Mohamed Lekleti développe une œuvre à forte dimension narrative, mêlant dessin, peinture, collage et textile. Au cœur de sa pratique, le dessin lui permet d’explorer la complexité humaine et les questions de déplacement et d’identité. Nourri par la mémoire individuelle et collective, les mythologies et les traditions orales, notamment Les Mille et Une Nuits, son univers symbolique recompose le monde en une trame fragmentée et résiliente.
Lauréat du Prix CHIC Dessin à Paris en 2011, Mohamed Lekleti est une figure reconnue du dessin contemporain en France et au Maroc. Son travail a notamment été présenté au MAC Lyon, à l’Institut du monde arabe, au Musée Paul Valéry à Sète et au Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain à Rabat, ainsi que dans plusieurs foires internationales, dont Art Dubai, 1-54, Art Paris et Drawing Now.
Le360: que représente pour vous cette exposition dans votre pays d’origine, le Maroc?
Mohammed Lekleti: cette exposition au Maroc représente une étape importante de mon parcours, puisqu’il s’agit de ma première exposition monographique dans un musée. Elle marque l’aboutissement de plusieurs années de travail et une forme de reconnaissance institutionnelle au Maroc. Au delà de cette dimension professionnelle, elle a aussi une portée personnelle forte, en me permettant de me reconnecter à mon pays, à mes origines et à mes racines.
Votre pratique artistique s’articule autour des notions de lien, de mythe, de jeu et de territoire. Comment ces différents axes dialoguent-ils dans votre processus de création?
Dans ma pratique artistique actuelle, la notion du lien est au centre de ma réflexion. Elle traverse mon travail et s’articule autour de trois thématiques: le mythe, le jeu et le territoire. Je considère ces trois notions comme des espaces de recherche dont les frontières sont poreuses. Elles ne sont pas pensées de manière isolée, mais se rencontrent, se déplacent et se nourrissent les unes des autres au fil de mon processus de création. Il existe ainsi une forme d’oscillation entre elles, où une idée peut progressivement faire basculer le travail d’une thématique à une autre, jusqu’à parfois rendre leurs limites difficiles à distinguer.
«L’état de flottement et d’apesanteur qui traverse mes œuvres traduit le désir d’inscrire les personnages dans un espace intermédiaire, entre le monde terrestre et le monde céleste.»
— Mohamed Lekleti, artiste plasticien
Cette porosité me permet de créer des passerelles entre différents récits. Le territoire peut par exemple faire surgir des questions liées au colonialisme, à l’appropriation ou à la mémoire, qui peuvent à leur tour rejoindre des récits mythologiques ou prendre la forme d’un jeu. De la même manière, le jeu peut devenir un moyen de déplacer un récit ou de questionner notre manière d’habiter et de représenter un territoire.
Un état de flottement, comme une forme d’apesanteur, transparaît dans vos œuvres. Quelle réflexion sous-tend ce parti pris?
L’état de flottement et d’apesanteur qui traverse mes œuvres traduit le désir d’inscrire les personnages dans un espace intermédiaire, entre le monde terrestre et le monde céleste. La suspension devient ainsi une métaphore de la condition humaine, prise entre l’ancrage et les contraintes, d’une part, et le désir d’élévation, d’autre part. En défiant la gravité, les figures semblent s’affranchir de la matière et de leurs propres limites, tout en demeurant dans un équilibre fragile entre chute et envol, réalité et transcendance. Cet état de suspension ouvre ainsi un espace poétique propice à la contemplation et à l’imaginaire.
Considérez-vous bénéficier, au Maroc, d’une visibilité et d’une reconnaissance à la hauteur de vos années de travail?
C’est une question à laquelle j’ai un peu de mal à répondre, car je pense qu’un artiste aspire toujours à davantage de visibilité. On peut toujours avoir le sentiment que son travail pourrait être davantage vu, partagé et reconnu. Je préfère donc aborder la question autrement.
Pour moi, les artistes sont aussi des ambassadeurs de leurs pays. Le Maroc déploie aujourd’hui de plus en plus d’efforts en faveur de la culture, mais cette dynamique pourrait aller encore plus loin, notamment à travers un accompagnement accru des artistes marocains, qu’ils vivent au Maroc ou à l’étranger.
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Il me semble notamment important de développer une véritable politique institutionnelle d’acquisition d’œuvres, afin de constituer progressivement un fonds et un patrimoine artistiques marocains. Aujourd’hui, ce sont encore largement les collectionneurs et les acteurs privés qui permettent aux artistes de vivre de leur travail et de poursuivre leur création.
Un soutien institutionnel renforcé permettrait non seulement d’accroître la visibilité des artistes, mais aussi de constituer, de préserver et de transmettre une véritable mémoire artistique marocaine, au Maroc comme à l’étranger.








