Dans le même temps, 1.753 informations judiciaires ont été ouvertes, soit une progression de 271% par rapport à la même période de l’année précédente. Ces procédures, confiées à des juges d’instruction, concernent les dossiers les plus graves ou les plus complexes, nécessitant des investigations approfondies et susceptibles de conduire à des mises en examen.
Le ministère ne précise pas quelle part des 924 incarcérations correspond à des placements en détention provisoire et quelle part résulte de l’exécution de condamnations déjà prononcées. Ces chiffres témoignent néanmoins de l’accélération spectaculaire du traitement de procédures parfois ouvertes depuis plusieurs années.
Une mobilisation déclenchée par l’affaire Lyhanna
Cette revue nationale a été lancée dans le sillage de la mort de Lyhanna, une collégienne de 11 ans dont le corps avait été retrouvé le 4 juin dans le Gers, quelques jours après sa disparition. L’autopsie avait établi qu’elle avait été violée.
L’affaire a provoqué une émotion considérable en France, mais aussi une vive polémique sur le fonctionnement de la chaîne judiciaire. Le principal suspect avait déjà été visé par plusieurs signalements et plaintes concernant des violences sexuelles sur des mineures. Malgré la gravité des faits dénoncés, il n’avait pas été interpellé avant la mort de Lyhanna.
Des rapports d’inspection ont depuis mis en évidence des retards, des défauts de transmission et un manque de coordination entre les différents services chargés des procédures. Gérald Darmanin avait alors demandé à tous les parquets de reprendre l’ensemble des dossiers concernant des violences sexuelles commises sur des mineurs, afin d’identifier les situations les plus sensibles et celles exigeant une réponse immédiate.
À la mi-juillet, près d’un millier de dossiers avaient été classés comme prioritaires. À cette date, 675 personnes avaient déjà été incarcérées et 1 350 informations judiciaires ouvertes. Le nouveau bilan montre que la mobilisation s’est poursuivie au-delà de cette première échéance.
Un suivi renforcé des dossiers
Le garde des Sceaux a reçu individuellement les 36 procureurs généraux afin d’évaluer les difficultés rencontrées dans chaque ressort et les besoins des juridictions. Il doit les réunir de nouveau le 3 septembre et prévoit de recevoir l’ensemble des procureurs de la République, ressort par ressort, d’ici à la fin du mois d’octobre.
La Chancellerie affirme vouloir passer d’une opération exceptionnelle à une nouvelle méthode de suivi permanent. Elle prévoit notamment de renforcer l’interconnexion des logiciels judiciaires, d’étendre aux violences sexuelles certains outils de suivi des procédures et de développer le programme numérique PISTE, présenté comme un moyen de repérer plus rapidement les affaires les plus sensibles.
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Le ministère met également en avant les moyens prévus pour 2027. Le budget de la Justice doit atteindre 11 milliards d’euros, avec près de 500 millions d’euros supplémentaires par rapport à 2026. Cette hausse doit permettre la création de 1 400 emplois, dont 620 dans les services judiciaires et 287 postes de magistrats.
Gérald Darmanin a salué «l’engagement remarquable des magistrats» et des personnels du ministère, mobilisés dans des délais particulièrement courts tout en maintenant l’activité quotidienne des juridictions.
«Cette mobilisation exceptionnelle ne constitue pas une réponse ponctuelle à un drame», affirme la Chancellerie. Selon elle, elle marque «une évolution structurelle et durable» de la politique pénale en matière de protection des mineurs.
L’enjeu sera désormais de vérifier si l’effort engagé peut être maintenu dans le temps, sans que l’urgence provoquée par l’affaire Lyhanna ne retombe une fois passée l’émotion nationale. Au-delà des statistiques, cette affaire rappelle que la protection des enfants dépend autant de la rapidité des enquêtes que de la circulation des informations et de la continuité des moyens humains.




