C’est un travail de fourmi qui s’articule comme une véritable course contre la montre. Face à la pluie et au soleil qui rongent inlassablement les inscriptions funéraires, le Dr Yohanan Ouaknine et son équipe de bénévoles ont répertorié à ce jour, plus de 33.000 sépultures à travers 38 communautés, de Tanger jusqu’aux confins du Sahara Marocain. Les plus anciennes de ces traces mémorielles remontent à l’année 1713.
Cette démarche mémorielle inédite vient prolonger de manière numérique les efforts physiques de réhabilitation menés sur le terrain. Elle fait directement écho au programme royal de préservation des cimetières juifs du Maroc, baptisé «Les Maisons de la Vie». Lancée en 2010 par le roi Mohammed VI et mise en œuvre par la communauté israélite, cette initiative a déjà permis la restauration concrète de 167 nécropoles à travers le pays. Avec Yahasra.org, le Dr Ouaknine, natif de Rabat et professeur de méthodes de recherche, souhaite sanctuariser ce souvenir pour qu’il devienne éternel, offrant aux générations futures un accès inaltérable à leurs racines.
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La grande force de ce projet réside dans son utilisation innovante de l’intelligence artificielle. Pour pallier la dégradation des sépultures, un système simple et participatif a été mis en place: il suffit d’envoyer la photographie ancienne ou abîmée d’une tombe via un lien WhatsApp dédié, en précisant le cimetière concerné. L’intelligence artificielle prend alors le relais pour analyser, déchiffrer et enregistrer automatiquement les inscriptions que l’œil humain ne peut plus lire.
L’autre défi majeur était d’ordre linguistique et patronymique. Le judaïsme marocain se caractérise par une immense diversité dans la transcription des noms de famille, selon qu’ils aient été enregistrés en hébreu, en français ou en espagnol. Pour y répondre, l’équipe a développé un algorithme spécifique capable de lier et de retrouver les multiples variantes d’un même patronyme, qu’il s’écrive Ouaknine, Oiknine, Aknin ou Waknine. Cette prouesse technique permet aux familles de la diaspora de reconstituer leur arbre généalogique en quelques clics.
Au-delà de sa dimension purement mémorielle, la plateforme constitue une mine d’or pour le tourisme culturel et cultuel. Le Maroc accueille chaque année près de 70.000 voyageurs de confession juive, pour qui la quête des ancêtres est un puissant moteur de voyage. En recensant également les dates et les lieux des Hilloulot, ces célébrations annuelles honorant plus de 1.400 saints juifs (Tsaddikim) enterrés sur le sol marocain, le site devient un guide indispensable pour les pèlerins.
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Le projet revêt par ailleurs une importance académique de premier plan. Développé en collaboration avec l’Open University of Israël, il sert de support à une recherche approfondie sur les corrélations historiques entre les patronymes et les territoires marocains. Accessible en quatre langues, la base de données reste ouverte aux chercheurs du monde entier.
Alors que l’on estime à 300.000 le nombre total de sépultures juives au Maroc, l’équipe s’est déjà fixé un nouvel horizon: atteindre la barre des 50.000 fiches d’ici 2027, en concentrant ses efforts sur les sites du Tafilalet et du grand Sud.




