Sous la plume du journaliste Daniel Robson, l’article s’appuie notamment sur des enregistrements et échanges privés diffusés par le groupe Atlas Hacks pour décrire les méthodes qui auraient permis à Jerando d’exercer des pressions sur certaines de ses cibles tout en entretenant des relations avec des intermédiaires liés à des réseaux criminels.
Selon le Western Standard, les éléments diffusés permettent surtout de comprendre une méthode. Des intermédiaires auraient été chargés de recueillir des informations sur des personnes liées au milieu de la drogue, notamment sur leurs activités et leurs familles, avant de transmettre ces éléments à Jerando. Celui-ci les aurait ensuite utilisés pour alimenter ses campagnes sur les réseaux sociaux, sous couvert de dénoncer la corruption ou la criminalité.
Le média canadien affirme qu’une fois la pression exercée sur une cible, des contacts directs, ou par l’intermédiaire de tiers, pouvaient intervenir afin de négocier l’arrêt de la campagne ou le retrait de certains contenus contre une contrepartie financière.
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Le mécanisme fonctionnerait également dans l’autre sens. Des personnes présentées comme appartenant à des réseaux de narcotrafic auraient fourni à Jerando des noms, photographies et informations sur leurs propres concurrents afin d’alimenter des campagnes contre eux.
Le média estime ainsi que les plateformes de Jerando ont été utilisées pour alimenter les rivalités entre acteurs du trafic de drogue.
Le recours à plusieurs intermédiaires aurait permis de maintenir une certaine distance entre Jerando, les personnes ciblées et les flux financiers.
L’article cite notamment le cas de Reda Al-Amadi, présenté comme un trafiquant de drogue ayant déjà purgé une peine de prison. Après que Jerando s’en est pris publiquement à Al-Amadi et à des membres de sa famille, un intermédiaire identifié comme Rachid Al-Radi, surnommé «Rachid le Sahraoui», serait intervenu dans les contacts avec la famille.
Une conversation diffusée dans les fuites montre ensuite Jerando s’adressant directement à Al-Amadi et lui indiquant qu’une contribution financière était attendue de sa part, «comme les autres».
D’autres échanges montrent Rachid Al-Radi recueillant des informations sur de potentielles cibles et évoquant la possibilité d’identifier des personnalités plus importantes susceptibles de faire l’objet de campagnes similaires.
Le média canadien cite également Adel Madhoub, connu sous le surnom d’«Amsterdam» et présenté dans les échanges comme une personne impliquée dans le trafic international de stupéfiants.
Selon les éléments rapportés, Madhoub aurait transmis à Jerando des photographies et des informations concernant d’autres trafiquants, et demandé que des campagnes soient menées contre eux. Jerando aurait, en retour, sollicité davantage de renseignements sur d’autres figures importantes du milieu.
Les échanges auraient également porté sur la situation de Madhoub à Casablanca, celui-ci se plaignant d’être recherché par les autorités. Jerando aurait alors affirmé disposer de contacts dans l’environnement du renseignement marocain auxquels il pourrait faire appel.
Pour le Western Standard, ces déclarations auraient servi à entretenir auprès de certains interlocuteurs l’image d’un homme disposant de relais et d’une capacité d’intervention auprès des autorités.
Des paiements qui passent par la Turquie
L’article revient également sur des échanges impliquant Mustapha El Harouachi, présenté comme un intermédiaire évoluant dans des milieux liés au narcotrafic et au trafic.
Les enregistrements évoquent une rémunération de Jerando calculée en fonction des bénéfices réalisés dans des opérations de trafic après que des concurrents ont été ciblés.
Un autre échange concerne Amine El Ghazoui, présenté comme impliqué dans le trafic international de drogue. Celui-ci aurait négocié avec Jerando au sujet de publications concernant son père, Abdelouahed El Ghazoui.
Le média affirme qu’un arrangement portant sur 200.000 DH a été évoqué en contrepartie du retrait de contenus et de la fin des références au père et à une zone associée à ses activités de trafic.
Le paiement ne devait pas être effectué directement au Canada, mais versé à un intermédiaire en Turquie.
Une autre fuite aurait ensuite révélé une conversation directe entre Jerando et Abdelouahed El Ghazoui, arrêté le 30 juillet dans le cadre d’une enquête liée à l’affaire d’«Escobar du Sahara».
La Turquie apparaît également dans un autre volet des révélations rapportées par le Western Standard: celui du trafic de migrants.
Selon l’article, certaines conversations font état de sommes qui auraient été destinées à financer des dispositifs permettant le passage clandestin de migrants depuis la Turquie vers l’Europe, notamment de Marocains, de Syriens et de ressortissants d’autres pays.
Le média cite à ce sujet un intermédiaire présenté sous le nom de Fouad Birkan Soustam.
Les éléments rapportés dessinent ainsi, selon le journaliste, un système dans lequel les circuits financiers liés à des personnes impliquées dans le narcotrafic et ceux liés au trafic de migrants pourraient se croiser, avec des intermédiaires établis dans différents pays.
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Le Western Standard rappelle par ailleurs avoir déjà consacré un article aux relations entre Hicham Jerando et Mehdi Hijaouy, ancien agent marocain du renseignement présenté comme recherché dans le cadre d’une affaire de criminalité financière.
Selon le média canadien, Hijaouy aurait recruté Jerando pour mener, depuis le Canada, une campagne numérique destinée à cibler certaines personnes et à détourner l’attention de ses propres problèmes judiciaires.
Le nouvel article replace ces révélations dans un contexte plus large et affirme que les communications attribuées à Jerando font apparaître d’autres relations avec des personnes présentées comme appartenant à des milieux criminels.
Le média revient également sur une référence attribuée à Jerando à des personnes qu’il aurait présentées comme appartenant à la «mafia canadienne».
Un passé judiciaire déjà documenté au Canada
Le Western Standard rappelle que Jerando a déjà fait l’objet de procédures judiciaires au Canada.
Une décision de la Cour supérieure du Québec avait notamment conclu qu’il s’était présenté comme un lanceur d’alerte disposant d’enquêteurs, alors qu’il relayait des accusations provenant de sources isolées sans vérification indépendante.
Cette affaire avait conduit à l’octroi de plus de 164.000 dollars canadiens de dommages et intérêts à une personne visée par une campagne de diffamation.
Le média rappelle également que le youtubeur a fait l’objet de sanctions pour non-respect d’ordonnances judiciaires, avec notamment des peines d’emprisonnement, des amendes et des travaux communautaires.
Ces précédents judiciaires donnent un éclairage particulier aux méthodes décrites dans les communications aujourd’hui diffusées.
L’article s’intéresse également aux activités commerciales de Jerando au Canada. Des registres d’entreprises montréalais l’ont notamment associé à Jerando Fashion and Services J.T.D.
Le Western Standard prend toutefois soin de préciser que les fuites citées dans son article ne démontrent pas que ces entreprises auraient reçu de l’argent provenant des activités évoquées.
Le journaliste estime néanmoins que les éléments disponibles pourraient justifier, selon lui, un examen des activités commerciales, des comptes bancaires, des transferts financiers, des partenaires et des sources de revenus de Jerando.
L’objectif serait notamment de déterminer si certaines structures commerciales ont pu servir de relais financiers pour des revenus illicites. Là encore, le média présente cette hypothèse comme une piste d’enquête et non comme un fait établi.
Le Western Standard s’interroge sur l’absence, à ce stade, d’une enquête canadienne rendue publique à la suite des révélations concernant un opérateur installé au Canada et dont les communications présumées feraient apparaître des contacts avec des personnes liées au narcotrafic, des intermédiaires étrangers et des circuits financiers internationaux.
Cette interrogation est d’autant plus appuyée par les déclarations publiques de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) sur sa coopération avec le Maroc.
Dans des réponses accordées en juin à Hespress, la GRC avait souligné l’importance de son partenariat avec la DGSN et la DGST marocaines et confirmé la présence d’un officier de liaison au Maroc. Elle avait également indiqué que la coopération entre les deux pays concernait notamment la criminalité organisée, le trafic de drogue, la fraude et la criminalité économique.
Le Western Standard relève donc un paradoxe. Alors que les autorités canadiennes présentent la lutte contre la criminalité transnationale comme une priorité, une partie des éléments rapportés dans cette affaire concerne précisément un opérateur installé au Canada et des réseaux, demeurés impunis, s’étendant sur plusieurs pays.



