L’intervention du ministre de l’Enseignement supérieur Azzedine Midaoui, hier lundi 26 octobre durant la séance des questions orales à la chambre des représentants, a créé une vive polémique. L’organisation marocaine pour les droits des femmes en situation de handicap a dénoncé un «dérapage verbal» et une «discrimination combinée».
Dans son intervention sur la justice territoriale et la carte universitaire, le ministre a argumenté l’impossibilité actuelle pour son département de créer des universités dans chaque région du Maroc. Il a alors déclaré: «Prendre un étudiant dans une province, lui créer des établissements universitaires dans cette même province, pour qu’il y vive, s’y marie, et y reste... Est-ce que cette province a les qualifications pour l’employer ? Ne créons-nous pas un danger pour notre société et son brassage ? Est-ce que la mobilité qui existe aujourd’hui dans toutes les universités internationales, qui est une question très importante, la mobilité internationale, et non la mobilité nationale ou régionale ? Sinon, nous allons commencer à faire comme un “mariage mongolien”…» C’était le mot de trop.
Dans son communiqué, l’organisation rappelle que ce type de comportement, venant d’un responsable gouvernemental chargé de diffuser la pensée scientifique et la culture des droits, constitue une chute morale, juridique et constitutionnelle grave, impossible à tolérer ou à justifier. Elle structure sa condamnation autour de trois axes.
D’abord, cette structure de la société civile, rejette un «vocabulaire colonial et biologisant», l’usage de termes obsolètes et stigmatisants comme le «mongolisme» qui réduisent l’être humaines à ses caractéristiques biologiques et ethniques et replongent dans des théories de «déterminisme génétique», longtemps réfutées longtemps par la science et les instances internationales.
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L’organisation rappelle également que «ce type de déclaration bafoue le préambule de la Constitution du pays, qui interdit et combat formellement toute discrimination liée au handicap, à la race ou au genre. Elle contredit également l’article 34 de la même Constitution, qui enjoint aux autorités publiques de prendre en charge, de réhabiliter et d’intégrer les personnes en situation de handicap dans la vie sociale et culturelle».
Sans oublier que l’utilisation de cette expression témoigne d’une forme de rupture avec les engagements internationaux. Le Maroc a ratifié en 2009 la Convention internationale relative aux droits des personnes handicapées. Son article 8 impose explicitement de sensibiliser la société et de lutter contre les stéréotypes, ainsi que contre toute stigmatisation verbale ou symbolique.
Des exigences fermes formulées par la société civile
Pour réparer cette atteinte à la dignité des personnes en situation de handicap, l’organisation a formulé une série de demandes urgentes à l’adresse des autorités:
-Une présentation d’excuses officielles et publiques de la part du ministre, adressée aux personnes en situation de handicap, à leurs familles et à l’ensemble du peuple marocain au sein du Parlement.
-Le retrait immédiat de l’expression discriminatoire des procès verbaux officiels et des rapports de la séance par le président de la Chambre des représentants et les commissions concernées.
-L’activation de la responsabilité institutionnelle, en appelant la Cheffe du gouvernement à afficher une position ferme et à encadrer le discours gouvernemental pour prévenir de futurs dérapages portant atteinte à la dignité des citoyens.
L’organisation a conclu sa tribune en rappelant que «la dignité d’une personne en situation de handicap n’est ni un sujet de plaisanterie ni un simple jeu de mots irresponsable».




