Prisons: un surpeuplement persistant

Des détenus dans une prison.

Des détenus dans une prison.

Revue de presseLe dernier rapport de la Délégation générale à l’administration pénitentiaire et à la réinsertion (DGAPR) révèle une légère amélioration des conditions carcérales en 2025, sans pour autant que la crise structurelle du surpeuplement soit résolue. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien Al Ahdath Al Maghribia.

Le 06/05/2026 à 19h18

Le taux d’occupation des établissements pénitentiaires a reculé à 153% en 2025, contre 161% l’année précédente. Un progrès modeste, qui ne masque pas l’ampleur du problème: malgré une capacité d’accueil de 64.000 lits, les prisons marocaines, réparties sur 178.000 mètres carrés, abritent toujours un nombre de détenus largement supérieur à leurs infrastructures, relève le quotidien Al Ahdath Al Maghribia dans son édition du jeudi 7 mai. Cette baisse s’explique principalement par une mesure exceptionnelle, la grâce royale, plutôt que par une transformation structurelle. En un an, 24.598 personnes en ont bénéficié, dont 17.258 lors d’une grâce collective en juillet 2025 et 7.340 à l’occasion d’événements religieux et nationaux. «Ces chiffres, bien que porteurs d’une dimension humanitaire, ont eu un impact immédiat, mais le taux global de surpeuplement reste élevé, reflétant un afflux continu de détenus à un rythme dépassant les capacités d’accueil», souligne le rapport.

Parallèlement, les peines alternatives émergent comme un levier clé de la réforme. Depuis l’entrée en vigueur de la loi 43.22 le 22 août 2025, 1.001 jugements prononçant des peines alternatives ont été enregistrés au cours des quatre premiers mois, couvrant 1.077 sanctions et permettant la libération de 606 détenus. «Ces données, comparées à l’effectif carcéral, révèlent toutefois l’impact limité de cette mesure à court terme», nuance le document. Des difficultés d’application persistent, avec des cas de non-respect des obligations, illustrant les défis culturels et institutionnels du passage des peines privatives de liberté à leurs alternatives. Pour renforcer ce chantier, une structure administrative dédiée a été créée, mobilisant 368 agents et développant un système informatique de suivi.

Globalement, 98.446 personnes ont été incarcérées en 2025, tandis que 104.485 ont été libérées, un indicateur positif marquant une accélération des sorties par rapport aux entrées. Outre les fins de peine et les grâces, les libérations conditionnelles, les mises en liberté provisoire, les sanctions non carcérales et les décisions de libération anticipée ont contribué à cette dynamique. Sur le plan sanitaire, des avancées notables sont enregistrées, avec la création d’une direction centrale de la santé pénitentiaire, la généralisation du dossier médical électronique et l’adoption de la télémédecine, souligne Al Ahdath Al Maghribia. Un diplôme universitaire spécialisé en médecine carcérale a également été lancé pour former les professionnels.

En matière de réinsertion, les programmes se sont élargis: 22.000 détenus ont bénéficié du programme «Mousalaha» depuis son lancement.

Sur le volet sécuritaire, le rapport met en avant «l’absence totale d’évasions pendant deux années consécutives», un résultat attribué à la généralisation des systèmes de vidéosurveillance et au classement des détenus selon leur niveau de dangerosité. Les effectifs du secteur pénitentiaire ont atteint 15.623 agents. «Malgré un renforcement des effectifs, la densité carcérale reste un facteur de pression, imposant aux équipes des défis quotidiens dépassant parfois leurs capacités humaines et logistiques», reconnaît la DGAPR.

Enfin, le rapport note une «présence limitée de données précises sur les femmes détenues», tant en termes d’effectifs que d’accès aux programmes, malgré les spécificités de cette population, notamment pour les mères et leurs enfants. «L’intégration de la dimension genre en est encore à ses débuts et n’a pas atteint un niveau d’analyse institutionnelle approfondi», conclut le document.

Par La Rédaction
Le 06/05/2026 à 19h18