La mission parlementaire d’enquête provisoire sur la médecine légale au Maroc dresse un tableau alarmant. Son rapport, rendu public par Saïd Baaziz, président de la Commission de la justice et de la législation, a été publié à la dernière minute, alors que le mandat de l’actuel parlement touchait à sa fin. La mission était présidée par la députée Malika Zekhnini, avec Houria Didi comme rapporteure.
Le document met en lumière trois grands dysfonctionnements: un déficit criant en ressources humaines, une répartition territoriale déséquilibrée et un manque d’équipements adéquats. Ces carences contrastent avec une demande en hausse constante, portée par la multiplication des affaires criminelles nécessitant des autopsies.
Les chiffres sont éloquents. Fin 2024, le Maroc ne comptait que 28 médecins légistes spécialisés: 16 professeurs universitaires exerçant dans les CHU et 12 spécialistes répartis dans les hôpitaux régionaux. À cela s’ajoutent 172 médecins non spécialisés, mobilisés ponctuellement pour des autopsies peu complexes. Rapporté à la population, cela représente à peine 4,7 médecins légistes par million d’habitants.
La question de la rémunération éclaire en partie ce désintérêt: 30 dirhams pour une observation sans autopsie, 100 dirhams pour une autopsie avant enterrement, 150 dirhams pour une autopsie après déterrement. Des tarifs dérisoires qui n’incitent guère les médecins à se spécialiser dans ce domaine.
Sur le plan logistique, seuls 7 CHU et 4 hôpitaux régionaux disposent d’équipements à peu près adaptés aux opérations d’autopsie. Le ministère de la Santé travaille actuellement à l’équipement des 108 morgues dont il dispose. Une urgence, au regard des chiffres de 2024: 14.830 autopsies et 10.653 examens de visu ordonnés par le parquet général sur la seule année écoulée.




