La ferraille de Salmia: quel avenir pour le premier marché de pièces automobiles d’occasion en Afrique?

أكبر سوق لبيع قطع غيار السيارات المستعملة في إفريقيا.. ما مصير "لافيراي" السالمية بالدارالبيضاء؟

Vue du marché de pièces détachées de Salmia, où les opérations de libération du foncier ont débuté lundi 13 avril 2026. (S.Belghiti/Le360)

Le 16/04/2026 à 08h00

VidéoLe plus grand marché de pièces d’occasion d’Afrique, situé à Salmia (Sbata), est en cours de démolition pour laisser place au futur stade Tessema. Malgré les promesses de transfert, les commerçants font face à une impasse logistique et une grande confusion sur leur avenir. Reportage.

Depuis le mardi 14 avril 2026, une vive tension règne sur le site de la ferraille à Salmia, à Casablanca. Les autorités locales y ont lancé une vaste opération d’évacuation, exigeant des commerçants la libération immédiate des locaux et des trottoirs afin de permettre l’intervention des engins de chantier.

Ce réaménagement d’envergure vise, selon plusieurs témoignages recueillis sur place, à libérer l’assiette foncière nécessaire à la construction d’un nouveau stade de 30.000 places. Ce projet, piloté par la Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF), devrait être achevé à l’horizon 2028.

Malgré les injonctions, les commerçants dénoncent l’absence d’alternative concrète. Soufiane Aziz, président de Fédération nationale des importateurs et vendeurs de pièces de rechange d’occasion, rapporte la position qui leur a été transmise par les autorités: «Elles nous ont assuré que le dossier de transfert est bien ficelé et que nous serons relogés à Médiouna. Selon les autorités locales, ce que nous vivons depuis mardi n’est qu’une simple mesure logistique pour garantir le bon déroulement de l’opération.»

Pourtant, sur le terrain, la situation est dans l’impasse. Les professionnels, qui exploitent plus de 1.200 locaux, font face à un vide logistique total. «Une fois la marchandise sortie du marché, nous n’avons aucun endroit où la stocker. Dès que nous franchissons le périmètre, les autorités interviennent pour nous interdire tout dépôt», déplore un commerçant rencontré sur place.

Faute de site de recasement, les commerçants voient leurs pertes financières s’alourdir. Sous la menace imminente des bulldozers, certains n’ont d’autre choix que de brader leurs stocks à des prix dérisoires pour éviter une destruction totale.

«Quelqu’un qui a acheté une voiture pour 40.000 DH est aujourd’hui obligé de la revendre pour 5.000. C’est une honte, franchement. On ne sait pas si ces gens se moquent de nous, on ne comprend pas comment ils nous traitent. Nous sommes des commerçants, les autorités doivent communiquer avec nous», explique un commerçant.

L’inquiétude est d’autant plus vive que le modèle économique de la ferraille repose sur la continuité. Comme le souligne un autre professionnel: «Notre métier exige de la continuité. On ne peut pas nous demander de plier bagage dans un délai de trois jours ou d’un mois sans solution. Beaucoup de nos stocks, notamment les moteurs, représentent des investissements colossaux. Sans un transfert vers un site adapté, c’est tout un secteur qui risque de s’effondrer.»

Face à ces incertitudes, les commerçants réclament une planification plus transparente. «S’il doit y avoir un transfert, communiquez-nous les dates et montrez-nous un lieu d’accueil concret», ajoute un autre représentant. «Nous sommes prêts à suivre les décisions, mais nous devons savoir où stocker nos marchandises.»

Par Achraf El Hassani et Sif Belghiti
Le 16/04/2026 à 08h00