Le projet de création d’une nouvelle gare routière hors du périmètre urbain de Fès, précisément dans la commune d’Aïn Chkef dans la province de Moulay Yaâcoub, provoque un vif débat sur l’accessibilité des services publics. Ce chantier, censé moderniser les infrastructures, est devenu une source d’inquiétude majeure pour les professionnels du transport et les usagers, qui redoutent une explosion des coûts de déplacement et l’éloignement de ce centre névralgique.
Lors d’une session extraordinaire tenue le mardi 7 avril, le conseil communal de Fès a approuvé une convention de partenariat pour la construction de cette structure de «nouvelle génération». Le budget global avoisine les 300 millions de dirhams, dont 100 millions apportés par la commune de Fès, pour un édifice s’étendant sur six hectares à l’entrée de la ville via l’autoroute.
Cependant, l’emplacement choisi cristallise les tensions. Plusieurs citoyens ont confié leurs craintes concernant l’impact financier de ce transfert. Pour beaucoup, la gare actuelle permet des déplacements quotidiens à moindre coût, tandis que la nouvelle localisation obligerait les bourses modestes à multiplier les correspondances coûteuses.
Dans ce contexte, Azzedine, professionnel à la gare de Bab Mahrouk, estime que l’emplacement actuel est stratégique de par sa proximité avec la Médina et les quartiers vivants comme Sidi Boujida ou Akdal. Selon lui, le problème ne réside pas dans le lieu, mais dans le manque d’entretien. Il s’interroge: «Pourquoi dépenser un budget colossal pour construire une nouvelle gare dans une autre province, au lieu d’allouer une partie de cette somme à la réhabilitation de la gare actuelle tout en préservant son emplacement vital?»
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De son côté, Mohammed Merabet, représentant de l’Association des œuvres sociales des employés de la gare routière, précise que les professionnels ne sont pas opposés à la modernisation, mais exigent le respect du pouvoir d’achat des usagers réguliers, notamment les artisans et les commerçants. Il ajoute: «Comment est-il concevable que le citoyen soit contraint de se rendre à la nouvelle gare via des transports supplémentaires, pour un coût qui pourrait dépasser le prix du voyage lui-même?»
Le représentant syndical a également soulevé la question de la perte de revenus pour la commune de Fès, le projet se situant désormais sur un autre territoire administratif. Pour lui, la rénovation du site actuel, en y intégrant le savoir-faire des artisans pour refléter l’authenticité de la ville, reste l’option la plus viable pour soutenir la dynamique touristique et économique des portes de Fès El Bali.




