Ciné Atlas est placé en procédure de redressement judiciaire devant le Tribunal de commerce de Rabat. L’entreprise présente cette procédure non comme une fin mais comme un cadre légal destiné à lui donner le temps de se réorganiser sous le contrôle du tribunal et de son syndic. Elle affirme y travailler chaque jour et s’engage à tenir sa communauté informée.
Le groupe a construit son développement sur plusieurs sites depuis 2018. Le Rabat Colisée a rouvert en août 2018 après un investissement de 15 millions de dirhams et est devenu un multiplexe. Le Ciné Atlas El Jadida a ouvert en 2022. Deux autres projets ont suivi à Tanger avec le Mauritania et à Casablanca avec Aeria Park.
Fin décembre 2025, le groupe a annoncé la fermeture provisoire du Rabat Colisée. Son dirigeant, Pierre François Bernet, a expliqué cette décision par un litige l’opposant au bailleur des locaux, portant sur des loyers impayés estimés à 782.560 dirhams. Il a également mis en cause les répercussions de la pandémie de Covid-19 sur la trésorerie de l’entreprise. Selon les chiffres qu’il a communiqués, le chiffre d’affaires aurait reculé de 85% en 2020, puis de 75% en 2021. En 2025, les recettes cumulées des cinémas de Rabat et d’El Jadida n’auraient pas dépassé 5 à 6 millions de dirhams.
Cette analyse est toutefois contestée par certains professionnels du secteur. Sous couvert d’anonymat, un distributeur attribue plutôt les difficultés de Ciné Atlas à une stratégie d’investissement insuffisamment maîtrisée. Il souligne que d’autres exploitants, tels que Pathé ou Megarama, ont traversé la même période sans subir les mêmes conséquences. Selon cette source, plusieurs prestataires demeurent également impayés. Le distributeur Mohammed Khouna détiendrait ainsi une créance de 445.000 dirhams, tandis que Siham El Faydi réclamerait près de 430.000 dirhams.
Un chantier achevé aux trois quarts
Le projet de réhabilitation du cinéma Mauritania, à Tanger, concentre aujourd’hui les espoirs de Ciné Atlas. Classée au patrimoine et datant des années 1930, cette salle emblématique fait l’objet d’un vaste chantier de restauration. En janvier 2026, les travaux étaient réalisés à près de 80%, avant d’être interrompus pendant dix-huit mois en raison de difficultés de trésorerie.
Dans un communiqué, le groupe indique que le chantier est désormais achevé aux trois quarts. Près de 10 millions de dirhams ont déjà été investis pour redonner vie à cette salle historique, qui sera transformée en complexe de cinq écrans.
Pour mener le projet à son terme, Ciné Atlas poursuit ses discussions avec les établissements bancaires, sous la médiation de Bank Al-Maghrib. Si les négociations ont marqué le pas durant l’été, elles se poursuivent, assure l’entreprise, qui recherche les financements nécessaires à la reprise de ses activités.
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Le groupe souligne également pouvoir compter sur des équipes expérimentées — exploitants, projectionnistes, programmateurs et personnels d’accueil — dont le savoir-faire sera indispensable à la relance. «Aucune reprise d’activité n’est envisageable sans eux», insiste-t-il.
Au-delà de sa situation financière, Ciné Atlas livre sa vision de l’évolution du secteur. Selon l’entreprise, la «premiumisation» des salles est désormais devenue un standard. La différence ne se jouera plus sur le confort des fauteuils ou la performance des équipements audiovisuels, mais sur la capacité des cinémas à offrir une véritable expérience collective autour du grand écran.
Aucune date de réouverture n’est encore avancée. Ciné Atlas affirme vouloir privilégier la transparence sur l’avancement de ses projets et s’engage à tenir régulièrement son public informé. Son ambition reste inchangée: retrouver les spectateurs et redonner toute sa place à l’expérience du cinéma en salle.




