Guerre au Moyen-Orient: le Metropolitan Opera perd un partenariat saoudien crucial pour ses finances

Le Royal Diriyah Opera House. (PHOTO: The Royal Commission for Riyadh City)

Le Metropolitan Opera (Met) a annoncé jeudi l’échec d’un partenariat majeur avec l’Arabie saoudite, en raison du contexte de guerre au Moyen-Orient, privant l’institution new-yorkaise d’une perspective de financement stratégique à un moment où ses équilibres budgétaires restent fragiles.

Le 24/04/2026 à 06h58

Dévoilé en septembre dernier, le projet devait ouvrir au Met un nouveau front de développement international. Il prévoyait des représentations annuelles en Arabie saoudite, ainsi que la mise en place de programmes de formation artistique, dans le cadre d’une coopération avec le ministère saoudien de la Culture.

En retour, l’institution new-yorkaise devait bénéficier d’un soutien financier conséquent, de nature à conforter ses ressources propres dans une période marquée par la hausse des coûts, les incertitudes économiques mondiales et la pression persistante sur le financement des grandes maisons culturelles.

Mais ce rapprochement n’ira pas plus loin. «En raison de la situation économique actuelle en Arabie saoudite, l’accord que le Metropolitan Opera envisageait de conclure avec le ministère saoudien de la Culture a été annulé», a indiqué le Met dans un communiqué. L’institution a ajouté que ce partenariat «aurait constitué une nouvelle source de revenus significative pour le Met», soulignant ainsi, sans détour, l’importance qu’elle attachait à cette manne potentielle.

Selon le New York Times, l’accord avorté aurait pu rapporter jusqu’à 200 millions de dollars au fil des années, même si aucun détail officiel n’avait été communiqué sur son architecture financière exacte. À lui seul, ce montant donne la mesure de l’enjeu. Pour le Met, qui demeure l’une des plus prestigieuses scènes lyriques du monde mais aussi l’une des plus coûteuses à faire fonctionner, il ne s’agissait pas d’un simple partenariat de prestige.

C’était un levier de stabilisation financière, susceptible de soutenir ses ambitions artistiques sans remettre en cause sa programmation à New York.

Le directeur général du Met, Peter Gelb, a expliqué au quotidien américain que le retrait saoudien était directement lié aux conséquences économiques de la guerre au Moyen-Orient, notamment sur les exportations pétrolières.

Dans ce contexte régional tendu, les priorités budgétaires semblent avoir été réévaluées à Riyad, y compris dans des dossiers qui participaient, ces dernières années, à la stratégie d’influence culturelle et sportive du royaume.

Cette annonce intervient d’ailleurs alors que plusieurs médias ont rapporté que le fonds souverain saoudien envisagerait également de mettre fin à son soutien au circuit de golf LIV Golf à l’issue de la saison en cours. Sans établir d’équivalence entre les deux dossiers, cette concomitance nourrit l’idée d’un resserrement plus large des engagements extérieurs financés par l’Arabie saoudite, au moment où l’environnement géopolitique et énergétique complique les projections à moyen terme.

Pour le Metropolitan Opera, la déconvenue est d’autant plus sensible qu’elle survient dans une séquence où les grandes institutions culturelles américaines cherchent à diversifier leurs sources de financement. Le modèle traditionnel, fondé sur la billetterie, le mécénat privé domestique et les dons des grands philanthropes, ne suffit plus toujours à absorber la hausse des dépenses de production, des cachets, des coûts techniques et de fonctionnement.

Dans ce paysage, les partenariats internationaux apparaissent comme des relais de croissance de plus en plus convoités, même s’ils exposent les établissements à des risques politiques et économiques sur lesquels ils n’ont aucune prise.

Le Met a toutefois voulu rassurer sur ses capacités de résistance. L’institution a annoncé qu’elle lancerait «prochainement une campagne publique de collecte de fonds», tout en poursuivant ses efforts de réduction des dépenses. Elle s’efforce ainsi de montrer que l’échec de cet accord, aussi important soit-il, ne remet pas immédiatement en cause son activité. «Aucune représentation au Met n’est annulée», a-t-elle assuré.

Reste que cet épisode illustre, de manière particulièrement nette, à quel point la vie des grandes institutions culturelles est désormais exposée aux secousses du monde. Même à New York, même pour une maison aussi emblématique que le Metropolitan Opera, un projet pensé comme un pari d’expansion et de respiration budgétaire peut se fracasser, en quelques jours, sur le retour brutal de la géopolitique.

Par Le360 (avec Agences)
Le 24/04/2026 à 06h58