Construite autour de plusieurs passions, la Villa des Arts by Flavie ressemble finalement à sa propriétaire. On y retrouve la peinture et le design, mais aussi l’artisanat, la musique, la gastronomie, le bien-être et les ateliers. Ouverte samedi 5 septembre dans le quartier des Dunes, la maison est le fruit de plus d’un an de travaux. Mais l’idée remonte à bien plus loin. Elle est née d’un coup de cœur pour Essaouira, une ville que Flavie Bébéar découvre avant de décider d’y installer son futur bureau.
«La Villa des Arts a pris naissance à partir du moment où j’ai commencé à visiter Essaouira. Je suis tombée amoureuse des remparts, du ballet des mouettes en pleine lune et j’ai été happée par des couleurs que je n’avais jamais vues auparavant», raconte-t-elle.
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Ce qui la séduit, c’est aussi une ville qui change au fil des heures, entre la mer, la terre et le ciel. «À chaque fois, tout au long de la journée, voire de la soirée, c’était une Essaouira différente, comme une carte postale. [...] Je me suis dit que c’était ici, vraiment, mon futur bureau.» Et puis, à force de le raconter, Flavie finit par se reprendre: peut-être n’est-ce pas elle qui a choisi Essaouira. Peut-être est-ce Essaouira qui l’a choisie.
Après avoir beaucoup voyagé, Flavie Bébéar choisit finalement Essaouira pour donner corps à son projet. «J’aurais pu choisir Paris, Séoul, Londres ou une autre grande ville internationale. Mais j’ai choisi Essaouira pour faire de cette Villa des Arts un lieu de rencontre, d’échange culturel et de transmission, un lieu où l’on peut savoir et faire savoir.»
Plus d’un an de travaux sera nécessaire pour concrétiser cette ambition. Formée à l’architecture d’intérieur, Flavie Bébéar s’investit directement dans la conception et l’aménagement des espaces.
Un lieu qui dépasse la galerie
Aujourd’hui, la Villa accueille ses œuvres, mais aussi une boutique où sont proposées des reproductions de ses créations et différents objets inspirés de son univers. Vêtements, ponchos inspirés de l’univers nautique, serviettes ou encore sacs y sont disponibles. Mais le lieu ne se limite pas à cet espace.
Flavie Bébéar entend faire de cette adresse un espace vivant, propice au dialogue entre artistes et cultures. «Je voudrais proposer des réceptions, des concerts privés, évidemment des expositions et surtout des échanges entre artistes, entre les cultures, entre les cordes ancestrales», explique-t-elle.
L’idée est aussi de créer un espace où la création se mêle à d’autres expériences. «Il manquait une vitrine où les gens pourraient se rencontrer autour d’un dîner culinaire, d’un orchestre ou pour dénicher de nouveaux talents», poursuit-elle.
Le projet entend par ailleurs s’appuyer sur les savoir-faire locaux. En travaillant sur ses créations et ses prototypes, elle dit avoir rapidement trouvé à Essaouira les artisans dont elle avait besoin. «J’ai trouvé que j’avais tous les artisans à portée de main. À partir du moment où on a commencé à parler de telle ou telle matière, j’ai ressenti une immense passion dans l’âme des artisans.»
Pour elle, cette passion est au cœur de toute démarche créative. «Pour être artisan ou artiste, il faut vraiment être passionné.»
Des passerelles au-delà d’Essaouira
L’ambition de la Villa ne s’arrête toutefois pas aux frontières d’Essaouira. Flavie Bébéar souhaite y accueillir des artistes venus d’horizons différents et développer des collaborations avec d’autres espaces culturels, au Maroc comme à l’étranger. Une volonté d’ouverture qui se retrouve aussi dans le choix du nom «La Villa des Arts by Flavie».
L’appellation fait naturellement écho aux Villas des Arts de Rabat et Casablanca, connues du public pour leur programmation culturelle. Mais le projet d’Essaouira est indépendant de ces deux établissements et n’a aucun lien institutionnel avec la Fondation Al Mada. «La Villa des Arts by Flavie» est une marque déposée et enregistrée en France et au Maroc par la société française BY FLAVIE, propriété de Flavie Bébéar.
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La fondatrice entend néanmoins profiter de cette dimension internationale pour créer des passerelles avec d’autres acteurs du monde artistique. Elle évoque notamment des partenariats, des échanges d’expositions et la possibilité de faire circuler les artistes d’un lieu à l’autre. «La Villa des Arts by Flavie pourra permettre de relier justement les autres licences, les autres Villas des Arts, de faire des partenariats, des échanges d’expositions», explique-t-elle.
Une ambition qui s’appuie aussi sur son propre parcours et sur les contacts noués au fil de ses voyages. «Je pense qu’on pourrait se rencontrer vraiment de façon internationale avec énormément d’artistes, étant donné que j’ai voyagé», confie-t-elle. À terme, la Villa veut ainsi s’ouvrir à des artistes et à des projets venus de différents horizons, tout en restant ancrée à Essaouira.
Cette ouverture répond aussi à une volonté de contribuer au rayonnement culturel de la ville. «Le but du jeu, c’est de donner un coup de pouce à Essaouira, qui prône vraiment la culture», souligne-t-elle.
Une artiste formée à plusieurs disciplines
Avant de créer cette Villa, Flavie Bébéar a construit son parcours autour de plusieurs disciplines artistiques. Son intérêt pour le dessin apparaît dès le collège. «À partir de la sixième, mon professeur de dessin avait trouvé que j’avais vraiment beaucoup de talent», se souvient-elle.
Elle commence alors la peinture à l’huile, puis suit des cours de dessin et d’observation à l’École du Louvre. Elle s’intéresse ensuite au street art, avec Andy Warhol parmi ses références, avant de se former à l’architecture d’intérieur et de travailler comme assistante de l’architecte français Jacques Grange.

Cette diversité reste au cœur de sa démarche. Ses professeurs et ses grands maîtres l’ont poussée à expérimenter sans chercher à reproduire le travail des autres. «Il fallait que je travaille sur tout, sans copier les autres, et que je puisse être reconnaissable sans signature», raconte-t-elle.
Ce rapport aux matières et aux sensations tient une place particulière dans son travail. Née sans odorat, Flavie Bébéar raconte avoir compensé cette absence en développant davantage ses autres sens.
«Je resterai votre plus jolie des handicapées, puisque je suis née avec un sens en moins, une absence totale d’odorat», confie-t-elle. «J’ai développé mes autres sens, comme peut le faire un aveugle ou un sourd. Le toucher, les yeux me parlent. Il n’y a pas besoin de me parler longtemps: je regarde les yeux, et les yeux disent la vérité. Ils ne peuvent pas tricher.»
Transmettre plutôt que simplement exposer
À 55 ans, Flavie Bébéar veut aussi donner une place importante à la transmission. Pour elle, la Villa doit devenir un espace où les générations et les disciplines peuvent se rencontrer. «Je suis arrivée à un âge où un bon patron, à un moment donné, doit transmettre», affirme-t-elle.
La Villa accueillera ainsi des ateliers et des rencontres réunissant artistes, philosophes et écrivains. «On va rassembler les artistes, les philosophes, les écrivains, toute la chaîne, ce qu’on appelle la maison des artistes. Et j’espère que l’on pourra échanger, être conseillés. Peut-être qu’il y aura de futures masterclasses.»
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Cette volonté de transmission ne se limite pas aux jeunes générations. Flavie Bébéar souhaite également s’adresser aux personnes âgées et, plus largement, à des publics souvent éloignés de l’offre culturelle. «Je ne vois pas pourquoi on favoriserait toujours les enfants alors qu’il y a des grands-parents qui sont encore analphabètes. Je trouve cela injuste.»
La Villa entend également servir des causes chères à Flavie Bébéar, qui souhaite mobiliser les artistes pour soutenir la recherche sur les maladies d’Alzheimer et de Parkinson. «Quand on rassemble des artistes autour de nobles causes, on peut aller très loin, surtout tous ensemble. Seul, personne n’y arrive.»
À Essaouira, la Villa des Arts by Flavie veut ainsi conjuguer création, transmission et engagement. Une nouvelle adresse qui vient conforter la vocation culturelle de la cité des Alizés, où la Cité des Arts et de la Culture doit ouvrir ses portes en 2027.





















