.

Tanger connaît ce péril mieux que beaucoup d’autres villes. Des édifices historiques ont été restaurés avec soin et talent, et l’on ne peut que s’en réjouir, mais certains ont péché par l’absence d’une véritable fonction culturelle animée de l’intérieur, portée par une communauté d’artistes et de passeurs, nourrie par un projet intellectuel et esthétique cohérent. Un bâtiment restauré sans âme programmatique est une belle carcasse, respectable, mais silencieuse.

Le Riad Sultan échappe à ce destin précisément parce que sa gestion a été confiée à l’Association Bab Bhar CinéMasrah, et non à une administration. Ce modèle - attribution publique du lieu, financement mixte multi-institutionnel, gestion associative autonome - est une formule qui a fait ses preuves dans les pays où la vie culturelle est la plus dynamique. Il repose sur un principe simple mais souvent oublié: ceux qui font la culture sont mieux placés pour la gérer que ceux qui l’administrent. L’État et les collectivités ont un rôle irremplaçable, celui de rendre possible, de financer, d’accompagner. Mais ce rôle doit savoir s’arrêter là où commence la liberté de création.

L’écrivain et penseur marocain Abdelkébir Khatibi, dont la réflexion sur la «double appartenance» culturelle du Maroc reste d’une actualité saisissante, rappelait que toute civilisation vivante est celle qui sait habiter son propre héritage tout en restant ouverte aux vents du monde. Le Riad Sultan est khatibien en ce sens: il est marocain dans ses murs, méditerranéen dans sa programmation, universel dans son ambition.

VIII. Plaidoyer pour la pérennité et l’enrichissement: ce que Tanger ne peut pas se permettre de perdre

Nous arrivons ici au cœur de ce que cet article voulait dire depuis le début, à travers la beauté du lieu, la richesse de l’histoire et l’énergie de ses animateurs. Un plaidoyer. Ferme, argumenté, nécessaire.

Le Théâtre Riad Sultan doit non seulement survivre, mais prospérer, s’enrichir, se déployer. Et cela suppose plusieurs engagements que nous voulons formuler clairement.

Pérenniser et augmenter le financement. Un espace culturel ne peut pas fonctionner dans la précarité chronique. La question du financement récurrent - distinct des subventions ponctuelles liées à des projets - est centrale. Aujourd’hui, le budget de fonctionnement du Riad Sultan s’élève à un million de dirhams. C’est peu pour une institution de cette envergure et de cette intensité programmatique, mais c’est déjà la preuve qu’un modèle existe, qu’il tient, qu’il produit des résultats remarquables avec des moyens sobres. Une avancée décisive se profile: grâce à l’engagement de la mairie de Tanger, ce budget pourrait prochainement atteindre 1,3 million de dirhams. Ce saut représenterait un signal fort, celui d’une ville qui assume enfin pleinement sa responsabilité envers son institution culturelle la plus vivante. La wilaya de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima, qui a soutenu la création du projet, continue d’en être un pilier institutionnel essentiel. En revanche, il faut le dire clairement: le Conseil régional ne participe pas encore au financement du fonctionnement. C’est une lacune qui devra être comblée. Une région qui dispose d’un tel outil culturel sur son territoire et qui n’en assure pas le financement régulier manque à l’une de ses missions les plus fondamentales.

Protéger l’autonomie de gestion. La tentation sera grande, à mesure que le succès du Riad Sultan grandira, de vouloir institutionnaliser davantage sa gestion, de l’intégrer dans des structures administratives plus lourdes, de le «sécuriser» au sens bureaucratique du terme. Il faut résister à cette tentation. L’indépendance de l’Association Bab Bhar CinéMasrah n’est pas un risque: c’est la condition même de la vitalité du lieu. La confiance accordée doit être renouvelée, non reprise.

Enrichir les missions. Le Riad Sultan a prouvé sa capacité à programmer, à former, à rassembler. Il est maintenant en mesure d’aller plus loin. Des résidences d’artistes, accueillant des créateurs marocains et étrangers pour des séjours de travail et de création, transformeraient le théâtre en laboratoire vivant. Un ancrage plus systématique dans les établissements scolaires et universitaires de la région permettrait d’étendre considérablement le cercle de ses publics. Un rayonnement affirmé vers les pays de la Méditerranée et de l’Afrique subsaharienne ferait du Riad Sultan non plus seulement un théâtre tangérois, mais un carrefour culturel à l’échelle du continent, ce que la géographie de Tanger, à la jonction de l’Europe, de l’Afrique et du monde arabe, appelle naturellement.

Répliquer le modèle. Zoubeir Benbouchta l’a dit lui-même avec une lucidité remarquable: son ambition n’est pas de gérer un bijou unique, mais de démontrer la viabilité d’un modèle reproductible. Chaque ville marocaine qui possède un patrimoine bâti et une société civile active devrait pouvoir disposer de son propre Riad Sultan, avec ses particularités locales, son histoire propre, ses artistes. Le ministère de la Culture et les agences de développement régional ont là un outil concret, éprouvé, efficient: ils seraient bien inspirés d’en faire un programme national.

Walter Benjamin, dans ses réflexions sur les villes et leur mémoire, voyait dans chaque espace urbain réhabilité la possibilité d’une «image dialectique» - ce moment où le passé et le présent se rencontrent et produisent ensemble quelque chose d’inédit, quelque chose qui n’existait ni dans l’un ni dans l’autre. Le Riad Sultan est cette image dialectique: il est à la fois le XVIIe siècle et le XXIe, il est à la fois les écuries muettes et la salle pleine, il est à la fois Tanger et le monde.

Pousser cette porte, c’est comprendre ce que peut être une ville quand elle décide, enfin, de prendre soin de sa propre âme.

Par Mohamed Métalsi
Le 10/05/2026 à 10h05