«Les Misérables»

Tahar Ben Jelloun.

Tahar Ben Jelloun. . DR

ChroniqueLe Maroc n’échappe pas à cette damnation. Depuis des mois, des enfants de rue marocains traînent dans des quartiers de Paris, livrés à eux-mêmes, ressemblant à ces gamins syriens qui mendient aux feux rouges. C’est une honte.

Le 07/05/2018 à 10h58

«Regain d’activité des mafias d’immigration clandestine sur les côtes marocaines du Nord. Après avoir déserté les côtes libyennes, ces réseaux font de plus en plus de victimes au Maroc». Ce constat, publié sur le360, suivi de chiffres de morts entre le Maroc et l’Espagne, est terrible. Il n’est pas nouveau. Toujours tragique. On a envie de crier «Assez!» et de crier aussi face aux autorités et à la société civile «Faites quelque chose!».

On peut prendre le problème par tous les côtés, on aboutit toujours à la mafia, organisation qui spécule sur la vie et la mort de personnes en détresse, qu’elle dépouille et jette à la mer sans le moindre scrupule. Cette mafia est constituée d’individus méprisables, des minables qui, telles des charognes, se nourrissent du malheur des autres. Ils sont connus ou du moins facilement repérables.

En attendant que les pays d’où viennent ces milliers de désespérés réussissent à donner du travail à l’ensemble de leur population, il est possible de s’attaquer aux esclavagistes qui se font de l’argent sur le destin brisé des malheureuses personnes.

On connaît l’efficacité et le sérieux de la police marocaine. Il faut juste que les responsables lui demandent de débarrasser le pays de ces vermines qui collent à la peau du malheur comme des bêtes affamées.

L’Europe pourrait aussi contribuer à cette guerre contre cette mafia. Il faudrait une concertation et un programme d’investissement dans des pays de l’Afrique subsaharienne, dont certains ont assez de ressources et de richesses pour qu’ils ne soient plus quittés par des hommes et des femmes qui crèvent la misère. On peut citer des pays riches comme le Nigeria, le Gabon ou même l’Algérie.

Ces immigrés clandestins, quand ils survivent, constituent une attestation de la faillite des pays d’où ils viennent. Le Maroc n’échappe pas à cette damnation. Depuis des mois, des enfants de rue marocains traînent dans des quartiers de Paris, livrés à eux-mêmes, ressemblant à ces gamins syriens qui mendient aux feux rouges. C’est une honte. En Italie, ils sont nombreux, notamment dans le Piémont. Les Marocains, installés légalement ou clandestins sans papiers, ont mauvaise réputation. En Italie, «Marocain» est synonyme de voleur et pour certains de violeur, rappelant ce qui s’était passé durant la Seconde Guerre mondiale à Monte Cassino, où des goumiers marocains ont violé beaucoup de femmes après la bataille. Un film de Vittorio De Sica «La Ciocciara», avec Sophia Loren, raconte cette triste histoire.

Notre diplomatie est au courant de cette réputation qui n’arrange pas l’image de notre pays. Pourtant c’est simple. Il faudrait renforcer la vigilance aux frontières, car ces jeunes gens, et parfois ces enfants, partent du Maroc cachés dans des camions comme des marchandises. Ensuite, pour payer leur voyage, ils deviennent des esclaves de la petite et grande mafia italienne où des Marocains bien installés ont trouvé leur place. A Turin, des enfants traînent aux alentours d’un grand marché. Ils sont prêts pour n’importe quelle occupation.

Des études nous disent qu’il y aura de plus en plus de mouvements de déplacement humain. L’avenir, surtout si rien n’est entrepris pour stopper ce mal à la racine, est aux migrations sauvages, tragiques. Que ce soit à cause des conditions économiques ou des changements climatiques, des millions d’hommes et de femmes migreront. Aucun pays d’Europe n’est en mesure d’accueillir toute cette humanité frappée par la faim. C’est en ce sens qu’une coopération entre les pays du Nord et ceux du Sud s’impose de plus en plus. La répression, la surveillance, la mort ne décourageront pas ces nouveaux damnés de la terre.

En 1862, Victor Hugo, écrivait pour justifier son œuvre monumentale, chef d’œuvre universel «Les Misérables» ces lignes en début du roman: «Tant qu’il existera, par le fait des lois et des mœurs, une damnation sociale créant artificiellement, en pleine civilisation, des enfers, et compliquant d’une fatalité humaine la destinée qui est divine; tant que les trois problèmes du siècle, la dégradation de l’homme par le prolétariat, la déchéance de la femme par la faim, l’atrophie de l’enfant par la nuit, ne seront pas résolus; tant que dans certaines régions, l’asphyxie sociale sera possible; en d’autres termes, et à un point de vue plus étendu encore, tant qu’il y aura sur la terre ignorance et misère, des livres de la nature de celui-ci pourront ne pas être inutiles.»

Ce constat est toujours valable, avec cependant le sentiment qu’un tel livre, nous concerne tous et, s’il n’est pas inutile, ne suffit pas à régler l’un des problèmes parmi les plus cruels de notre temps. Comme le signale aussi Hugo en fin de volume: «Ce livre n’est autre chose qu’une protestation contre l’inexorable». 

De son côté le grand écrivain italien Claudio Magris, écrit dans un livre collectif «Osons la fraternité» (Ed. Philippe Rey), qui paraît aujourd’hui, ceci: «Les réfugiés qui arrivent sur nos côtes, dans nos pays, appartiennent à ces exclus d’avance, à ces coureurs de fond condamnés à partir dans la course pour la vie quand les autres sont déjà presque arrivés, et donc perdants avant même que soit lancée la compétition».

L’homme continuera d’introduire l’irréparable dans le monde avec arrogance et brutalité, pendant que d’autres, à l’âme généreuse et humaine, se battront contre l’inexorable.

Par Tahar Ben Jelloun
Le 07/05/2018 à 10h58

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1862 c'est la date de parution d'un livre qui appréhendait dejà la misère de la plus belle des manières : les mots ( ils précèdent en effet les actes). Et l'analyse de Victor Hugo fait encore et plus que jamais écho à notre époque... Erradiquer la misère est utopique mais tenter de la rendre moins banale est réalisable : merci Monsieur Ben Jelloun.

Les Misérables.... Mon père, Sergent-chef Mohamed Ben Salem Lahlali a ‘fait’ la compagne d’Italie durant la deuxième guerre mondiale au sein du 4em Régiment de Tirailleurs Marocains, du Corps Expéditionnaire Français, sous commande des Forces Alliées ; et il n’a violé personne. Au contraire, comme des MILLIERS de soldats Marocains, il avait pitié pour les Italiens durant la guerre. Lui, ses frères d’armes, de toutes les nationalités; donnaient une partie de leurs maigres rations, aux petits orphelins mourants de faim, que les femmes Italiennes montraient aux soldats pour susciter leur sympathie, et mendier de quoi manger. Des Marocains qui ont aidé des centaines de villageois durant l’éruption de Vesuvius. Ces braves soldats Marocains qui ont soufferts énormément dans cette compagne maudite d’Italie afin de chasser les Nazis de ce pays

Et le travail inhumain des femmes mulets ? Quelle souffrance et quel calvaire !

@Zouzou le franco-algérien hypocrite qui vit grâce aux aides sociales de Mama Fransa sans laquelle tu ne serais rien ni personne et certainement dans ta ripouxland. Ces femmes marocaines mulets travaillent durement et rapportent de l'argent à leur famille . Je ne dis pas que c'est parfait, loin de là , mais il faut mieux ça que la grande gueule et la fainéantise internationale des bras cassés algériens. Si tu veux voir des femmes mulets algériennes, il te suffit de retourner dans ton riche pays que tu as fui pays et tu en verras plein en pays chaoui, des femmes qui font ça depuis des siècles. Malheureusement pour toi, les gens repèrent vite votre odeur et cervelle de fennec.

Je ne comprends pas. Pourquoi parler d'enfants marocains dans les rues de ville européennes plutôt que ceux qui traînent dans nos propres villes (Casablanca, Tanger, Rabat, etc...)? Car attention: on pourrait croire que l'on se préoccupe plus de l'image du Maroc à l'étranger que du sort des enfants marocains eux-mêmes!

La rue, avec tous ses dangers, est la pire des écoles et constitue un danger intérieur pour toute société. Ce phénomène reflète les divers problèmes socio-économiques d'un pays. Il y a un proverbe marocain qui dit """ sans argent, il n'y a rien """ et c'est ça le vrai drame du Maroc ( dont le PÏB reste modeste ) où il faudrait revoir entièrement la fiscalité ( et la politique des subventions) de même que surveiller de très près les corruptions. Divers pays européens ( comme la Suède, la France etc...) ont sérieusement attiré l'attention des autorités marocains ( mais aussi d'autres pays du Maghreb, d'Afrique ou d'Europe centrale ) sur ces enfants mineurs "" Harrags "" mais celles-ci sont restées très passives faute de solutions. Les MRE ou comme les touristes étrangers sont souvent choqués en voyant au Maroc des gamins et des gamines trainer dans les rues parfois à des heures tardives alors que leur place devrait être à la maison dans leur lit ou à l'école sous la surveillance de leurs parents ou encadrés par des adultes formés à ça. Au Maroc, il faudrait même des écoles pour certains parents et, si nécessaire, il faudrait sévir contre les parents totalement irresponsables.

Vous avez raison c'est une honte pour l'image de notre pays ?

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