Le Maroc, le Mondial et le soft power, une stratégie encore à construire

Le président de la FIFA, Gianni Infantino, annonçant l'attribution de l'organisation du Mondial 2030 au trio Maroc-Espagne-Portugal.

Une note publiée par le Centre africain des études stratégiques et de la digitalisation, intitulée «Le Maroc et le Mondial entre performance sportive, dynamique médiatique et construction du soft power», souligne que le pays dispose d’un potentiel considérable, mais encore insuffisamment structuré pour être converti en influence durable.

Le 09/07/2026 à 11h27

Le point de départ de l’étude repose sur la Coupe du monde 2022, perçue comme un moment fondateur. La performance sportive a dépassé le simple cadre du football pour devenir un phénomène symbolique mondial. L’image du Maroc s’est imposée autour de valeurs fortes, notamment l’authenticité et l’attachement culturel. L’étude note que «le maillot marocain» est désormais porteur d’un imaginaire qui dépasse le sport lui-même. Ce capital immatériel constitue un levier puissant, mais encore fragile.

L’un des apports majeurs de l’étude consiste à rappeler que cette dynamique ne produit pas automatiquement du soft power. L’auteur insiste sur le fait que celui-ci doit être pensé comme une politique à part entière. Il écrit que le soft power ne peut être réduit à un effet indirect du sport, mais qu’il doit être «piloté et mesuré» comme un projet stratégique. Dans cette logique, le Mondial 2030 apparaît davantage comme «un signal de départ» que comme un aboutissement .

L’étude met ensuite en lumière plusieurs fragilités. Elle évoque notamment «l’absence d’une stratégie coordonnée», un manque de cohérence entre les acteurs institutionnels et une production médiatique encore insuffisamment tournée vers l’international. Elle souligne également le déficit d’outils permettant d’évaluer l’impact réel des actions engagées. Cette situation limite la capacité du Maroc à transformer un moment d’émotion collective en influence durable.

La période qui mène à 2030 est présentée comme une opportunité décisive. Plusieurs facteurs convergent, notamment la visibilité croissante du pays, le rôle actif de la diaspora et le dynamisme d’une jeunesse connectée. Si ces éléments sont articulés autour d’un récit clair, ils peuvent permettre au Maroc de consolider sa place sur la scène internationale.

Cependant, l’étude met en garde contre des risques majeurs, dont le principal tient à une illusion persistante, celle de croire que le soft power découlera naturellement des performances sportives et des grands événements. L’auteur rappelle que «quatre-vingt-dix minutes sans gouvernance peuvent troubler des semaines d’élan», ce qui souligne l’importance d’une gestion rigoureuse des moments critiques. D’autres menaces sont évoquées, comme l’émergence de contre-récits ou le risque d’une image superficielle.

Pour réussir, l’étude insiste sur trois dimensions essentielles. D’abord, l’authenticité des valeurs, avec l’idée que seules des «valeurs vécues et non proclamées» peuvent produire une influence crédible. Ensuite, la qualité de la gouvernance, notamment dans les situations sensibles. Enfin, la place de la jeunesse, le sport devant être «un levier de conscience et non d’anesthésie» .

L’analyse propose également plusieurs orientations. Elle insiste sur la nécessité de structurer une stratégie nationale, de renforcer la production médiatique internationale et de mobiliser davantage la diaspora, décrite comme «une vitrine et un réseau d’influence quotidien» . Elle appelle aussi à inscrire le sport dans une logique sociale et éducative afin d’en ancrer durablement les effets.

En conclusion, l’étude rappelle que «le soft power n’est pas de la propagande» mais une capacité à susciter confiance et adhésion. Le Maroc dispose des ressources nécessaires pour y parvenir. La véritable question réside dans sa capacité à aligner son discours et ses pratiques. Comme le souligne l’étude, l’enjeu ne se joue pas uniquement sur les terrains, mais dans la cohérence globale du projet national.

Par La Rédaction
Le 09/07/2026 à 11h27