Corniche de Casablanca: début de l’opération coup de poing contre des établissements emblématiques construits illégalement

La commission chargée de conduire l’opération de contrôle des établissements et des occupations irrégulières en infraction au plan de l’Agence urbaine sur la Corniche Aïn Diab de Casablanca à son arrivée devant un club de voile lundi 13 avril 2026. (S.Bouchrit/Le360)

Les autorités de Casablanca ont enclenché, ce matin du lundi 13 avril, une opération d’une ampleur inédite contre les occupations irrégulières du littoral, du Phare El Hank au Morocco Mall. Le dispositif concerne les établissements les plus emblématiques de la côte.

Le 13/04/2026 à 11h37

Ce lundi 13 avril marque le lancement officiel de la plus vaste opération de contrôle des établissements et des occupations irrégulières en infraction au plan de l’Agence urbaine jamais engagée sur la Corniche de Casablanca. Assainissement foncier, démantèlement des constructions anarchiques, retrait des autorisations commerciales non conformes: la manœuvre, pilotée sous l’autorité du wali Mohamed Mhidia, cible les enseignes les plus emblématiques de la corniche.

Le périmètre est considérable: 6,7 kilomètres de façade littorale, allant du Phare El Hank jusqu’au Morocco Mall. Autrement dit, le cœur visible, fréquenté et symbolique d’un front de mer qui concentre à la fois l’attractivité, les intérêts économiques, les habitudes de consommation et, depuis longtemps, les irrégularités les plus sensibles.

Trois niveaux d’infraction, une cartographie de l’irrégularité

Le dispositif prévu repose sur une lecture méthodique des infractions, réparties en trois niveaux distincts, qui dessinent à eux seuls la profondeur du désordre accumulé sur le littoral.

Premier niveau: l’assainissement foncier. Il vise l’ensemble des établissements, qu’ils relèvent du privé ou des Domaines de l’État, qui empiètent, partiellement ou intégralement, sur le domaine maritime. Le principe est clair: ce qui a été édifié, en tout ou en partie, sur cette emprise doit revenir aux Domaines maritimes. La nature du titre initial ne suspend pas la règle.

Deuxième niveau: le contrôle des infractions urbanistiques. Ici, les autorités regardent au-delà du seul rivage. Sont visées toutes les constructions qui longent le boulevard de la Corniche et qui ne figurent pas sur le plan d’aménagement, qu’elles empiètent ou non sur le domaine maritime. La bataille ne porte pas seulement sur la mer, mais aussi sur la légalité de ce qui a été autorisé avec impunité, ajouté, transformé ou maintenu en dehors des règles d’urbanisme. C’est une remise à niveau du paysage bâti de la corniche d’Aïn Diab.

Troisième niveau: le contrôle des autorisations commerciales. Les établissements et commerces bénéficiant d’autorisations non réglementaires sont eux aussi dans le viseur. Là encore, le message est limpide: les irrégularités d’exploitation ne survivront pas sous prétexte qu’elles se sont installées dans les habitudes. Les autorisations non conformes seront retirées.

Cette triple approche permet de comprendre pourquoi l’opération prend une dimension exceptionnelle. Elle ne se contente pas de viser des murs. Elle examine les titres, les plans, les usages, les occupations, les extensions, les terrasses, les commerces surplombants et l’ensemble des dispositifs qui ont permis, au fil des ans, de transformer une partie du littoral en mosaïque de situations plus ou moins tolérées.

Les établissements concernés

La liste des établissements concernés, consultée par Le360, donne la mesure du chantier. Nous ne donnerons ici que les plus emblématiques, mais tous les locaux du périmètre s’étendant du Phare El Hank jusqu’au Morocco Mall seront contrôlés. Le pub La Cascade, malgré un titre foncier privé, est présenté comme construit entièrement sur le domaine maritime et doit, à ce titre, être récupéré par les domaines maritimes. Les complexes saisonniers Tahiti, Miami et Tropicana, qui relèvent des domaines de l’État, sont décrits comme intégralement bâtis sur le domaine maritime et appelés à connaître le même sort. Venezia, également rattaché aux domaines de l’État, doit faire l’objet d’une vérification de conformité au plan d’aménagement.

D’autres établissements sont cités comme n’empiétant que partiellement sur le domaine maritime, ce qui n’atténue nullement la gravité des infractions au regard de l’opération engagée. C’est le cas du DjaDja Afro Club, de Babylone, du restaurant-café N’zaha, de La Réserve, du Club des Clubs, du Crépuscule ou encore de O Palm. Tous sont annoncés comme devant faire l’objet d’une récupération, au moins pour les parties concernées, par les domaines maritimes.

L’ensemble des cafés, terrasses, commerces, clubs de voile, hôtels longeant la corniche entrent également dans le champ du contrôle lorsqu’ils sont en situation non conforme au plan d’aménagement ou aux autorisations commerciales.

Ce relevé a une portée révélatrice. Il montre que le problème n’est pas marginal ni cantonné à quelques verrues architecturales tolérées en bordure de mer. Il touche des enseignes connues, des lieux identifiés de la vie casablancaise, des espaces fréquentés qui, précisément en raison de leur visibilité et de leur ancienneté, avaient fini par donner à l’irrégularité les apparences de la normalité. C’est peut-être cela que l’opération vient surtout dévoiler: le poids de l’habitude dans la fabrication de l’impunité.

Une opération sans précédent sur le front de mer

Le signal envoyé est d’autant plus fort que les autorités de la ville entendent traiter, en une seule séquence, ce qui était jusqu’ici abordé de façon partielle ou différée. À cet égard, le rôle des autorités locales apparaît central. En prenant la décision de déclencher une opération d’ensemble, en réunissant autour de la même table les administrations concernées et en assumant une intervention sur des enseignes connues du grand public, la wilaya et les services de la ville montrent qu’il existe désormais une volonté de reprise en main là où, auparavant, l’inaction faisait presque figure de doctrine.

Le wali de la ville a mobilisé plusieurs administrations et corps de contrôle, avec une orientation claire: récupération des emprises indues, fin des accommodements, restitution des surfaces occupées sans droit. La commission chargée de conduire l’opération réunit l’arrondissement d’Anfa, la wilaya, la Protection civile, les Domaines maritimes, les Domaines de l’État, les services de l’Habitat, la commune de Casablanca ainsi qu’un nombre important d’autorités locales. Dans cette architecture institutionnelle, tout indique que l’objectif n’est pas seulement de constater, mais d’agir, et d’agir vite.

Après Bouskoura et Dar Bouazza, c’est une longue ère d’impunité qui semble toucher à sa fin à Casablanca, dans le sillage d’un avertissement sans ambiguïté du ministre de l’Intérieur Abdelouafi Laftit: «Tous ceux qui ont pris la moindre parcelle de terrain qui ne leur appartient pas, ces projets qui se sont accaparés du terrain, devront le restituer. Nous allons régler les comptes avec eux, et nous reviendrons des années avant pour le faire. S’ils ont pris un terrain ne leur appartenant pas, je leur conseille de le restituer.»

Cette déclaration prononcée devant le Parlement il y a quelques mois, résonne aujourd’hui comme la matrice politique de l’opération engagée sur la corniche casablancaise.

Par Karim Serraj
Le 13/04/2026 à 11h37