Mourir à Chefchaouen

Famille Ben Jelloun

ChroniqueComment ça se fait que depuis le début de cette année plus de quinze jeunes gens se sont donné la mort dans la charmante petite ville Chefchaouen ? Qu’y a-t-il dans l’air pour que des jeunes gens se suppriment comme si c’était devenu une mode?

Le 15/04/2019 à 10h56

A Lausanne, un pont en plein centre-ville est souvent utilisé pour sauter dans le vide et mourir. Sous ce pont, il y a toujours une couverture grise et un brancard pour récupérer et transporter les victimes à l’hôpital ou à la morgue. La Suisse a tout prévu. Pas Chefchaouen. Normal parce que le suicide n’est pas une pratique très courante dans notre pays.

En 1982 parut en France un livre, plutôt un manuel, qui fit grand bruit «Suicide mode d’emploi» écrit par Claude Guillon et Yves Le Bonniec aux éditions Alain Moreau. Il fut acheté par beaucoup de gens et certains qui voulaient réussir leur suicide y avaient trouvé les moyens et techniques pour atteindre une mort volontaire sans accroc. Le livre devint un scandale. Des familles portèrent plainte contre l’éditeur. Cinq ans plus tard, il est interdit à la vente. Aujourd’hui, on peut le retrouver sur certains sites où il est vendu à 100 euros.

Comment ça se fait que depuis le début de cette année plus de quinze jeunes gens se sont donné la mort dans la charmante petite ville Chefchaouen? Pourquoi ce lieu sympathique, à l’écart de l’agitation des grandes cités comme Tanger ou Casablanca, où probablement personne ne possède le fameux manuel interdit, a suscité chez ces personnes l’envie de se supprimer? Cette vague de suicides a été rapportée par la presse et personne ne comprend pourquoi il y a eu tant de suicides en si peu de temps? C’est devenu un phénomène de société, incompréhensible et surtout rare étant donné que le suicide est un sujet tabou.

Le Marocain en général, surtout quand il est bon croyant, ne défie jamais la volonté divine. Même les personnes en fin de vie qui souffrent le martyre, n’osent pas abréger leur mal en avalant une pilule libératrice. Ce serait aller contre la décision du Créateur, ce serait lui désobéir et Le Coran dit que le suicide est interdit et est très sévèrement puni. Les versets 29 et 30 de la Sourate 4 sont clairs: «Et ne vous tuez pas vous-même (…) et quiconque commet cela, par excès et par iniquité Nous le jetterons au feu…». Un hadith du Prophète Mohammad précise cet interdit : «Celui qui se donne la mort par un moyen quelconque sera châtié par ce même mode de mort le jour de la Résurrection». En outre, le code pénal marocain interdit l’incitation au suicide par un à cinq ans de prison.

Les juifs et les chrétiens tiennent le suicide pour un délit impardonnable. D’ailleurs des familles croyantes refusent, quand elles publient des faire-part, de signaler que le défunt a mis fin à ses jours.

Au Maroc, le suicide n’est pas un sujet qu’on aborde facilement en famille. En fait les sociétés qui ne reconnaissent pas l’individu n’admettent pas non plus le droit à la mort volontaire. C’est différent dans les pays occidentaux où l’individu a le droit de disposer de sa vie et personne ne doit se permettre de le lui reprocher.

Il en va du suicide comme de la liberté de conscience. La constitution de 2011 n’a pas reconnu au citoyen marocain le droit de croire ou de ne pas croire, le droit de changer de religion ou de refuser toute religion. Cette liberté fondamentale est la base qui fait de l’individu un être unique et singulier.

Il serait intéressant d’étudier, d’un point de vue sociologique, les motifs de ces suicides survenus à Chefchaouen. Qu’y a-t-il dans l’air pour que des jeunes gens se suppriment comme si c’était devenu une mode? Un colloque a été organisé dans cette ville en mars dernier. On a rappelé que depuis 2014 à aujourd’hui on a compté plus de 200 suicides, sans parler des tentatives qui ont échoué.

La misère, le manque de perspectives d’avenir, la violence faite aux femmes, la marginalisation et certaines maladies mentales non traitées ont été avancés comme motifs expliquant ces suicides. Mais nous retrouvons ces mêmes violences dans d’autres villes du pays sans que cela se traduise par une série de suicides.

Chefchaouen serait-elle la ville du désespoir absolu? On a du mal à le croire. En tout cas, elle nous signale que des jeunes gens ayant perdu tout espoir d’avoir une vie digne et épanouie préfèrent se supprimer plutôt que d’attendre un miracle qui les ferait sortir du tunnel.

Par Tahar Ben Jelloun
Le 15/04/2019 à 10h56

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Le titre de l'auteur ne précise pas la ville de Chefchaouen, mais son territoire à savoir la province. Le fait d'avoir un taux élevé de suicide à cette province est dû à plusieurs facteurs, d'ordre social, religieux, économique, etc. Mais seule une étude anthropologique pourra éclaircir les choses.

L'affaire est tellement grave qu'elle ne saurait traitée en un simple article de presse. Il faut mettre à contribution des spécialistes, des sociologués, des hommes de religion, orgainer des colloques pour connautre des causes du phénomène et mettre en place des approches adéquates. Sinon on risque de voir pire à l'avenir. Au grand dommage de notre jeunesse.l'auteur à quand même le mérite d'attirer l'attention sur la recrudescence des suicides.

J’ai pensé au cannabis et à l’état second qui suit une over dose...c’est peut être la raison derrière.....

L'over dose de THC ça amène pas a la mort.....

monsieur benjelloun, vous faites une cible de chefcaouene, avez-vous vue les suicide a Tanger, les jeunes militaires de rabat, les filles de marrakech ? s'il vous semble que juifs et chrétiens ne se suicide pas voyez leurs statistiques d'Israel, êtes-vous au courent des hommes d'églises qui se sont pendus, non. Quand un homme jeune ou pas et au bout de son "desespoir" rien ne le retient, son cerveau s'embrouille et le pousse a s’éliminer, c.a.d se débarrasser de ce corps maudit dont il ne sait que faire et ce n'est pas la spécialité des jeunes du RIF? Au Maroc y a pas de misère, revoyez le dictionnaire svp, y a plutôt d'énormes difficultés a vivre mais le dernier trouve a manger et parfois a se soulager comme dans la fable de De La Fontaine "la mort et le bucheron" chez le musulman c'est la foi qui fait tout et dans tous les sens, cet être humain si puissant et au fond un être fragile surtout lorsqu'il est en panne de foi et au mauvais moment de sa vie

Bien dit

je suis tres heureux que vous vous intéresser pour ley suicides au maroc sais devenus un fléaux mais il n'est pas difficile de savoir pourquoi le mode de vie la cherté la crise manque d'argent de travail surtout la chereter de la vie

Cher Monsieur Ben Jelloun Je ne vois pas bien le rapport entre ce fameux livre sur le suicide que vous présenté avec force détails puisque il ne sert pas votre propos dans votre interrogation ! Le suicide est un acte si terrible pour les familles que faire référence à ce livre me parait être une faute à tout le moins . vous n'éclaircissez pas pour autant le mystère de ces nombreuses disparitions auxquelles vous faites références ! Ce fait de Société mérite d'être traité avec sérieux et gravité , ce qui est loin d'être la cas de votre billet !

Monsieur Benjeloun, tous ces suicides, attribués à la ville de Chefchaouen, ne se passent dans cette ville, mais la province; et des fois à des centaines de Km de cette ville (exp: dans un village près de Bab Barred). Si des medias les attribuent, à tord, à cette ville, c'est pour avoir un repere!! Venant de vous, homme de Chamal, natif de Tanger, celà me désole de ne pas preciser que ces suicides ne se passent pas dans cette ville. Signé : un Chamali comme vous, Chaouni de surcroit !!

Merci m. Sahid, mais bab barred (barreth برث ) est à 68km de Chaouen et le village dont je parle (Z. Harrach) est à 20km au Sud Est de bab barred

Tout à fait d'accord avec vous chaouni à ceci près que bab berred ne se trouve que à environ 55 km de chaouen, mais ne nous formalisons pas pour un tangerois le Chamale commence à al hawama et fini à msala 😂😂😂

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